À Prague, des milliers de personnes ont manifesté mardi pour défendre l’indépendance des médias publics. En France, malgré les réformes, coupes budgétaires et attaques politiques visant l’audiovisuel public, essentiel au pluralisme démocratique, aucune mobilisation comparable n’a vu le jour.


 

Mardi soir, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Prague à l’appel du mouvement civique Milion chvilek pour défendre l’indépendance de la télévision et de la radio publiques tchèques. Les manifestants dénoncent une « réforme idéologique de l’audiovisuel public » après la présentation d’un projet de loi visant notamment à transférer le financement des médias publics, aujourd’hui assuré par la redevance audiovisuelle, vers le budget de l’État.

Pour les organisateurs, cette évolution ouvrirait la voie à une dépendance accrue au pouvoir politique et fragiliserait l’autonomie éditoriale des rédactions. Réunis sur la place de la Vieille-Ville avant de marcher jusqu’au siège de la Radio tchèque, les participants ont dénoncé une tentative de reprise en main politique de l’information publique. Une pétition de soutien a déjà recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures et les organisateurs promettent de poursuivre la mobilisation.

Cette mobilisation fait écho aux débats français autour de l’avenir de l’audiovisuel public. En France aussi, les inquiétudes se multiplient concernant l’indépendance et le financement des médias publics. La proposition de fusion de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et de l’Institut national de l’audiovisuel au sein d’une holding commune suscite de vives critiques. Beaucoup y voient le risque d’un affaiblissement de la diversité des rédactions, d’une concentration des pouvoirs décisionnels et d’une fragilisation des missions de service public : information, culture, éducation et proximité.

Même si elle semble aujourd’hui politiquement ralentie, cette réforme est toujours en cours de navette parlementaire. En mars 2026, la nouvelle ministre de la Culture Catherine Pégard déclarait qu’« il n’y aura pas de loi réformant l’audiovisuel public dans les prochains mois ».

Pour autant, l’idée d’une holding commune n’a pas été abandonnée. En parallèle, les débats se sont déplacés vers les économies budgétaires demandées à l’audiovisuel public dans le cadre du budget 2026, mais aussi vers les travaux de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, marqués par plusieurs polémiques et dérapages idéologiques dénoncés jusque dans les rangs parlementaires : pressions politiques assumées contre certaines rédactions, mises en cause de journalistes et attaques récurrentes contre la légitimité même du service public audiovisuel.

Pourtant, en France, ces transformations profondes ne provoquent pas de mobilisation citoyenne comparable à celle observée en République tchèque. En 2022, la suppression de la Contribution à l’audiovisuel public — héritière de la redevance créée après-guerre et pilier du financement de l’audiovisuel public pendant près de 90 ans — s’est déroulée sans véritable mouvement populaire. Pourtant, de nombreux observateurs alertaient déjà sur les risques qu’un financement directement dépendant du budget de l’État pouvait faire peser sur l’indépendance des médias publics.

Ce silence étonne d’autant plus que l’audiovisuel public joue un rôle central dans le fonctionnement démocratique. Il garantit une information pluraliste, indépendante et accessible à toutes et tous. Dans un paysage médiatique de plus en plus concentré entre les mains de quelques grands groupes privés et de milliardaires, il constitue un bien commun essentiel, garant du débat démocratique, de la transmission du savoir et du rayonnement culturel de la France.

L’enjeu est aussi économique et territorial. L’audiovisuel public représente environ 17 000 salariés et près de 108 000 emplois indirects. Il fait vivre plus de 4 500 entreprises partout en France, notamment dans la production audiovisuelle, la création, les industries techniques et culturelles. Selon un rapport européen, un euro investi dans l’audiovisuel public génère en moyenne trois euros pour l’économie française.

Pourquoi, dès lors, une telle absence de réaction collective ? Les Français considèrent-ils encore l’audiovisuel public comme un bien commun à défendre ? La suppression de la redevance a-t-elle progressivement distendu le lien entre les citoyens et leurs médias publics ? Ou bien la défiance généralisée envers les médias a-t-elle rendu impossible toute mobilisation d’ampleur ?

À Prague, des milliers de citoyen.ne.s ont choisi de descendre dans la rue pour défendre l’indépendance de l’information. La mobilisation tchèque rappelle qu’au-delà des débats budgétaires ou institutionnels, l’avenir de l’audiovisuel public touche directement à la qualité du débat démocratique. Reste à savoir si, en France, cette question peut encore dépasser le cercle des professionnels du secteur pour devenir un véritable sujet citoyen.

À voir le peu de réactions suscitées par les attaques contre les médias publics, on entend résonner à nouveau les paroles du groupe montpelliérain OTH « La France dort » .

Jean-Marie Dinh

À Prague, grande mobilisation pour un audiovisuel public. Crédit photo Radio Prague international

Lire aussi : Les syndicats vent debout contre une « guerre culturelle »Audiovisuel public en Europe : l’indépendance sous pression – Audiovisuel public : comédie tragique au Palais-Bourbon

Pour en savoir plus : Rendez-vous ce soir au Café Europe à la Maison des relations internationales  de Montpellier avec le Club de la presse Occitanie et Renate Schroeder, directrice de la Fédération européenne des journalistes.

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Après des études de lettres modernes, l’auteur a commencé ses activités professionnelles dans un institut de sondage parisien et s’est tourné rapidement vers la presse écrite : journaliste au Nouveau Méridional il a collaboré avec plusieurs journaux dont le quotidien La Marseillaise. Il a dirigé l’édition de différentes revues et a collaboré à l’écriture de réalisations audiovisuelles. Ancien Directeur de La Maison de l’Asie à Montpellier et très attentif à l’écoute du monde, il a participé à de nombreux programmes interculturels et pédagogiques notamment à Pékin. Il est l’auteur d’un dossier sur la cité impériale de Hué pour l’UNESCO ainsi que d’une étude sur l’enseignement supérieur au Vietnam. Il travaille actuellement au lancement du média citoyen interrégional altermidi.