À Montpellier, deux week-ends et deux spectacles où les jeunes chanteurs se surpassent.


 

« Élémentaire mon cher ! » Gloups, pas de Watson, ce n’est pas Holmes qui cause ? Le spectacle proposé par Opéra Junior ce week-end est une comédie musicale écrite en 2018 par le compositeur Thierry Boulanger sur un livret d’Alyssa Landry qui propose un jeu de piste à travers deux enquêtes du célèbre détective Sherlock Holmes.

Élémentaire… jusqu’au dénouement

Succès à sa création, ce spectacle Élémentaire, mon cher ! est repris par l’OONMO et la Cité Européenne du Théâtre, et ce sont les 36 jeunes de La Compagnie, un des groupes d’Opéra Junior dont la majorité a une douzaine d’années, qui vont vivre les exploits proposés par une œuvre très riche en surprises, et enthousiaste façon Broadway.

Thierry Boulanger précise son travail sur la partition : «  J’ai fait en sorte d’enrichir la partie vocale au moyen de thèmes superposables, de canons, de contrechants, ou bien de lignes mélodiques qui démarrent à l’unisson puis se déploient séparément, de façon à rendre accessible l’exécution, tout en proposant plus de richesse harmonique. »

On retrouve la librettiste Alyssa Landry qui jadis avait créé Baba Yaga, et cette grande passionnée de comédie musicale a voulu partager « le plaisir d’une histoire policière bien ficelée ». Souvent les histoires de Sherlock Holmes sont plutôt linéaires et le processus est le même du crime à l’explication finale.

Alyssa Landry a corsé le mystère : « J’ai voulu rendre la narration plus contemporaine en ajoutant quelques revirements de situation et je me suis librement inspirée de deux histoires : Le Signe des Quatre, dont l’intrigue s’appuie sur l’Inde coloniale, un trésor volé et un pacte secret entre quatre bagnards, et L’Entrepreneur de Norwood où l’inspecteur Lestrade de Scotland Yard et Sherlock Holmes ne sont pas d’accord sur la culpabilité d’un jeune notaire accusé de meurtre ».

Chacun vit les péripéties avec les jeunes chanteurs, ces récents lauréats du Prix Liliane Bettencourt. Neuf musiciens de l’orchestre de Montpellier accompagnent leur nouvelle aventure, formant un dynamique jazz band, mené par Albert Alcaraz, qui dirige cette enquête et ses péripéties vocales. L’atmosphère policière joue sur le noir et blanc, sur les silhouettes, les images en stop motion : Londres est le lieu de l’ombre, théâtre d’illusion créé par Jean-Noël Criton, où Maëlle Mietton met en scène et en jeu, et tout se transforme à vue.

 

Opéra Junior donne toujours de la voix, lauréat 2025 du Prix Liliane Bettencourt. © Julien Pebrel MYOP

 

À Broadway ou en Colombie, des luttes toujours actuelles

Le week-end suivant est consacré à une « aventure musicale », comme l’a inscrit en sous-titre le compositeur Heitor Villa-Lobos lors de la création à Broadway : Magdalena raconte la lutte d’une communauté en Colombie, en 1912. L’héroïne Maria dirige la communauté des Indiens Muzos dans son combat pour préserver son équilibre et sa liberté face à l’exploitation brutale d’un puissant propriétaire de mines d’émeraudes. Tout cela sur fond d’amour et de tensions entre traditions et religion. Les pierres précieuses sont Foi et Révolution, Amour et Pardon. Et beaucoup d’émotion.

Le metteur en scène Toni Cafiero, qui a déjà œuvré à Montpellier, notamment avec Opéra Junior en montant Brundibar en 2011, fait la part belle aux projections vidéo en noir et blanc d’Olivier Soliveret, et a voulu une approche nouvelle : « Pour ce projet destiné à Opéra Junior, je souhaitais privilégier l’aspect laboratoire” comme principe directeur, afin que le plus grand nombre des jeunes chanteurs puissent investir la scène et le chant. » Ainsi, c’est une version inédite, dirigée par Jérôme Pillement à la tête de l’Orchestre de Montpellier, qui réunit 49 jeunes des groupes d’Opéra Junior, La Team (16-23 ans) et Le Club (24-29 ans).

L’important travail dramaturgique a permis la multiplication des rôles principaux : le même personnage est joué par plusieurs solistes à la fois, reconnaissables grâce aux accessoires et costumes conçus par Daniel Fayet. Le metteur en scène souligne l’importance de la démarche qui permet de réinvestir des qualités humaines essentielles pour « nous aider à interpréter les terribles tensions qui agitent le monde contemporain ».

Dans ce projet la musique de Villa-Lobos reprend toutes ses couleurs. L’œuvre a été rarement jouée, et en France seulement en 2010 au Châtelet. Cet opéra qui mêle les codes de la comédie musicale américaine aux sonorités traditionnelles d’Amérique du Sud est bien destiné à plaire à tous les âges — à partir de 6 ans ! Toni Cafiero croit en cette « grande force imaginative » donnée par le compositeur —, « tremplin pour les projets et les rêves qu’il nous reste à réaliser ».

Michèle Fizaine

 

Élémentaire, mon cher ! de Thierry Boulanger avec le chœur Opéra Junior, le 2 mai à 19h et le 3 à 17h au Théâtre Jean-Claude Carrière – Domaine d’O, Montpellier. 12 € et 8 € (moins de 12 ans).

Magdalena d’Heitor Villa-Lobos avec le chœur Opéra Junior, le 9 mai à 19h et le 10 à 17h à l’Opéra Comédie. 14 à 16 € et 10 € (moins de 16 ans).

Et aussi dans le cadre de Tous à l’opéra 2026 :

– Rencontre avec la troupe d’Opéra Junior, leur chef de chœur et les équipes techniques, le 9 mai, à 20h45 et le 10 à 18h45 au Salon Victor Hugo de l’Opéra Comédie.

– Les secrets de la fosse : visite exclusive de la fosse d’orchestre avec le chef Jérôme Pillement, le 10 mai à 18h45 et 19h15. 

 

Photo 1. Élémentaire, mon cher ! Quand l’heure sonne à Londres, le mystère déploie ses harmonies. Crédit photo JN Criton

 

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J’ai enseigné pendant 44 ans, agrégée de Lettres Classiques, privilégiant la pédagogie du projet et l’évaluation formative. Je poursuis toujours ma démarche dans des ateliers d’alphabétisation (FLE). C’est mon sujet de thèse « Victor Hugo et L’Evénement : journalisme et littérature » (1994) qui m’a conduite à écrire dans La Marseillaise dès 1985 (tous sujets), puis à Midi Libre de 1993 à 2023 (Culture). J’ai aussi publié dans des actes de colloques, participé à l’édition des œuvres complètes de Victor Hugo en 1985 pour le tome « Politique » (Bouquins, Robert Laffont), ensuite dans des revues régionales, et pour une série de France 2 en 2017. Après des études classiques de piano et de chant, j’ai fait partie d’ensembles de musique baroque et médiévale, formée aux musiques trad occitanes et catalanes, au hautbois languedocien, au répertoire de joutes, au rap sétois. Mes passions et convictions me dirigent donc vers le domaine culturel et les questions sociales.