A Montpellier, après la Serre Amazonienne, un Centre de Soins de la Faune Sauvage : l’aventure Lunaret prépare des surprises…
Il ne faut pas mélanger les questions, et on ne manque pas de le rappeler. Parler du « zoo de Montpellier » ne suffit pas à évoquer l’identité des structures qui sont en train de se mettre en place et les difficultés rencontrées. Des pages se sont tournées comme celle de la Serre Amazonienne, d’autres sont en cours, parfois depuis plusieurs années. L’accueil des animaux blessés de la faune sauvage est en construction, il y a des départs, des naissances, et la question de la conservation zoologique est toujours une interrogation à laquelle il est difficile de répondre brièvement*. Les mentalités évoluent.
Défendre la faune sauvage après les forêts tropicales
Le plus important est de reconsidérer l’espace offert au « zoo », qui est en voie d’être inclus dans un parc de loisirs. Mais par ailleurs la situation est particulièrement difficile pour la faune sauvage, depuis la fermeture du centre LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) de Villeveyrac*. La construction en cours d’un nouveau Centre de Soins est indispensable car celui de Laroque est évidemment très sollicité, et il faut plus d’une heure pour s’y rendre depuis Montpellier ou d’autres communes. Le projet est donc décisif pour donner un nouvel espoir.

Une page s’était tournée avec la fermeture de la Serre Amazonienne en 2022, mais on ne peut oublier qu’elle avait une valeur emblématique. C’était une action européenne, elle était porteuse d’un message. L’idée d’une action multilatérale, efficace et concertée pour la protection des forêts tropicales a été initiée lors du G7 Biarritz qui s’est tenu en août 2019. En tant que pays amazonien, la France était résolument et concrètement déterminée pour la préservation de ces réserves de biodiversité. La Serre Amazonienne de Montpellier était une réalisation unique en France, mais surtout elle représentait un engagement : c’était l’occasion pour les élus de sensibiliser les visiteurs aux menaces qui pèsent sur la forêt amazonienne.
Difficile d’oublier ce lieu étonnant inauguré en 2007, qui a nécessité un investissement de 12 millions d’euros dont 76 % financés par la ville de Montpellier, 12 % par le conseil général de l’Hérault et 11 % par la région Languedoc-Roussillon. Impressionnante par ses dimensions – 2 600 m2 d’emprise au sol, 2 900 m2 visibles avec les passerelles et les étages, 14,50 m de haut avec une volière de 17m et 300 m2 de cheminement public, elle offrait 7 zones climatiques et 5 biotopes, une forêt tropicale de la mangrove à la canopée, 3500 végétaux et 965 animaux, et une scénographie exceptionnelle – orage toutes les 1/2 heure, arrosage par pluies quotidiennes – avec une gestion informatisée de toutes ses contraintes techniques.
La fermeture d’un monde lointain, la triste fin des chauves-souris

Souvenirs, souvenirs. Découverte de la mangrove : piranhas, caïmans à lunettes, poissons et raies à aiguillon. Rencontre avec les oiseaux, jacanas noirs, troupiales à tête rouge, les primates, tamarins de Goeldi, sakis à face blanche, les serpents, anacondas et basilics verts, sans oublier paresseux et mygales. Du côté des cascades on découvre iguanes verts et tangaras du Brésil, dans la forêt dense voici des fourmiliers et des toucans à bec rouge. La balade continue, toujours au milieu des cascades et des troncs d’arbre, et débouche sur une colonie de fourmis maniocs, des amphibiens dendrobates bleues et des grands téjus. Singes hurleurs noirs et saïmiris à casque noir animent cette visite. N’oublions pas la grotte mystérieuse abritant un couple de tatous à six bandes, et la vue panoramique sur la grande volière des toucans, ibis rouges, sarcelles du Brésil et savacous huppés.
Ce fut une triste histoire. La serre était véritablement coûteuse et difficile à entretenir, les expertises l’ont dit dès 2010. Elle avait été restaurée en 2019, mais la décision de fermeture a été prise en 2022, suite au rapport de la Direction Départementale de Protection des Populations (DDPP) qui indiquait une insalubrité et des conditions d’accueil peu satisfaisantes, causant un taux de mortalité de 40 %. La rénovation étant chiffrée pour un montant de 10 M €, elle n’a pas été envisagée. Et les poursuites engagées par la Mairie de Montpellier contre les sociétés responsables de la construction n’ont été réglées qu’en juillet 2023 par le tribunal administratif. Le principal souci a été de reloger les espèces, surtout les Chauves-souris de Seba dont le nombre s’était élevé à 850 à partir de 70 parents.
Des solutions n’ont pas été trouvées, ni au niveau européen ni au niveau international, pour les placer ou les relâcher, leur consanguinité et les risques de parasitisme étant trop importants. En revanche Eddine Ariztegui, adjoint au maire délégué au bien-être animal (et élu animaliste), a pu faire accueillir 80 pensionnaires au zoo de Berlin et en placer 50 en France, et le 11 juillet 2024 le conseil municipal s’était opposé au culling (abattage autorisé dans les zoos et élevages intensifs). Il avait été envisagé de les conserver dans une nouvelle structure mais le montant s’élevait entre 200 000 et 250 000 €. Le 3 février 2025 le maire de Montpellier Michaël Delafosse a décidé de l’euthanasie des 205 chauves-souris, sans prévenir le délégué chargé de la question, ce qui a causé beaucoup de polémiques, la demande de fermeture du zoo par la PAZ (Projet Animaux Zoopolis), et des dépôts de plaintes – notamment de Rémi Gaillard et Maître Phung, Jean-Louis Roumégas, Philippe Saurel…

Nouveau combat : sauver les animaux de la région
Dans la serre il ne reste maintenant que des grands fourmiliers, et depuis 2024 le sous-sol est occupé par une association en lien avec les services de l’Etat, et subventionnée par la mairie, « SOS Reptiles », qui accueille ces animaux abandonnés.
Si la serre amazonienne était un engagement pour défendre la forêt menacée, défendre la faune sauvage est un combat toujours actuel. Lors de l’installation de « SOS Reptiles » il y a deux ans, l’élu Eddine Ariztegui avait bien précisé que tout comme pour le futur Centre de Soins pour la Faune Sauvage, il s’agissait de poursuivre une politique concernant la condition animale, d’imaginer « le zoo du XXIème siècle : au bénéfice des animaux et des humains ». Evoquant les deux projets d’accueil, dont le centre de soins susceptible de recevoir d’abord 1500 puis 5000 animaux chaque année, il ajoutait : « Montpellier peut être fière de sa politique en matière de condition animale ». Depuis, en 2025, Montpellier, célèbre zoo gratuit de France, a reçu le prix de « Ville respectueuse des animaux » décerné par Peta France, saluant son « engagement contre la maltraitance animale », notamment par l’interdiction des tournages avec des animaux sauvages captifs… Le zoo « Lunaret » n’a effectivement pas besoin de telles images pour sa nouvelle identité.
Michèle Fizaine
Prochain article : Montpellier et les métamorphoses de son zoo.
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