Adopté à huis clos, le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public déclenche une vive controverse. Les syndicats CGT dénoncent un texte biaisé, symptomatique d’une offensive idéologique plus large contre le service public de l’information, à l’approche de l’élection présidentielle.
Adopté le 27 avril après six mois de travaux et « 200 heures d’auditions », le rapport du député Charles Alloncle cristallise les tensions autour de l’audiovisuel public. Pour les syndicats CGT de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA, il ne s’agit pas d’un simple désaccord de fond, mais d’un « dévoiement » en règle du travail parlementaire.
Dans un communiqué en date du 27 avril 2026, les syndicats CGT de l’audiovisuel public dressent un constat sévère, dénonçant un texte « à charge, truffé d’erreurs factuelles, et indigne d’une commission d’enquête parlementaire ». Selon eux, les auditions, censées éclairer le débat, auraient été biaisées par « un ton accusatoire, des questions orientées » et une obsession à vouloir prouver que les médias publics seraient trop « woke ». Une ligne qu’ils jugent assumée et révélatrice d’une volonté de disqualification plutôt que d’analyse.
Le communiqué évoque des conséquences qui dépassent le cadre institutionnel. Sur le terrain, « ces six mois de dénigrement ont nourri des agressions verbales ou en ligne contre des journalistes », accuse t-il, pointant un climat délétère où les professionnels de l’information sont « cloué.es au pilori ». Une dérive inquiétante, qui fragilise un peu plus la confiance dans les médias.
Les syndicats dénoncent un climat de pression continu de l’extrême droite, « sur les réseaux sociaux et dans les médias Bolloré », visant à discréditer l’audiovisuel public. Dans leur communiqué, ils pointent directement « l’agenda idéologique » du rapporteur Charles Alloncle et s’appuient sur des révélations publiées le 26 avril par Le Monde, selon lesquelles des questions auraient été fournies aux membres de la commission par Lagardère News, propriété de Vincent Bolloré. « Que faut-il de plus pour prouver l’ingérence des ennemis jurés de l’audiovisuel public ? ».
Au cœur de la critique, un enjeu démocratique fondamental : celui du rôle des commissions d’enquête. « Vont-elles devenir l’outil des luttes d’influence ? », interrogent les syndicats, inquiets d’un précédent qui pourrait durablement fragiliser la crédibilité du Parlement. « Jamais cette commission d’enquête n’a permis de débattre sereinement. Nous alertons également les parlementaires sur le précédent créé : les commissions d’enquête vont-elles devenir l’outil des luttes d’influence, jetant le discrédit sur le travail parlementaire ? »
Les syndicats défendent le maintien en ligne des auditions, rappelant que « la transparence des travaux parlementaires est la condition minimale d’un débat démocratique informé ». Effacer les archives des vidéos et comptes rendus des auditions, c’est ouvrir un espace aux reconstructions a posteriori, aux versions concurrentes des faits, aux manipulations de toutes sortes. Car dans cette bataille, préviennent-ils, « la mémoire tronquée profite toujours aux plus puissantes ».
Derrière la controverse, c’est bien l’avenir de l’audiovisuel public qui se joue et, au-delà, la capacité du débat démocratique à résister aux pressions politiques et idéologiques.
Illustration. Audiovisuel public : À l’Assemblée, la commission d’enquête d’Alloncle déraille. Dessin d’Aurel dans Le Canard enchaîné.







