Ils sont désormais 17 millions à ne plus pouvoir se déplacer librement : la précarité mobilité touche un nombre croissant de Français. En cause, une dépendance de plus en plus marquée à la voiture, choisie par défaut plus que par préférence.


 

La mobilité est souvent présentée comme une liberté : celle de se déplacer pour travailler, se former, se soigner, faire ses courses ou simplement maintenir une vie sociale. Mais la 4ᵉ édition du Baromètre des Mobilités du Quotidien de Wimoov, réalisée par Ipsos BVA auprès de 13 400 personnes en France hexagonale et en Corse, montre une réalité plus contrastée. Pour une part croissante de la population, pouvoir se déplacer reste une condition… qui n’est pas toujours remplie.

Selon l’étude, 17 millions de Français sont aujourd’hui en situation de précarité mobilité, contre 15 millions en 2024. Près d’un Français sur deux (47 %) estime ne pas avoir réellement le choix de son mode de transport quotidien. La voiture reste le principal moyen de déplacement pour 72 % des Français, et jusqu’à 87 % dans les territoires ruraux. Pourtant, cette place dominante ne signifie pas toujours qu’elle est choisie : 63 % des automobilistes déclarent qu’il leur serait difficile de remplacer leur véhicule par un autre mode de transport en cas de panne.

Se déplacer pour pouvoir faire… mais parfois devoir renoncer

La mobilité permet d’abord d’accéder aux autres dimensions de la vie quotidienne. Encore faut-il pouvoir en assumer le coût. Les dépenses de mobilité représentent en moyenne 225 euros par mois, hors achat du véhicule. Pour les ménages vivant sous le seuil de pauvreté, elles absorbent près d’un quart du budget, contre environ 10 % pour les ménages aisés.

Cette pression financière conduit à des arbitrages. 40 % des Français ont déjà renoncé à au moins un déplacement quotidien, une proportion qui atteint 74 % chez les 18-29 ans. Plus préoccupant encore, ces renoncements ne concernent pas seulement les loisirs : 10 % des Français déclarent avoir renoncé à un emploi, une formation ou à y postuler faute de pouvoir s’y rendre. Chez les demandeurs d’emploi, cette proportion monte à 26 %.

La mobilité apparaît ainsi comme une condition d’accès à plusieurs droits essentiels. Mais lorsqu’elle devient trop coûteuse, trop complexe ou trop contrainte, elle peut au contraire devenir un facteur d’exclusion. 12 % des Français déclarent même avoir renoncé à des soins pour continuer à financer leurs déplacements, tandis que 14 % ont renoncé à un rendez-vous médical en raison de difficultés de transport.

Une liberté très inégalement répartie

Les écarts territoriaux sont particulièrement révélateurs. Si 37 % des Français disent ne pas disposer de transports en commun à proximité de leur domicile, cette proportion atteint 61 % dans les zones périurbaines et 79 % dans les territoires ruraux. Dans ces conditions, remplacer la voiture par une autre solution n’est pas toujours possible.

Les jeunes sont eux aussi particulièrement concernés. 36 % des 18-24 ans ne possèdent pas le permis de conduire, notamment pour des raisons financières, et 62 % déclarent éviter fréquemment de se déplacer pour limiter leurs dépenses. Près des trois quarts d’entre eux ont déjà renoncé à un déplacement au cours des cinq dernières années.

La transition vers des mobilités plus durables pose enfin une question d’équité. Les aléas climatiques ont conduit 42 % des Français à modifier leur mode de transport au cours des douze derniers mois. Mais, parmi eux, près de la moitié se sont reportés vers un mode thermique. Les alternatives et les aides ne sont donc pas encore accessibles de la même manière selon les revenus et les territoires.

Permettre de choisir, plutôt que contraindre

Le principal enseignement du baromètre est peut-être là : la question n’est pas seulement de permettre aux Français de se déplacer, mais de leur permettre de choisir comment ils se déplacent. Une mobilité réellement inclusive suppose des alternatives accessibles, financièrement soutenables et adaptées aux réalités locales. Elle passe aussi par une meilleure connaissance des dispositifs existants : seuls 28 % des Français connaissent les aides à la mobilité durable.

Pour Wimoov, cela implique notamment de renforcer l’accompagnement individuel, de développer le métier de conseiller en mobilité et de concevoir les politiques publiques en tenant compte de tous les territoires et de tous les publics. Car la mobilité permet de travailler, de se former, de se soigner et de rester en lien avec les autres. Mais elle ne le permet que lorsqu’elle est effectivement accessible.