Du 21 au 23 octobre, la Convention nationale des avocats réunira plusieurs milliers de professionnels à Toulouse, neuf ans après sa dernière édition. Intelligence artificielle, accès au droit, réforme de la justice pénale, protection des libertés et avenir économique de la profession : les débats s’annoncent au cœur des préoccupations des avocats, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.


 

C’est un rendez-vous attendu par toute une profession. Du 21 au 23 octobre 2026, la Convention nationale des avocats fera son retour à Toulouse, au MEETT, avec le concours des barreaux de Toulouse, d’Albi et de Montauban. Organisée par le Conseil national des barreaux (CNB), cette rencontre doit rassembler plus de 6 000 participants autour d’un objectif commun : réfléchir aux mutations du droit et aux conditions dans lesquelles les avocats pourront continuer à défendre efficacement les citoyens. Placée sous le signe de l’« avocat durable », cette édition entend dépasser le seul cadre de la formation professionnelle. Il s’agit aussi de questionner la place de l’avocat dans une société en transformation, où les évolutions technologiques, les contraintes économiques et les réformes législatives interrogent directement l’exercice de la justice. « Défenseurs des droits, acteurs de l’économie, artisans de justice et de liberté » : c’est ainsi que Julie Couturier, présidente du CNB, résume le rôle que la profession entend continuer à jouer.

L’accès à la justice, au cœur des préoccupations

Parmi les sujets qui mobilisent les avocats, l’accès effectif au droit occupe une place centrale. En mars 2026, le CNB a renouvelé ses propositions pour renforcer l’aide juridique, notamment par une revalorisation des moyens consacrés à l’aide juridictionnelle et une sécurisation de son financement. Pour les représentants de la profession, l’enjeu est de permettre à chacun, y compris aux personnes les plus modestes, de bénéficier d’un accompagnement juridique adapté. Le sujet est d’autant plus sensible que la loi de finances pour 2026 a instauré une contribution de 50 euros pour certaines procédures civiles et prud’homales, sous réserve d’exemptions. Le dispositif a été validé par le Conseil constitutionnel le 19 février. Le CNB s’était opposé à cette mesure, craignant qu’une participation financière supplémentaire ne constitue un obstacle pour certains justiciables. La question budgétaire revient déjà dans les débats de préparation du budget 2027. En septembre, le CNB a réaffirmé son opposition à de nouvelles contributions financières susceptibles de peser sur l’accès au juge, notamment en appel et dans le domaine de la justice économique. L’institution défend le principe d’un financement public de l’aide juridique et alerte sur le risque de faire supporter une part croissante du coût de la justice aux justiciables. Derrière ces débats financiers se pose aussi une question sur notre démocratie : comment garantir l’égalité devant la justice lorsque les ressources économiques conditionnent, en partie, la possibilité de faire valoir ses droits ?

Réforme pénale : accélérer sans fragiliser les droits de la défense

Autre dossier majeur : la réforme de la justice criminelle. La loi du 23 juillet 2026 relative à la justice criminelle et au respect des victimes s’inscrit dans un contexte de délais de jugement importants. Le ministère de la Justice évoquait, au printemps, près de 6 000 affaires criminelles en attente de jugement, avec des délais pouvant atteindre six à huit ans. Le texte vise notamment à réduire ces délais et à mieux prendre en compte les victimes. Il introduit également une procédure de jugement des crimes reconnus, inspirée du mécanisme du plaider-coupable, lorsque les faits sont admis par l’accusé.  Pour les avocats, l’enjeu est de concilier l’efficacité de la justice avec le respect des garanties fondamentales du procès pénal. La réduction des délais répond à une attente légitime des victimes comme des personnes poursuivies. Elle ne saurait toutefois faire disparaître les exigences liées aux droits de la défense, au contradictoire et à l’individualisation de la justice. La Convention sera ainsi l’occasion de replacer les évolutions procédurales dans une réflexion plus large sur le fonctionnement de l’institution judiciaire et sur la confiance que les citoyens lui accordent.

