Enterré en 2023, le projet de contournement routier LEO est relancé à Avignon par la nouvelle majorité municipale. Face à lui, une opposition structurée dénonce un projet dépassé, pointant ses impacts environnementaux et le risque d’une aggravation du trafic à moyen terme.
Contrairement à l’A69 qui cristallise les débats à l’échelle nationale, la LEO d’Avignon avance loin des projecteurs. Enterré en 2023, ce projet de contournement routier qui refait aujourd’hui surface est porté par l’État et les collectivités pour désengorger une rocade sud sous pression. L’opposition à la liaison dénonce un projet « d’un autre temps ». Pour eux la LEO ne répond pas aux enjeux actuels, qu’ils soient climatiques ou liés à l’évolution des mobilités.
La LEO s’inscrit dans une histoire, faite d’abandons, de relances et de révisions successives. L’idée d’un contournement routier à Avignon remonte à plusieurs décennies, avec un objectif constant : détourner le trafic de transit, notamment les poids lourds, du centre urbain. Mais à mesure que le projet avançait, les contraintes environnementales, foncières et budgétaires ont freiné sa mise en œuvre. Son abandon en 2023 semblait marquer un tournant. Sa résurrection par le tout récent maire d’Avignon, Olivier Galzi, illustre au contraire la persistance de ce type de réponse aux problèmes de mobilité.
Face à cette relance, l’opposition locale s’organise et se structure. Habitants, collectifs et associations, notamment mobilisés autour de la Ceinture verte, alertent sur la destruction de terres agricoles encore actives aux portes de la ville et sur l’artificialisation des sols qu’impliquerait une nouvelle infrastructure routière. Ils contestent en particulier l’idée selon laquelle la création de nouvelles routes permettrait de réduire durablement les embouteillages, évoquant au contraire un risque d’augmentation du trafic à moyen terme.
Outre le tracé, qui démarre au parc des sports sur la nationale 7, l‘Association de sauvegarde de la ceinture verte prédit à la LEO un engorgement encore plus fort. Le paradoxe de Braess1, un concept sur les réseaux de transport, leur donne raison. Le mathématicien démontre dès 1968 comment ajouter une nouvelle route ou un lien à un réseau peut paradoxalement aggraver la congestion et augmenter le temps de trajet pour tous les usagers. Un effet contre-intuitif à rapprocher de la demande induite : en facilitant les déplacements, une nouvelle infrastructure encourage aussi leur augmentation.
Mais la nouvelle majorité n’en démord pas, persuadée sans doute par l’intérêt économique local. Olivier Galzi, après s’être attaché le concours de l’agglomération, dont il a pris la tête, et le soutien de la présidente de la puissante région Occitanie, a défendu son projet au ministère des Transports. « Un premier pas encourageant », selon le maire.
Associations, riverains, agriculteurs et collectifs vont continuer la lutte pour « que ce projet ne voie jamais le jour », comme l’affirme une habitante de la ceinture verte.
Ikarr Costa







