Alors que l’extrême droite européenne occupait largement l’espace médiatique avec son propre rassemblement organisé à la même période, la rencontre des 17 et 18 avril à Barcelone, réunissant plusieurs figures de la gauche progressiste mondiale autour de la défense de la démocratie, est restée étonnamment marginale dans la presse française. Cet article revient sur ce sommet, ses enjeux et les forces politiques qu’il a mobilisées face à la montée des courants réactionnaires.


 

Barcelone accueillait, les 17 et 18 avril, la gauche progressiste en défense de la démocratie face à la montée du fascisme et des forces réactionnaires. Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est la social-démocratie1 qui se réunissait dans la capitale catalane, même si l’on peut se réjouir qu’une partie des sociaux-démocrates décide de ne plus baisser son pantalon devant l’impérialisme.

Dans le contexte actuel d’une intense offensive intellectuelle, médiatique et militaire menée par l’ultra droite obscurantiste et rétrograde, la gauche mondiale tente de créer un front commun contre l’extrême droite et ses idées. Et ce n’est pas un hasard si cette réunion au sommet se tenait à Barcelone sous l’égide de Pedro Sánchez, avec la participation, notamment, des président.e.s Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil), Claudia Sheinbaun (Mexique), Gustavo Petro (Colombie), Yamandú Orsi (Uruguay) Catherine Connolly (Irlande) et Cyril Ramaphosa (Afrique-du-Sud).

Un Premier ministre espagnol représentant la dignité d’un gouvernement et de son peuple, au sein d’une Europe servile, qui s’opposent à la guerre génocidaire d’Israël à Gaza et en Cisjordanie, à ses bombardements, en coalition avec les États-Unis, contre l’Iran et le Liban, massacrant en toute impunité les peuples iranien et libanais. Issu des rangs de la guérilla marxiste, Gustavo Petro a décrit le sommet comme « une sorte de phare, un chemin vers la vie et un contrepoids au désordre global dangereux pour toute l’humanité ».

Taxer les plus riches et réformer l’ONU

Quarante pays et leurs dirigeant.e.s réuni.e.s en terre ibérique pour défendre la paix, l’égalité, les droits de l’Homme et le droit international. Une mobilisation progressiste visant à garantir l’accès aux soins, à l’éducation, au logement et à un travail décent en rupture avec le modèle économique capitaliste dont l’ADN a toujours été et reste l’appât du gain, la compétition au détriment de la coopération, la famine, la destruction de l’environnement et la perpétuation du pouvoir de la classe dirigeante oligarque par la domination, le pillage et les guerres. À l’heure où l’Occident devient un terrain d’érosion démocratique, une réponse collective s’impose.

À Barcelone, les participant.e.s se sont mis d’accord sur la réglementation des nouvelles technologies afin de lutter, entre autres, contre la désinformation, l’instauration d’une taxe sur les plus riches, la facilitation de la transition énergétique et la réforme des Nations unies. Cyril Ramaphosa 2, président sud-africain, a proposé d’inclure dans le Conseil de sécurité des pays d’Afrique et d’autres régions du monde. En Afrique, il y a plus de 1,5 milliard d’habitant.e.s en 2026, soit 19 % de la population mondiale. Et la ministre mexicaine de l’Environnement et des ressources naturelles, Alicia Bárcena, a revendiqué la suppression du droit de véto.

La gauche alternative internationale apporte son soutien

Par messages pré-enregistrés depuis les États-Unis, Zohran Mamdani et Bernie Sanders, ainsi que Michèle Bachelet depuis le Chili, ont apporté leur soutien à cette initiative mettant l’accent sur « la non-intervention, le règlement pacifique des conflits, l’égalité juridique des États, le besoin d’une coopération internationale pour le développement et la lutte permanente pour la paix ».

Hillary Clinton a également soutenu ce rassemblement au nom de « la liberté, la justice, l’égalité et l’idée de construire un futur meilleur ». Or, l’ancienne secrétaire d’État (2009-2013) sous la présidence démocrate de Barack Obama, a admis, en 2014 au Washington Post, son appui au coup d’État au Honduras, en 2009, contre le président de gauche, Manuel Zelaya, entraînant une féroce répression politique, des assassinats de leaders de mouvements sociaux et environnementaux, de militant.e.s LGBT.

Pedro Sánchez poussé par des ministres plus radicalement à gauche

C’est une première sur le continent européen ; à contre-courant de ses homologues, le chef de gouvernement socialiste Pedro Sánchez défend le multilatéralisme, l’internationalisme et l’immigration3. Il n’est pas tout seul, des ministres des partis à la gauche du PSOE : Comuns, la Gauche unie et le collectif Sumar avec à sa tête Yolanda Diaz, ministre communiste du travail, ont poussé le Parti socialiste ouvrier espagnol à prendre des positions plus à gauche.

Aujourd’hui, le Premier ministre espagnol se présente comme une digue contre un glissement généralisé vers l’extrême droite. Le désordre est global mais ses conséquences sont toujours locales. Et la menace est écologique autant que démocratique.

« Ni les guerres ni l’injustice ni les inégalités sont inévitables », a déclaré dans son discours de bienvenue Salvador Illa, président de la Generalitat de Catalogne (gouvernement catalan). Et de citer l’écrivain Ramon LIull qui, au XIIIe siècle, osa penser « en catalan, en latin et en arabe ».