Intelligence artificielle : une profession en pleine mutation

L’intelligence artificielle constitue un autre chantier incontournable. Recherche documentaire, analyse de décisions, rédaction de documents ou automatisation de certaines tâches : les outils génératifs ouvrent de nouvelles perspectives pour les cabinets d’avocats. Mais ils soulèvent aussi des questions de fiabilité, de confidentialité, de responsabilité et de déontologie. Le CNB a adopté en mars 2026 un guide déontologique destiné à accompagner les avocats dans l’utilisation de l’intelligence artificielle générative. L’objectif est de permettre l’appropriation de ces technologies tout en maintenant les exigences qui fondent la profession, notamment le secret professionnel et la protection des données des clients. Au-delà des outils, c’est aussi l’évolution du marché du droit qui se trouve interrogée. Comment préserver la qualité du conseil juridique, l’indépendance de l’avocat et la relation de confiance avec le client, alors que de nouveaux services automatisés transforment l’accès à l’information juridique ? Le programme de la Convention prévoit précisément des échanges sur la transformation numérique, l’évolution du procès et les mutations économiques de la profession. Une réflexion qui concerne autant les grands cabinets que les structures individuelles, confrontées à la nécessité d’innover sans perdre de vue leurs obligations déontologiques.

Libertés publiques et droits des citoyens : une vigilance permanente

La défense des libertés demeure également au cœur des préoccupations de la profession. Parmi les sujets débattus au sein du CNB figure notamment la proposition de loi, adoptée par l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026, visant à instaurer une présomption de légitime défense au bénéfice des policiers et des gendarmes lorsqu’ils font usage de leur arme dans l’exercice de leurs fonctions. Dans ses travaux d’octobre, le Conseil national des barreaux a mis l’accent sur l’application effective des recommandations relatives à la formation, à la doctrine d’emploi des armes, à la traçabilité et au contrôle de l’usage de la force. Ce dossier illustre les interrogations de la profession sur l’équilibre entre les prérogatives des forces de l’ordre, la protection des citoyens et le contrôle de l’action publique.  La Convention abordera également les droits des enfants, les libertés et les droits de l’Homme, ainsi que la place des territoires ultramarins dans la République et l’Union européenne. Autant de thématiques qui rappellent que l’avocat intervient dans des domaines très divers, de la défense pénale au droit de la famille, du droit social au contentieux administratif.

Le programme prévoit des États généraux consacrés notamment à l’amiable, à l’innovation, à la réparation des préjudices, aux droits des enfants et aux Outre-mer, ainsi que 64 ateliers de formation. Les participants pourront ainsi confronter leurs pratiques et leurs expériences, mais aussi réfléchir aux réponses à apporter aux transformations du métier. Le choix de Toulouse, avec la participation des barreaux d’Albi et de Montauban, donne également à cette édition une dimension territoriale. L’organisation collective traduit la volonté de réunir une profession diverse, confrontée à des réalités différentes selon les territoires et les domaines d’exercice.

À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, les discussions auront enfin une résonance particulière dans le débat public. Le financement de la justice, les délais de jugement, l’accès au droit, les libertés publiques et l’impact des nouvelles technologies constituent autant de sujets susceptibles d’alimenter les réflexions sur les politiques judiciaires à venir. Pour les avocats, l’enjeu ne consiste pas seulement à anticiper les évolutions de leur profession. Il s’agit aussi de rappeler que l’effectivité des droits dépend de moyens concrets, de garanties procédurales et de la possibilité, pour chaque citoyen, d’être entendu et défendu. Trois jours durant, la Convention nationale des avocats entend ainsi faire dialoguer les évolutions du droit et les exigences fondamentales de la justice. Avec une question en filigrane : comment accompagner les transformations de la société sans renoncer aux principes qui fondent l’État de droit ?