Être condamné pour détournement de fonds publics n’empêche plus d’envisager l’Élysée. En France, la morale publique paraît avoir cédé la place au pragmatisme électoral, au point que le bracelet électronique pourrait bientôt être perçu comme un simple accessoire de campagne.


 

La décision de la cour d’appel de Paris redonne de l’espoir aux soutiens de Marine Le Pen. Condamnée dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la cheffe de file des députés du Rassemblement national voit sa peine d’inéligibilité réduite à quinze mois, une durée désormais couverte par le temps déjà écoulé depuis sa condamnation en première instance. Juridiquement, la route de l’élection présidentielle de 2027 est donc de nouveau ouverte.

Il reste certes une condamnation à un an de prison sous bracelet électronique. Mais à écouter certains électeurs interrogés par l’AFP, ce détail ne semble pas de nature à remettre en cause une candidature. La perspective d’une campagne menée avec un bracelet à la cheville suscite davantage des haussements d’épaules que des interrogations sur l’exemplarité attendue d’un futur chef de l’État.

L’argument est devenu presque banal : d’autres responsables politiques ont été condamnés et continuent pourtant d’occuper une place importante dans le débat public. Nicolas Sarkozy en est l’exemple le plus souvent cité. Condamné pour corruption et trafic d’influence, l’ancien président demeure une personnalité écoutée et influente. Dès lors, pourquoi un bracelet électronique empêcherait-il de briguer l’Élysée ?

Marine Le Pen avait pourtant laissé entendre qu’elle renoncerait à une candidature si elle devait faire campagne sous bracelet électronique. Reste à savoir si cette déclaration résistera aux circonstances politiques. Les appels de ses soutiens, soulagés par l’arrêt de la cour d’appel, pourraient rapidement peser plus lourd que cette promesse. Levée du suspens insoutenable au journal télévisé de 20H00 sur TF1 où elle doit s’exprimer.

 

La République des condamnés… mais éligibles

Cette séquence révèle surtout une évolution du regard porté sur les condamnations des responsables politiques. Longtemps considérées comme incompatibles avec les plus hautes fonctions de l’État, elles semblent désormais n’être qu’un élément parmi d’autres dans l’appréciation des électeurs. Pour certains, tous les dirigeants auraient « leurs casseroles » ; l’important serait ailleurs, dans la capacité de séduction ou le désir de changement. L’idée même d’une exemplarité particulière pour accéder à la magistrature suprême paraît s’effacer.

Cette résignation n’est toutefois pas partagée par tous. D’autres citoyens continuent de juger profondément choquant qu’une personne condamnée pour détournement de fonds publics puisse prétendre à la présidence de la République. Pour eux, le bracelet électronique rappelle simplement qu’une condamnation pénale n’est pas un accident de parcours mais la conséquence d’une infraction reconnue par la justice.

Le débat est donc moins juridique que politique. La justice a fixé les règles ; les électeurs décideront du reste. Reste une image dont la Ve République se serait probablement passée : celle d’un candidat à l’Élysée menant campagne avec un bracelet électronique. Il fut un temps où une telle hypothèse relevait de la satire. En France, elle appartient désormais au champ du possible.

 

Dessin de Serge Chapleau publié dans La Presse

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Après des études de lettres modernes, l’auteur a commencé ses activités professionnelles dans un institut de sondage parisien et s’est tourné rapidement vers la presse écrite : journaliste au Nouveau Méridional il a collaboré avec plusieurs journaux dont le quotidien La Marseillaise. Il a dirigé l’édition de différentes revues et a collaboré à l’écriture de réalisations audiovisuelles. Ancien Directeur de La Maison de l’Asie à Montpellier et très attentif à l’écoute du monde, il a participé à de nombreux programmes interculturels et pédagogiques notamment à Pékin. Il est l’auteur d’un dossier sur la cité impériale de Hué pour l’UNESCO ainsi que d’une étude sur l’enseignement supérieur au Vietnam. Il travaille actuellement au lancement du média citoyen interrégional altermidi.