Jusqu’au 16 mai 2026, le village cévenol de Lasalle accueille la 25e édition du festival Doc-Cévennes. Un anniversaire symbolique pour cet événement singulier, devenu au fil des années un rendez-vous incontournable du cinéma documentaire indépendant.
Ici, loin des logiques industrielles et des tapis rouges, le documentaire se vit comme une expérience collective, humaine et profondément ancrée dans le territoire. Créé en 2001 par l’association Champ-Contrechamp, le festival repose sur l’engagement d’une cinquantaine de bénévoles et sur l’implication des habitants de Lasalle. Depuis plus de vingt ans, cette aventure cinématographique a permis la projection de près d’un millier de documentaires venus du monde entier, faisant dialoguer cinéma, pensée critique et convivialité villageoise.
À Doc-Cévennes, les frontières entre spectateurs, réalisateurs et invités s’effacent naturellement. Les discussions se poursuivent après les séances sur les terrasses, les rencontres se nouent sur la place du village, et les cinéastes sont souvent hébergés chez l’habitant. Cette proximité donne au festival une atmosphère rare, presque familiale, où l’échange prend autant d’importance que les projections elles-mêmes. Dans l’esprit de la pensée d’Édouard Glissant — « Agis dans ton lieu, pense avec le monde » — Doc-Cévennes revendique un ancrage local ouvert sur les réalités contemporaines. Depuis ses débuts, le festival défend une programmation attentive à la diversité des récits, aux complexités sociales et aux regards critiques portés sur notre époque.
« Sur quel pied danser » : un thème au cœur des enjeux contemporains
Pour cette 25e édition, le festival a choisi pour fil conducteur : « Sur quel pied danser ». Une interrogation qui résonne particulièrement dans un monde saturé d’informations, de contenus instantanés et de récits contradictoires. Face à la prolifération des fausses informations, aux logiques du buzz et à la vitesse des réseaux sociaux, Doc-Cévennes propose un autre rythme : celui du documentaire de création, du temps long, de l’écoute et de la rencontre. Les films sélectionnés interrogent notre rapport au réel, à la vérité et aux représentations contemporaines. Le festival défend ainsi un cinéma documentaire capable de résister à la simplification du monde. Des œuvres qui explorent les luttes sociales, les identités culturelles, les territoires, les mémoires familiales ou encore les bouleversements écologiques et politiques, avec des regards subjectifs mais exigeants, lucides et sincères.
Pour célébrer ses 25 ans, Doc-Cévennes dévoile une programmation particulièrement dense et ambitieuse. Le cœur du festival sera composé d’une sélection générale de quinze documentaires récents, mêlant découvertes internationales, créations françaises et premiers films prometteurs. Fidèle à son ADN, le festival privilégiera des œuvres qui interrogent les transformations du monde contemporain tout en expérimentant de nouvelles formes narratives et cinématographiques.
L’édition 2026 mettra également à l’honneur le cinéaste Denis Gheerbrant à travers une rétrospective inédite de son œuvre. Figure majeure du documentaire français, Denis Gheerbrant est reconnu pour son cinéma de proximité, profondément humain, attentif aux invisibles et aux réalités sociales. Plusieurs projections seront accompagnées de rencontres et de discussions autour de sa démarche cinématographique.
Autre temps fort annoncé : un focus consacré au Québec, territoire particulièrement dynamique en matière de documentaire d’auteur. Cette programmation spéciale permettra de découvrir une nouvelle génération de cinéastes québécois, mais aussi de revenir sur des œuvres marquantes qui interrogent les questions identitaires, environnementales et sociales nord-américaines.
Le festival accueillera également une carte blanche au festival ImageSingulières, renforçant les passerelles entre cinéma documentaire et photographie contemporaine. Des séances spéciales, des projections dédiées aux jeunes publics ainsi que la rencontre régionale « Passeurs d’Images » viendront compléter cette programmation anniversaire. Comme chaque année, la désormais traditionnelle « séance lasalloise » offrira aussi un moment privilégié de partage avec les habitants du territoire.
Le documentaire comme espace de réflexion collective
Au-delà des films, Doc-Cévennes revendique une fonction essentielle : créer des espaces de dialogue. Dans un climat social souvent polarisé, le festival défend la possibilité d’un débat nuancé, d’une parole écoutée et d’une réflexion collective. Les organisateurs rappellent combien les documentaristes jouent aujourd’hui un rôle précieux : celui de prendre le temps de la rencontre, de s’extraire du choc médiatique permanent et de donner à voir des réalités complexes sans céder au sensationnalisme. Cette démarche fait écho aux mots du poète René Char, cité dans le texte de présentation du festival :
« À chaque effondrement des preuves, le poète répond par une salve d’avenir. »
À Lasalle, le documentaire devient alors bien plus qu’un genre cinématographique : un outil de compréhension du monde, une manière de résister au brouhaha ambiant et de retisser du lien entre les individus. Et peut-être, justement, une façon de retrouver ensemble « le bon pied » pour continuer à danser dans nos sociétés tourbillonnantes.







