S’appuyant sur des documents internes et des entretiens inédits avec des responsables de la DGSI et du Parquet national antiterroriste, une enquête de la Cellule investigation de Radio France révèle l’ampleur croissante de la menace masculiniste radicale.


 

Longtemps minimisé, le masculinisme radical est désormais surveillé comme une menace terroriste émergente. Les autorités s’inquiètent de profils toujours plus jeunes, nourris par des communautés en ligne où la misogynie se transforme parfois en projet de violence.

La mouvance masculiniste radicale est désormais considérée comme une menace sérieuse par les services de renseignement français. Dans une enquête de Radio France, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) alerte sur la montée en puissance de la sphère « incel » (« célibataires involontaires »), dont certains membres prônent ouvertement la violence contre les femmes.

L’interpellation, en juillet 2025 à Saint-Étienne, d’un lycéen de 18 ans soupçonné de préparer une attaque contre plusieurs jeunes femmes a marqué un tournant. Pour la première fois en France, un adepte revendiqué de l’idéologie incel a été poursuivi dans un dossier à caractère terroriste.

Si cette menace reste minoritaire au sein de l’ultradroite, la DGSI observe une évolution préoccupante : les profils sont plus jeunes, parfois âgés de seulement 14 ou 15 ans, et se radicalisent beaucoup plus rapidement. Les réseaux sociaux, notamment TikTok et Instagram, constituent des portes d’entrée vers des contenus mêlant mal-être psychologique, misogynie et fascination pour les tueurs de masse.

Les enquêteurs pointent également les liens croissants entre la mouvance incel et certaines communautés en ligne glorifiant l’ultraviolence. À cela s’ajoutent des campagnes de harcèlement visant des associations féministes, des militantes ou des structures comme le Planning familial et le 3919.

Au-delà des passages à l’acte, les professionnels de l’éducation et du monde associatif constatent une diffusion inquiétante des discours masculinistes dans les collèges et lycées. Face à ce phénomène, les autorités renforcent la formation des magistrats, policiers et services spécialisés, tandis que plusieurs organisations appellent à une stratégie nationale de prévention contre cette idéologie qui banalise la haine des femmes et, dans ses formes les plus radicales, peut conduire à la violence terroriste.

Photo. Capture d’écran d’Elliot Rodger qui a pris pour cible  trois femmes dans une rue de Santa Barbara, tuant deux d’entre elles, âgées de 19 et 22 ans. (DR)

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