Entre création d’un centre de soins pour la faune sauvage, réduction du parc zoologique et réaménagement global du domaine, Montpellier engage une transformation profonde du Lunaret. Un projet ambitieux, à la croisée des enjeux écologiques, scientifiques et urbains, mais encore traversé par des tensions et des incertitudes.
Le projet d’un Centre de Soins pour la Faune Sauvage est au centre des réflexions car il se construit en tenant compte de la longue expérience des centres de Villeveyrac, de Laroque, avec la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) et Goupil Connexion qui ont été associées à la mise en place du dispositif*. Malheureusement un récent conflit oppose le Syndicat Asso Solidaires Hérault à Marie-Pierre Puech, la directrice de Laroque, accusée de pressions sur le personnel, d’insultes et d’humiliations — ce qu’elle dément — par une quinzaine de témoignages. Cela a mis en stand by son rôle dans la mise en place du nouveau centre Lunaret. Mais un concours de projets était envisagé, et de toute façon une association doit gérer l’ensemble. « Une histoire de fous ! », commente Marie-Pierre Puech, auparavant désignée comme partenaire depuis 2018. Elle fait la différence entre les « vrais engagés » et ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans ces centres. Avec tant d’argent mis en jeu… « ce sont les Folies Montpelliéraines », commente la responsable de Laroque, à la fois ironique et philosophe.
Un grand centre de soins toujours en gestation
À Montpellier, ce nouvel hôpital à Lunaret est évidemment très attendu et pas seulement par les animaux. Les études ont commencé en 2025, alors que la LPO de Villeveyrac cherchait une solution, et n’en trouvait pas… Suite au nouvel engagement pour la protection de la faune sauvage une étude programmatique a été menée par COHAB, association dédiée à la biodiversité et à la cohabitation Homme-Faune sauvage, fondée en 2019 par les ex-soignantes de la LPO, Lucie Yrles et Maëlle Kermabon. Une enveloppe de 5 millions d’euros a été votée par la commune, le centre de soins devant être livré fin 2027.
Il existait déjà au zoo une clinique pour les pensionnaires, mais l’installation, qui avait coûté 3 M € en 2016, ne couvre que deux fois 300 m2 et fonctionne moins actuellement car le nombre de soignants aurait diminué. En revanche, le futur Centre de Soins pour la Faune Sauvage est une nouvelle structure de 2 000 m2 qui doit ouvrir ses portes l’an prochain. La présentation du projet a été faite le 30 juin 2025 par le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, avec l’élu chargé du bien-être animal Eddine Ariztegui. Le futur havre pour les espèces blessées devait être en fonction l’an dernier, mais il faudra finalement attendre 2027. Sa mission est d’accueillir, soigner et réhabiliter les animaux sauvages blessés : oiseaux, rapaces, ainsi que renards, hérissons, écureuils, et même loutres. Et bien sûr les reptiles, qui ont déjà leur structure d’accueil.
Conçu par l’architecte Thomas Landemaine, ce bâtiment de forme circulaire situé à l’entrée du zoo s’intégrera au paysage. La structure fait la part belle à la réutilisation de matériaux et à l’architecture bioclimatique pour devenir un modèle de construction durable. Le centre sera donc géré par une association spécialisée ; l’appel est lancé en espérant une solution face aux tensions actuelles pour organiser une équipe de sept professionnels accompagnés de bénévoles. Ce sera un hôpital indépendant du zoo et centré principalement sur la faune locale et les NAC (nouveaux animaux de compagnie).

Changer les plans et replacer le zoo dans un « Grand Parc »
À l’origine le zoo Lunaret fait partie du Domaine de Lavalette de 350 ha, légué par le mécène Henri de Lunaret en 1919, lieu à vocation sociale, mis en état par les harkis qui y vivaient dans des cabanes en bois. Le zoo de 80 ha a été installé en 1964, y ont été introduits jusqu’à 1 350 animaux dont 141 espèces, et 50 enclos. 30 M € ont été votés en 2016 pour sa réhabilitation… Il présente aujourd’hui environ 200 animaux de 29 espèces figurant sur le plan, sur une superficie qui sera bientôt réduite à 30 ha. Tout change.
Il y a eu des naissances. Si l’on se souvient de la naissance des trois guépards en 2021, celle des trois émeus date du mois dernier, et l’été 2024 avait vu l’arrivée d’un petit rhinocéros blanc, d’un casoar à casque et d’un porc-épic coendou brésilien. Il y a eu aussi nombre de départs. Les deux girafes sont parties début décembre à la réserve de Sigean, en raison des travaux. En 2021 les paresseux de la serre étaient installés à Besançon, et c’était le départ aussi pour trois rhinocéros blancs bien connus des visiteurs, Troy, Nola et Madelaine, et une ourse brune trop solitaire, ainsi que 25 résidents l’année précédente. En 2025 un couple de dik-dik de Kirk (antilope naine) est parti emménager au zoo de Beauval, et un groupe de 300 tortues à Sigean.
