Au FIRN de Frontignan, où le roman noir scrute les failles du monde sans jamais renoncer à l’humour, le discours inaugural de la présidente de Soleil Noir a trouvé un écho particulier. Parce qu’il fait résonner une question qui traversait déjà les pages de notre dernier altermidi Mag : que nous reste-t-il lorsque les puissants imposent la peur, la brutalité ou le cynisme ? Peut-être justement cette capacité profondément humaine à rire, à décaler le regard, à refuser l’écrasement.


 

Dans les allées du Festival International du Roman Noir de Frontignan, les livres parlent souvent de crimes, de violence, de corruption ou d’injustices. Pourtant, cette année, c’est le rire qui s’est invité au cœur des débats. Un rire grinçant parfois, tendre souvent, subversif toujours. Un rire qui ne détourne pas les yeux du réel mais qui aide à l’affronter.

C’est pourquoi nous avons souhaité publier le discours prononcé lors de l’inauguration du festival par la présidente de Soleil Noir. Parce qu’au-delà du roman noir, elle y rappelle la force de l’ironie face aux dogmes, la vitalité de l’humour face à la sinistrose et cette évidence trop souvent oubliée : les sociétés qui ne savent plus rire d’elles-mêmes, de leurs certitudes ou de leurs dirigeants prennent le risque de perdre une part de leur liberté.

À Frontignan, durant quelques jours, les auteurs et autrices de polar nous ont rappelé que la lucidité n’exclut ni la joie ni l’esprit. Bien au contraire. Et qu’au milieu des ténèbres qui nourrissent leurs récits, il reste toujours une étincelle de rire pour éclairer le chemin.

Nous publions donc ce texte qui nous paraît prolonger utilement le débat  avec l’aimable autorisation de Nathalie Castagne que nous remercions.

 

« Bonjour et bienvenue à toutes les personnes présentes.

La présidente de Soleil noir Nathalie Castagne. Photo DR

L’humour. Avait-il été, quoique présent dans bien des textes, le grand oublié de ces bientôt trente ans ? Ou surgit-il cette année en raison d’une situation mondiale, et pas seulement nationale (du reste notre Festival est international…), des plus inquiétantes, comme vous le savez toutes et tous ? Je pencherais vers cette hypothèse.

Allons-nous donc faire appel à Beaumarchais et rappeler cette phrase si souvent citée : « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer » ? Bien sûr le rire est souvent lié au désespoir. Et fait pour lui répondre, et lutter contre lui. Ou pour faire exploser de l’intérieur une contrainte, un système oppressif, pour dénoncer le ridicule des puissants.

On n’en attendra pas plus. Mais ce rire va fissurer ce qui écrase et domine, semble-t-il, invinciblement. Dans les totalitarismes, les situations tragiques, voire désespérées, reste l’arme de l’ironie.

L’humour porte la dissidence. Dans le texte, en altérant sa noirceur ou la faisant ressortir, à sa façon chaque fois particulière. Dans le système politique et social, puisqu’il entame subtilement ce qui veut se présenter comme absolu.

À la suite des auteurs et autrices invités autour de ce thème à notre nouveau Festival, pratiquons-le, cet écart, ce pas de côté qui nous permet de n’être pas engloutis dans le désespérant, l’irrespirable, qui, dirai-je sans guère d’humour, pour le coup, gagne de jour en jour.

Mais justement, trêve de sinistrose. C’est à la vitalité indissociable de l’humour, une vitalité rebelle et lucide, aux antipodes de l’aveuglement, que ces deux jours vont nous raccrocher, je l’espère. On entendra proférer des horreurs avec bonne conscience, parce qu’elles seront adressées à qui le mérite et voudrait l’interdire.

C’est l’humanité, blessée plus que blessante, qui s’exprime dans ce rire. Mais aussi la mise à distance bénéfique de ce qui nous éprouve. Et j’arrêterai là ce qui me paraît nettement trop chargé d’esprit de sérieux, par rapport au sujet à traiter.

Laissons-nous maintenant emporter sur les chemins que vont nous ouvrir nos créatifs invités de l’année. Que je saluerai tous, ainsi que leur public, par une pirouette, adéquate peut-être à l’époque et au thème choisi : “ L’heure est grave. Rions.” »

Nathalie Castagnie

 

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