Ni la France ni le Maroc ne feront taire le peuple sahraoui en lutte pour la libération du Sahara occidental.


 

C’est un mauvais feuilleton qui se répète, à chaque fois, avec le même scénario. Les voix sahraoui.e.s pour leur droit à l’autodétermination sont bâillonnées par des mairies et l’État français sous la pression du lobby marocain très puissant dans l’Hexagone.

Les Sahraoui.e.s de la Diaspora doivent faire preuve de courage pour affronter autant d’ostracisme de la part des institutions et de hargne du côté des Marocains et franco-marocains vivant en France pour faire entendre leur droit à revendiquer et à exprimer leurs opinions face au rouleau compresseur du Maroc. Ce pays est gouverné par une monarchie archaïque — à sa tête Mohamed VI — qui prétend exercer sa souveraineté sur un territoire : le Sahara occidental qu’il occupe et colonise depuis 1975, alors sous le règne du dictateur Hassan II.

La mairie de Toulouse s’est érigée en complice de la monarchie chérifienne en réquisitionnant une salle municipale, la veille du 1er mai, qui devait accueillir une soirée de solidarité avec la cause sahraouie, le 9 mai. Pourtant, les délais pour réserver la salle Osète en vue d’une projection-débat, avaient été respectés depuis début avril, le paiement et la visite technique du 22 avril avaient été réalisés. L’affaire est avant tout politique, le collectif1, à l’initiative de l’événement, a dû recourir à un avocat pour réclamer justice sous la forme d’un référé liberté. Et le tribunal administratif lui a donné raison, le 8 mai, en lui restituant la salle.

 

La mairie de Montauban soutient le nationalisme marocain

Le même procédé a été observé dans la ville des Mureaux (Yvelines), le 13 mai, où la décision de justice a abouti à la restitution de la salle. Les Sahraoui.e.s ont ainsi pu célébrer le 50e anniversaire de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

À Montauban, le nouveau maire Didier Lallemand, élu sur une liste l’Union des droites (UDR) soutenu par le Rassemblement national (RN), a remporté la médaille de la mauvaise foi en adoptant un arrêté municipal, le 15 mai, tandis que l’association de solidarité sahraouie du Tarn-et-Garonne devait se réunir au centre social « La Comète », les 16 et 17 mai, afin de fêter les 50 ans de sa République. N’en déplaise à l’extrême droite, la fête a bien eu lieu dans un parc public en présence de Mohamed Ali Zerouali, dirigeant du Front Polisario.

Le motif invoqué comme une ritournelle : « Risque de trouble à l’ordre public » et l’une des considérations avancée par l’édile de l’ultra-droite : « Ce rassemblement est un affront à la communauté marocaine. », ou encore « Le 11 mai 2024, la communauté sahraouie de Bressuire a organisé un rassemblement afin de commémorer le 51e anniversaire de la fondation du “front polisario”. », au moins les choses sont dites clairement. La nouvelle mairie montalbanaise, et pas qu’elle, soutient le groupe de pression marocain en accordant beaucoup d’importance aux contre-manifestations des nationalistes souvent orchestrées par les consulats du Royaume.

On peut légitimement se poser la question du degré d’indépendance des autorités politiques du pays à l’égard du pouvoir monarchique chérifien.

 

L’animosité des opposants à la cause sahraouie

Pour revenir à Toulouse, les mêmes motifs ont été invoqués par la municipalité de droite : « Trouble à l’ordre public ». Décidément on constate, sur le terrain, que les semeurs de désordre ne sont pas les familles sahraouies manifestant pacifiquement dans les rues de Toulouse, et ailleurs, leur droit à l’autodétermination, mais bel et bien les adorateurs du monarque et de sa volonté hégémonique de dominer le dernier territoire en Afrique à ne pas connaître la décolonisation.

En novembre 2024, Samir Hajije2, élu municipal proche du maire Jean-Luc Moudenc, n’avait pas réussi à empêcher la soirée de solidarité avec les prisonniers politiques sahraouis incarcérés illégalement dans les prisons marocaines après avoir subi des tortures dénoncées par l’ONU, leurs avocat.e.s et les associations des droits de l’Homme.

Lors de la Marche, en 2025, pour la libération des prisonniers politiques sahraouis depuis la France en passant par l’Espagne jusqu’à la prison de Kenitra au Maroc, des incidents avaient émaillé quelques étapes des marcheuses et marcheurs comme à Poitiers, Angoulême, Béziers ou encore Perpignan où les nationalistes marocains, la plupart du temps agressifs, avaient essayé d’empêcher la libre expression des voix sahraouies. Dans la ville biterroise administrée par Robert Ménard, élu en 2014 grâce au soutien du Front national, Limam, journaliste sahraoui d’Équipe média, avait été insulté.

