Jusqu’au 13 septembre 2026, la Collection Bemberg consacre une exposition à Joaquín Sorolla, l’un des grands peintres espagnols de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Une soixantaine de tableaux permettent de découvrir, à Toulouse, l’œuvre d’un artiste fasciné par la lumière, la Méditerranée, les scènes de plein air et les êtres qui l’entouraient.


 

 

Il suffit parfois d’un éclat de soleil sur l’eau, d’un reflet sur le sable ou d’une ombre traversant un jardin pour reconnaître Joaquín Sorolla. Surnommé le « peintre de la lumière », l’artiste valencien a construit une œuvre immédiatement identifiable, où la couleur, le mouvement et la lumière semblent constamment en mouvement.

C’est cet univers que la Collection Bemberg invite à découvrir avec « Sorolla. Maître de la lumière », jusqu’au 13 septembre 2026 à l’Hôtel d’Assézat. Fruit d’un partenariat avec le ministère espagnol de la Culture, la Fundación Museo Sorolla et le Museo Sorolla, l’exposition réunit 60 peintures représentatives des principaux thèmes de la carrière du peintre.

Sorolla, enfant de la Méditerranée

Né à Valence en 1863, Joaquín Sorolla y Bastida grandit dans un environnement où la lumière méditerranéenne devient très tôt l’un des éléments fondamentaux de son regard. Il se forme dans sa ville natale avant de poursuivre son apprentissage à Madrid, puis de séjourner à Rome. Ses voyages en Europe, notamment à Paris, lui permettent également de découvrir les évolutions de la peinture de son temps.

Sorolla est parfois rapproché de l’impressionnisme en raison de son goût pour la peinture en plein air, de sa touche rapide et de son intérêt pour les variations de la lumière. Le Museo Sorolla souligne toutefois que le peintre ne se considérait pas lui-même comme un impressionniste. Il connaissait les recherches des impressionnistes et en a assimilé certains procédés, notamment l’utilisation de touches de couleur peu mélangées et l’importance accordée à l’observation directe.

Son ambition est surtout de saisir le monde tel qu’il apparaît dans l’instant. Chez lui, la lumière n’est pas un simple élément décoratif : elle transforme les couleurs, donne du mouvement aux scènes et devient presque le véritable sujet du tableau. Cette recherche lui vaut rapidement une importante reconnaissance internationale. Sorolla participe aux grandes expositions européennes et reçoit notamment le Grand Prix de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Entre 1906 et 1908, ses expositions personnelles à Paris, Berlin, Düsseldorf, Cologne et Londres contribuent à asseoir sa réputation internationale.

La plage comme laboratoire de lumière

À Toulouse, les scènes de bord de mer occupent une place essentielle dans le parcours. Elles constituent sans doute l’expression la plus spectaculaire de la fascination de Sorolla pour la lumière naturelle. Sur les plages de Valence, mais aussi sur les côtes cantabriques, le peintre observe les effets fugitifs du soleil sur l’eau et le sable. Il représente les enfants jouant au bord de la mer, les pêcheurs au travail, les baigneuses, les voiles et les promeneurs.

Le Museo Sorolla décrit cette peinture maritime comme une recherche constante des effets de lumière sur l’eau et des variations atmosphériques selon les heures, les saisons et les lieux. Cette quête conduit Sorolla à développer une technique particulièrement vive, qui donne à ses scènes de plage une impression de spontanéité et de mouvement.

Dans des tableaux comme Garçon sur le rivage ou Les Voiles, le sujet semble parfois presque secondaire. Ce qui compte avant tout, c’est la manière dont le soleil transforme une scène ordinaire en spectacle de couleurs. Sorolla peint ainsi une Méditerranée heureuse, éclatante, peuplée de corps et de silhouettes saisis dans des instants de vie quotidienne. Mais derrière cette apparente facilité se cache une observation extrêmement précise : chaque touche cherche à restituer une sensation visuelle fugitive.

La famille au cœur de l’œuvre

L’exposition toulousaine montre également une autre facette du peintre : celle du portraitiste et du peintre de l’intime. Sorolla a beaucoup représenté son épouse Clotilde García del Castillo, leurs enfants et son entourage. Ces tableaux ne sont pas seulement des portraits familiaux ; ils constituent un véritable laboratoire artistique dans lequel le peintre expérimente les cadrages, les attitudes et les effets de lumière.

Clotilde occupe une place centrale dans sa vie et dans son œuvre. Épousée en 1888, elle est à la fois sa compagne, sa confidente, sa muse et une présence constante dans son parcours professionnel. Le Metropolitan Museum of Art souligne notamment son rôle de collaboratrice dans la vie du peintre, allant jusqu’à la qualifier, selon les propres mots de Sorolla, de « ministre des Finances ».

Dans ces portraits, Sorolla s’éloigne parfois du spectaculaire pour privilégier une peinture plus intime. Un visage, une robe blanche, une silhouette dans un intérieur ou une promenade familiale deviennent autant d’occasions d’étudier les effets de la lumière. Cette proximité avec ses modèles donne à ces œuvres une dimension particulièrement personnelle. Le peintre ne cherche pas seulement à reproduire une apparence : il restitue une atmosphère, une relation, un instant partagé.