« Résister ne suffit pas, il nous faut agir pour renforcer la démocratie »

Le ministre espagnol des affaires étrangères, José Manuel Albares, a exigé une politique extérieure défendant « les mêmes principes : en Ukraine, à Gaza, au Liban », et « la défense du droit international dans tous les conflits actuels », sauf qu’il oublie de dire que l’Espagne a tourné le dos au peuple sahraoui et à son droit à l’autodétermination au nom d’intérêts économiques qui s’assoient sur les principes et les valeurs humanistes.

Pour Pedro Sánchez, « Résister ne suffit pas, il nous faut proposer et agir pour renforcer la démocratie en apportant des solutions concrètes à la vie des citoyens ». La démocratie ne s’abîme moins que seulement sous l’effet d’une offensive idéologique illibérale que par l’incapacité des gouvernements à garantir la sécurité économique et matérielle des personnes, en premier lieu les plus précarisées.

Le Premier ministre, Pedro Sánchez, a dit sa fierté d’être « du bon côté de l’Histoire » avec des mesures telles que la régularisation massive des migrants ou sa position face à la guerre au Moyen-Orient. « Nous crierons mille fois oui à la paix et non à la guerre. » Un demi-million de personnes vivant et travaillant en Espagne devraient être régularisées cette année. Une politique d’accueil à rebours de ce qui se fait à l’échelle européenne.

Solidarité avec Cuba contre une intervention militaire

Plusieurs dirigeants ont exprimé leur préoccupation devant la situation que vit la population cubaine et le blocus imposé à Cuba par les États-Unis. Après s’en être pris au président du Venezuela Nicolás Maduro depuis Washington, Donald Trump menace de s’attaquer à l’Île rebelle et révolutionnaire qui lui a toujours tenu tête. La Maison blanche finance tout.e.s les candidat.e.s d’extrême droite dans la région.

La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a proposé une déclaration commune —Espagne, Brésil, Mexique — contre une intervention militaire à Cuba. « Il faut en finir avec le blocus et laisser vivre les Cubains », s’est exprimé le dirigeant brésilien Lula, qui a mis en garde sur la perte de la démocratie qui équivaudrait « à perdre la chose la plus extraordinaire qui permet le droit de grève, le droit de manifester et le droit de penser différemment ». La Palestine était représentée par son ex-Premier ministre (d’avril 2019 à mars 2024). « La Palestine sera libre », a-t-il déclaré, tout en évoquant également « le droit au retour des réfugié.e.s ».

Le combat contre les féminicides est international

Rosângela Lula da Silva, surnommée « Janja », vice-présidente brésilienne, sociologue de profession, a dénoncé l’impact de l’extrême droite sur la vie des femmes : « Chaque jour quatre femmes meurent par le simple fait d’être des femmes. » La responsable politique alerte : « L’extrême droite n’a aucun intérêt à défendre la vie des femmes. » Au Brésil, le Pacte national contre les féminicides est la réponse combative du gouvernement. Les questions d’égalité salariale entre hommes et femmes, le coût de la vie, ainsi que les inégalités sociales qui touchent encore plus durement les femmes ont également été abordées.

Le loup n’était pas très loin. Vox, parti de la droite fascisante, organisait une contre-manifestation clairsemée (une cinquantaine de personnes) et peu audible, car des hauts-parleurs s’occupaient de couvrir les slogans, disqualifiant les protagonistes de la réunion, en diffusant joyeusement les chants révolutionnaires antifascistes Bella Ciao et Ay Carmela.

La prochaine édition du progressisme aura lieu au Mexique en 2027 en espérant que toute la gauche — au-delà de la social-démocratie — soit présente au rendez-vous. D’ici-là, il y a du boulot sur la planche pour faire vivre l’égalité, la solidarité, la justice économique, fiscale et sociale.

Piedad Belmonte

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Notes:

  1. La réunion était organisée par l’Internationale socialiste, le Parti socialiste européen et l’Alliance progressiste.
  2. L’Afrique du Sud a été le premier pays à déposé plainte, le 29 décembre 2023, devant la Cour internationale de Justice, le tribunal des Nations unies chargé de régler les différends entre États. Prétoria accuse Israël de violer la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans son assaut militaire à Gaza. Quatorze pays ont annoncé leur intention de se joindre à la plainte de l’Afrique du Sud, qui accuse Israël de « génocide » dans la bande de Gaza, devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Dernier en date, Belize le 31 janvier 2025, après la Bolivie en octobre, Cuba et l’Espagne en juin 2024. L’Espagne a été le troisième pays européen à faire cette annonce, après la Belgique et l’Irlande.
  3. Pedro Sánchez a eu des mots très forts lors de l’ouverture du sommet progressiste en affirmant : « Je sais que l’horizon est chargé d’incertitudes et que la droite et l’ultra-droite font du bruit, mais qu’elles ne vous trompent pas : elles ne crient pas parce qu’elles sont en train de gagner, elles crient parce qu’elles savent que leur temps est fini. » Au sujet de leurs critiques face aux régularisations : « Je tiens à vous dire que L’Espagne est la fille de la migration et ne sera pas la mère de la xénophobie. »