La mairie de Toulouse a de nouveau sévi en interdisant le premier tournoi de football, le 14 juin, en hommage à Bilal organisé par le Comité Vérité et Justice pour Bilal. D’après la version officielle, le délai de trois mois n’aurait pas été respecté, la municipalité considérant qu’il ne s’agit pas d’un tournoi mais d’une manifestation.


 

À l’origine, le tournoi de foot devait se dérouler au stade de Bagatelle mais devant le refus de l’équipe municipale majoritairement à droite, les organisateurs et organisatrices de l’événement sportif ont pu honorer la mémoire de Bilal en rejoignant le stade au parc de Gironis, quartier La Fourguette.

Plus d’un an après la mort du jeune papa dans des circonstances que l’enquête en cours devra élucider, le Comité Vérité et Justice pour Bilal avec la famille et toutes les personnes solidaires ont pensé cette journée comme un temps convivial, de partage et de fête avec les proches, les habitant.es de Bagatelle, la Faourette et au-delà : tous ceux et toutes celles qui se sentent concerné.es par la soif de vérité, de solidarité et de justice. Thibault Weninger, dit  Bilal, est mort le 24 janvier 2025 de sa chute de scooter et, selon ses proches et des témoins, la police municipale serait responsable de l’accident. »

 

Dérive très autoritaire de la mairie

Dans un cadre champêtre, deux tentes se dressent régalant les participant.es de boissons chaudes, froides, gâteaux, sandwichs posé.es sur les tables. Le tout à prix libre mais nécessaire pour renflouer les caisses de la fraternité. Des casquettes et tee-shirts à l’effigie du Comité sont posées sur une autre table, le tarif est fixé à 7 euros. Kouider fait le DJ, de la sono s’échappe de la musique dansante. Un karaoké est improvisé, au micro, plusieurs voix rythment l’expression des corps ondulants. Huit équipes disputent des matchs très amicaux. Sur le terrain, filles et garçons taquinent le ballon. Et la coupe des champion.nes campe sur l’une des tables. Un soleil de plomb est au zénith mais la jeunesse de cœur ne craint pas la chaleur. Des « figures », parmi d’autres, sont sur le terrain : Antoine Ramognino, avocat, Meryem Bahia-Arfaoui, cinéaste et François Piquemal, conseiller municipal d’opposition (groupe Demain Toulouse).

Si Salah Amokrane n’a pas endossé le maillot, le militant de l’Assemblée des quartiers monte au créneau pour fustiger « la dérive très autoritaire de la mairie. Toutes les personnes qui sont en lutte sont considérées non pas comme des adversaires mais comme des ennemis qu’il faut faire payer », dénonce le conseiller municipal de l’opposition. « La mairie interdit un tournoi de foot, un hommage, un moment pacifique et familial, c’est pitoyable et extrêmement grave. »

 

Younoussa est content de jouer pour une bonne cause

L’ambiance est amicale et familiale. Les enfants s’adonnent au jeu finlandais du Mölkky qui ressemble vaguement à la pétanque parce qu’il faut faire tomber les quilles. Assia s’entraîne, son bras n’atteint pas le but, mais elle n’est pas la seule, les visages sont tout sourire parce qu’on est là pour s’amuser.

 

 

 

Les plus petit.es préfèrent la peinture à l’eau et même les adultes s’amusent comme des gamin.es en ciblant au pistolet à eau les amateurs et amatrices de fraîcheur. Il y a déjà deux footballeurs blessés car le terrain synthétique râpe les genoux et ça fait mal. La trousse secouriste de Virginie fait des miracles. Passionné de ballon rond, Younoussa fait partie de l’équipe « Autonomie » constituée de mineurs isolés, il est très content de jouer pour une bonne cause. Puis, il y a Mounir, l’animateur du tournoi appelle au micro chaque équipe et pointe au tableau les buts marqués, heureux d’être là malgré « la mairie qui nous a mis des bâtons dans les roues ». La LDH avait dénoncé dans un rapport, en février, cette dérive autoritaire de la municipalité qui se décline également à l’échelle nationale par l’autoritarisme de l’État contre le mouvement associatif.

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, se trompe en pensant qu’il pourra faire taire la solidarité avec Bilal, sa famille et ses soutiens. À la même période l’année dernière, la préfecture avait interdit une manifestation pour Bilal, au centre ville, prétextant un « trouble à l’ordre public ».

Les interdictions ciblent également toutes les manifestations de soutien à la Palestine et au Sahara occidental.

 

« On attend énormément des décisions qui vont être prises »

Enfin une éclaircie, seize mois après la mort de Bilal, la juge d’instruction chargée de l’enquête judiciaire a accueilli, en mai, toute la famille. « Nous avons pu exprimer tout ce qu’on vit depuis un an, raconte Hanane, l’épouse de Bilal. Plus d’un an de souffrance pour essayer de comprendre ce qui s’est réellement passé avec des changements de récit du policier1 qui a eu ce geste qui a déséquilibré Thibault. On espère que la justice fasse son travail et que la suite soit à la hauteur des gestes qui ont conduit à la chute de Bilal. Il n’est pas tombé tout seul. On attend énormément des décisions qui vont être prises. La juge d’instruction prendra sa décision d’ici un an et fera tout son possible pour éclaircir ce qui s’est passé ».

C’est la manifestation de la vérité que demandent depuis des mois la famille et les proches. Et comme le souligne avec détermination Layla, porte-parole du Comité : « Ils ne nous empêcheront pas de nous mobiliser, de nous rassembler, de faire vivre la mémoire de Bilal et de son quartier. Car ce qui nous unit c’est la fidélité à Bilal, le soutien à sa famille et la conviction que la vérité et la justice ne devraient jamais être des combats solitaires. »

Piedad Belmonte

 

Notes:

  1. Ce policier municipal est toujours en poste au marché de Bagatelle.
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Passée par L'Huma, et à la Marseillaise, j'ai appris le métier de journaliste dans la pratique du terrain, au contact des gens et des “anciens” journalistes. Issue d'une famille immigrée et ouvrière, habitante d'un quartier populaire de Toulouse, j'ai su dès 18 ans que je voulais donner la parole aux sans, écrire sur la réalité de nos vies, sur la réalité du monde, les injustices et les solidarités. Le Parler juste, le Dire honnête sont mon chemin