Depuis octobre dernier, les bâtiments qui accueillaient les vigognes, les addax, les émeus, les élans du cap et les moutons sont progressivement démolis. Les animaux concernés ont donc été déplacés dans les enclos de la zone de l’ancien marais asiatique. Est proposé à l’étude l’agrandissement de l’enclos des lions, ainsi que la création d’un grand méta-enclos (multi-espèces) autour des girafes et d’autres espèces africaines, et de privilégier les espèces adaptées au climat sahélo-saharien, tendant à l’être de plus en plus avec l’évolution de notre climat.
Dorénavant le zoo va faire partie du « Grand Parc de Lunaret ». C’est la réunion des cinq sites commencée récemment : le bois de Montmaur, le “village” de La Valette, les berges du Lez jusqu’à Agropolis International, la réserve naturelle du Lez, ainsi que le zoo. Depuis 2016, la Ville songeait à moderniser le zoo parfois présenté comme un « gouffre financier », difficile à gérer face aux risques d’incendie, d’inondation… Il s’agit donc d’une rénovation d’ampleur, de travaux de sécurisation et de confort, et la nouvelle directrice Marine Baconnais est aux manettes depuis 2023. L’aménagement a pour objectif de mettre en valeur l’identité de ce site, il sera réalisé par étapes jusqu’en 2030. Bientôt demain…

Nouveaux paysages, nouvelles donnes…
Ce chantier de modernisation entraîne également une modification des parcours de visite au sein du zoo. En effet, le flux des visiteurs est désormais dirigé vers le chemin sud en direction de l’aire de jeu pour accéder au parc animalier en remontant l’enclos Pampa des tapirs et des nandous, en direction de la place de la Tour. Le zoo fait donc maintenant partie du Grand Parc et va se trouver réduit, en surface et en résidents.
Le côté scientifique et pédagogique est mis en valeur, ce qui contribue au changement. Le Parc de Lunaret participe ainsi à plusieurs programmes de recherche sur les perruches à collier, les palmiers Payaca, ou encore les moustiques, en collaboration avec les établissements de recherche, l’Université de Montpellier, le CNRS, l’Université de Zürich, le Muséum National d’Histoire Naturelle. Et parmi les aménagements c’est un espace « Darwin » qui occupe la Bergerie de la Valette, devenue en 1987 la Ferme pour Enfants, déjà dédiée aux activités scolaires, mais qui avait fermé en 2009 pour se transformer en un centre de ressources. Il y avait là un rucher et un bassin pour les loutres. La rénovation de ce centre, estimée à 3,2 M €, va permettre d’accueillir de nombreux ateliers et d’organiser des rencontres autour de sujets actuels, climat, alimentation, faune sauvage… pour un « zoo du XXIe siècle » !
Pas seulement, car une petite partie du Grand Parc va ouvrir des espaces restés jusque-là confidentiels ou même fermés, tout en veillant à la protection de la biodiversité. Ainsi un secteur « Clairières et Belvédères », des anciens enclos du zoo, près de l’ancien marais asiatique, offre des vues spectaculaires aujourd’hui méconnues des Montpelliérains. Les visiteurs y trouveront des lieux de repos et d’observation du paysage et de la nature, en lien avec l’espace pédagogique. La restauration des Berges du Lez s’élevant à plus de 330 000 € un appel aux dons de 20 000 € a été lancé par la Fédération du Patrimoine. L’accès a été un sujet privilégié. Grâce à la ligne 5 de tramway, le Grand Parc de Lunaret sera accessible à l’ensemble de la population montpelliéraine et des 31 communes de la Métropole. Sont à l’étude des transitions, marche, vélo et trottinette.
…et nouveaux chapitres à venir
Les nouvelles constructions comme les rénovations sont attendues impatiemment afin de concrétiser les engagements pris à l’égard de la faune locale comme à l’égard des espèces zoologiques, Montpellier étant un des rares parcs offrant de larges espaces aux populations captives. Heureuse surprise : la Ville a obtenu il y a deux ans une subvention ministérielle de 575 000 € pour construire un enclos destiné à l’accueil des lions de cirque, et doit y investir 145 000 €. Ce sera un nouvel engagement, une autre aventure passionnante mais aussi coûteuse ! Tout comme la protection permanente de la faune locale, où associations et bénévoles ne méritent pas moins d’aide. Une question qui toujours interroge.
Michèle Fizaine
*Lire aussi : « Faune nature : Dans les conflits homme-animal la faune sauvage n’est pas gagnante »
**Lire aussi : « Faune Nature. Des idées étonnantes pour un zoo en pleine métamorphose. Épisode 1 »
Photo 1. Heureux événement, la naissance d’un petit rhinocéros blanc. Crédit photo Zoo de Montpellier