 

Forte progression de l’anémie et de la malnutrition chez les réfugié.e.s sahraoui.e.s

La cause sahraouie peine à sortir de l’ombre, y compris au sein de la mouvance anticoloniale, elle est devenue visible à Toulouse à l’occasion de la Marche 2025 pour la Liberté, mais auparavant, à la conférence du 22 novembre 2024 où Claude Mangin, militante anticolonialiste des Amis de la RASD, avait évoqué le sort des prisonniers politiques sahraouis, dont son époux Naâma Asfari3 vient de commencer une grève de la faim dans la prison de Kenitra. Et bien avant ces dates, à plusieurs reprises, les associations sahraouies d’Occitanie-Midi-Pyrénées s’étaient rassemblées, en ville, au « Monument aux Morts » sans qu’il y ait foule.

Aujourd’hui, l’on peut se réjouir de la présence sur la place publique de la question de l’indépendance du Sahara occidental. Cependant, beaucoup reste à faire pour renforcer les liens de solidarité avec le peuple sahraoui ici, dans les territoires occupés où règne l’arbitraire et la répression et, enfin, dans les campements de réfugié.e.s à Tindouf (désert du sud-ouest algérien) où les conditions d’existence des populations4 se sont fortement détériorées.

Piedad Belmonte

Photo. Sarahouis le 9 mai à Toulouse. Crédit photo Corine Janeau

Lire aussi : Longue marche pour la libération des prisonniers politiques sahraouis  Marche de la Liberté : France-Espagne-Kénitra

Notes:

  1. Créé en 2025 dans le cadre de la Marche, en vue de la manifestation du 19 avril, pour la libération des prisonniers politiques sahraouis, le collectif regroupe différentes associations, partis et syndicats.
  2. Samir Hajije est actuellement coprésident de la région Occitanie du Haut Commissariat des Diasporas Africaines de France. Rachida Kaaout, macroniste, en est sa présidente. Elle était la voix de la monarchie marocaine au sein du conseil municipal d’Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne.
  3. Depuis 3 ans, l’État marocain n’a appliqué aucune des recommandations demandées par le Groupe de Travail contre la Détention Arbitraire de l’ONU (WGAD) dans son Avis  n° 23/2023  concernant les prisonniers du groupe de Gdeim Izik.  « La grève est devenue une nécessité et un devoir d’action contre l’injustice et l’illégalité de notre détention », écrit Naâma Asfari. « Au contact des pires épreuves d’indignité, on peut réussir à faire émerger l’irréductible de la dignité et à le partager avec d’autres. » La Ligue pour la protection des prisonniers politiques sahraouis (LPPS) rappelle les obligations juridiques du Maroc et appelle la communauté internationale à intervenir afin de garantir le respect des droits des prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines. Pour mémoire, les prisonniers du Groupe de Gdeim Izik ont été condamnés à de lourdes peines (de 20 ans à perpétuité) au terme de procès jugés inéquitables par la communauté internationale. À huit reprises, le Maroc a été condamné par le Comité contre la torture des Nations unies (CAT) pour des aveux extorqués sous torture sur les membres du Groupe Gdeim Izik dont Naâma Asfari, et le Groupe de Travail contre la Détention arbitraire a émis six avis concernant le Groupe Gdeim Izik, tous exhortant le Maroc à libérer immédiatement ces détenus.
  4. 90 % des réfugié.e.s des camps dépendent de l’aide humanitaire. « L’année dernière, les agences des Nations unies et les organisations internationales ont octroyé 58 millions de dollars sous forme d’aides pour la population sahraouie de Tindouf alors qu’il aurait fallu 104 millions pour couvrir les besoins », dénonçait Yahia Bohobeini, directeur du Croissant rouge sahraoui. Les stocks de lentilles et d’huile sont épuisés, il y a des réserves de farine pour seulement deux mois. Le Croissant rouge distribue un panier basique de 16 kilos de nourriture par mois à la population sahraouie en risque d’insécurité alimentaire dans les campements, soit 133 672 bénéficiaires au total. Face à la réduction de 30 % des apports au panier du Programme mondial pour l’alimentation, le Croissant rouge a dû épuiser son stock de sécurité pour compléter ce panier de base dont dépendent des milliers de Sahraoui.e.s. « Dans mon dernier voyage à Alger, j’ai réussi à convaincre le Croissant rouge algérien de nous donner 20 tonnes d’huile pour avoir la ration de ce mois », témoigne encore Yahia Bohobeini. En 2025, les cas d’anémie et de malnutrition ont fortement augmenté au sein de la population sahraouie.
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Passée par L'Huma, et à la Marseillaise, j'ai appris le métier de journaliste dans la pratique du terrain, au contact des gens et des “anciens” journalistes. Issue d'une famille immigrée et ouvrière, habitante d'un quartier populaire de Toulouse, j'ai su dès 18 ans que je voulais donner la parole aux sans, écrire sur la réalité de nos vies, sur la réalité du monde, les injustices et les solidarités. Le Parler juste, le Dire honnête sont mon chemin