Madrid : une maison transformée en œuvre d’art

L’histoire de Sorolla est aussi intimement liée à Madrid. À partir de 1911, le peintre vit avec sa famille dans une maison-atelier qu’il a conçue en fonction de son activité artistique. Le bâtiment, aujourd’hui occupé par le Museo Sorolla, conserve encore largement l’atmosphère qui était celle de la famille du peintre.

Les ateliers bénéficiaient notamment de plafonds élevés et d’une abondante lumière zénithale. Sorolla a également conçu lui-même les jardins qui entourent la maison. Ce lieu joue un rôle important dans la dernière partie de sa carrière. Le jardin devient progressivement un sujet à part entière. Entre 1916 et 1920, alors qu’il travaille notamment à son immense commande pour la Hispanic Society de New York, Sorolla y trouve un espace plus intime, dans lequel il peut peindre pour son propre plaisir. Le Museo Sorolla conserve ainsi un ensemble particulièrement important de peintures de jardins réalisées durant cette période. Le peintre y explore les effets de la lumière filtrant à travers les feuillages, les reflets dans l’eau et les contrastes entre végétation, architecture et ombre.

Des jardins entre Espagne et Méditerranée

Ces jardins racontent aussi les goûts et les voyages de Sorolla. Pour aménager celui de sa maison madrilène, l’artiste s’inspire notamment des jardins de l’Andalousie, de l’Alcazar de Séville et de l’Alhambra de Grenade. Le jardin devient alors une sorte de prolongement de sa peinture. Fontaines, bassins, plantes, carrelages, pergolas et murs clairs composent des scènes où l’eau et la végétation permettent de multiplier les jeux de lumière. Les trois jardins de la maison Sorolla, encore conservés aujourd’hui, témoignent de cette passion : le premier s’inspire notamment de l’Alcazar de Séville, tandis que le deuxième reprend certains éléments des jardins du Generalife de Grenade.

Cette période correspond à une peinture plus contemplative. Après avoir parcouru les plages, les rues, les paysages et les villes d’Espagne, Sorolla se concentre sur un espace plus proche, presque domestique. La lumière demeure son obsession, mais elle devient plus douce, filtrée par les feuillages et réfléchie par les bassins.

Au sommet de sa gloire

La carrière de Sorolla ne se limite pourtant pas aux scènes lumineuses qui ont fait sa célébrité. L’artiste est aussi un peintre ambitieux, capable de travailler sur de vastes compositions historiques et sociales.

Son parcours international atteint notamment un sommet avec sa relation avec Archer Milton Huntington, fondateur de la Hispanic Society of America à New York. Huntington lui commande une vaste série de panneaux consacrés aux différentes régions d’Espagne. Pour préparer ce projet, Sorolla parcourt le pays, observe les populations et rassemble costumes et objets traditionnels. Cette dimension internationale rappelle combien Sorolla était loin d’être un peintre cantonné à la Méditerranée valencienne. Il voyage beaucoup, notamment en Europe et aux États-Unis, et observe avec la même attention les paysages, les architectures et les populations qu’il rencontre. Le Museo Sorolla conserve par exemple des témoignages de ses séjours à New York, où il réalise de nombreux dessins et peintures de la ville.

Une lumière qui continue de nous toucher

Joaquín Sorolla meurt en 1923, à Cercedilla, près de Madrid, après avoir été frappé par un accident vasculaire cérébral qui l’empêche de reprendre pleinement la peinture durant ses dernières années. Après sa mort, son épouse Clotilde joue un rôle déterminant dans la préservation de son œuvre. Dans son testament de 1925, elle lègue notamment à l’État espagnol la maison et les collections destinées à créer un musée à la mémoire de son mari. Le Museo Sorolla ouvre ainsi ses portes dans la maison même où le peintre avait vécu et travaillé.

Un siècle plus tard, l’œuvre de Sorolla conserve une étonnante capacité à séduire. Peut-être parce que sa peinture ne demande pas seulement à être regardée : elle donne presque à ressentir la chaleur d’un après-midi, la fraîcheur de l’eau, le scintillement d’un bassin ou la blancheur éclatante d’une robe au soleil. À la Collection Bemberg, les plages, les portraits et les jardins racontent ainsi une même histoire : celle d’un peintre qui n’a cessé de poursuivre la lumière. « Sorolla. Maître de la lumière » offre l’occasion de redécouvrir cet artiste majeur de la peinture espagnole et de comprendre pourquoi, plus de cent ans après sa disparition, son œuvre continue de rayonner avec une telle intensité.

Photo « Mère » 1895 Joaquin Sorolla

En pratique

Sorolla. Maître de la lumière. Collection Bemberg – Hôtel d’Assézat, Toulouse
Du 30 avril au 13 septembre 2026 Du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h.
Des visites guidées sont également proposées pendant la durée de l’exposition.