Le texte envoyé de Gaza par Abu Amir le 30 octobre 2026 est d’une lucidité parfaite quant aux résultats des élections en Israël ; une actualité intraitable, sans faux espoirs !


 

« Je comprends l’espoir que certaines personnes à Gaza placent dans les résultats des élections israéliennes. Après tout ce qu’elles ont vécu, il est naturel qu’elles cherchent une nouvelle laissant entrevoir des jours moins éprouvants. Et lorsqu’on évoque un éventuel départ de Netanyahou, une question se pose : le gouvernement qui lui succédera ouvrira-t-il la voie à une amélioration de la situation dans la bande de Gaza ?

Mais je pense que nous attendons d’un changement de gouvernement plus qu’il ne peut apporter. Nous nous préoccupons de savoir qui partira et qui arrivera, sans accorder suffisamment d’attention aux positions des partis qui participeront aux négociations pour former la coalition. Or ces positions, notamment à l’égard d’un État palestinien, ne justifient guère l’optimisme.

En Israël, certains rejettent Netanyahou et réclament la fin de son pouvoir, sans nécessairement être en désaccord avec lui sur ce qui constitue, à nos yeux, le cœur de la question. Ils peuvent s’opposer à lui en raison de sa conduite de la guerre, de ses différends avec les institutions de l’État ou de ses alliances politiques. Ils peuvent aussi estimer qu’il a nui à la position d’Israël sur la scène internationale. Rien de tout cela ne signifie qu’ils sont prêts à reconnaître le droit des Palestiniens à créer leur propre État.

C’est ce qu’il faut garder à l’esprit en analysant les résultats. Une composante influente des forces opposées à Netanyahou appartient à la droite, et certaines personnalités présentées comme des alternatives à son pouvoir ont déclaré leur opposition à un État palestinien. Nous sommes face à de véritables divergences au sein de la société politique israélienne, mais celles-ci ne servent pas nos intérêts et ne font pas de ceux qui les portent des partenaires pour une solution politique.

Je ne dis pas que tous les partis se ressemblent, ni que le maintien ou le départ de Netanyahou revient au même. Il existe des différences, dont certaines peuvent avoir des effets sur la vie des gens. Un habitant de Gaza qui attend de pouvoir partir se faire soigner, ou de voir entrer des matériaux pour réparer sa maison, connaît la valeur de toute décision susceptible d’alléger ses souffrances. Il ne faut pas en minimiser l’importance.

Ce que je crains, c’est que nous confondions une amélioration dont les gens ont besoin aujourd’hui avec un changement qui leur garantirait un avenir différent. Un gouvernement pourrait accorder davantage de facilités, tout en conservant le droit de fermer les points de passage quand bon lui semble. Il pourrait autoriser des mesures de reconstruction, sans renoncer à utiliser les besoins de la bande de Gaza comme moyen de pression. Certains aspects de la vie s’amélioreraient alors, tandis que le fond du problème resterait entier.

À mes yeux, la question qui mérite d’être suivie est la suivante : sur quel programme à l’égard des Palestiniens le prochain gouvernement reposera-t-il ? Ce programme reconnaîtra-t-il leurs droits, ou se limitera-t-il à rechercher une manière moins coûteuse de gérer le conflit ? Et Gaza sera-t-elle envisagée comme faisant partie de la cause d’un peuple qui aspire à la liberté, ou comme un dossier sécuritaire nécessitant de nouveaux arrangements ?

Les déclarations électorales fournissent des indications qu’il serait imprudent d’ignorer. Lorsque plusieurs des principaux candidats rejettent la création d’un État palestinien, nous devons prendre cette position au sérieux. Leur désaccord avec Netanyahou ne suffit pas à nous faire supposer qu’ils nous ouvriront la voie qu’il a fermée.

Je pense que le débat à Gaza a besoin de cette franchise, sans pour autant priver les gens de leur espoir. Personne ne peut demander à ceux que la guerre a épuisés de cesser d’attendre une bonne nouvelle. Mais ceux qui analysent la situation politique ont le devoir d’expliquer les limites de cette attente et de ne pas transformer l’éventualité d’un changement de gouvernement en promesse d’une amélioration garantie.

Les noms des ministres pourront changer, tout comme le ton des déclarations. Mais le véritable test, pour nous, se jouera aux points de passage, dans la liberté de circulation des personnes, dans la reconstruction, puis dans la position adoptée à l’égard du droit des Palestiniens à l’autodétermination. C’est là seulement que nous pourrons mesurer l’ampleur du changement dont nous aurons réellement bénéficié.

J’espère, comme d’autres, que la période à venir apportera quelque chose de meilleur à Gaza. Mais je ne vois pas dans la seule opposition à Netanyahou une raison suffisante d’être rassuré quant à ceux qui lui succéderont. »

Nous souhaitons pour finir cet article alerter sur le fait que l’Apartheid en Palestine est aussi financier ! Sous prétexte de lutte contre le blanchiment d’argent au profit du terrorisme le soutien à la Palestine devient suspect ! Une tribune est parue dans l’Humanité le 19 octobre 2026 pour dénoncer les entraves mises en place par les banques à la solidarité financière avec le peuple palestinien. Des mesures illégales de fermeture de compte au prétexte de la lutte contre le blanchiment de l’argent qui relèvent, selon les signataires de la tribune d’un apartheid financier. La mise en place par les banques d’un verrouillage silencieux, un blocus financier. C’est la financiarisation du contrôle social : lorsque des acteurs bancaires privés et des algorithmes deviennent capables, au nom de la gestion du risque, de restreindre concrètement l’exercice d’une solidarité, qui, pourtant, est en totale conformité avec le droit international. La solidarité avec le peuple palestinien n’est pas un crime. C’est une exigence de justice.

Abu Amir et Brigitte Challande

Brigitte Challende
Brigitte Challande est au départ infirmière de secteur psychiatrique, puis psychologue clinicienne et enfin administratrice culturelle, mais surtout activiste ; tout un parcours professionnel où elle n’a cessé de s’insérer dans les fissures et les failles de l’institution pour la malmener et tenter de la transformer. Longtemps à l’hôpital de la Colombière où elle a créé l’association «  Les Murs d’ Aurelle» lieu de pratiques artistiques où plus de 200 artistes sont intervenus pendant plus de 20 ans. Puis dans des missions politiques en Cisjordanie et à Gaza en Palestine. Parallèlement elle a mis en acte sa réflexion dans des pratiques et l’écriture d’ouvrages collectifs. Plusieurs Actes de colloque questionnant l’art et la folie ( Art à bord / Personne Autre/ Autre Abord / Personne d’Art et les Rencontres de l’Expérience Sensible aux éditions du Champ Social) «  Gens de Gaza » aux éditions Riveneuve. Sa rencontre avec la presse indépendante lui a permis d’écrire pour le Poing et maintenant pour Altermidi.