En retenant l’idée de faire un dossier sur l’école au début de l’été, nous ne savions pas qu’il ferait si chaud. Probablement parce que les idées sont plus légères que la lourdeur du climat actuel, enfin certaines idées. Ce dossier s’aventure dans les angles morts de notre système éducatif en s’émancipant du centralisateur code de l’éducation dont les réformes successives on rendu la compréhension difficile pour les juristes comme pour les enseignants et les parents. L’échange au sein de la rédaction a abouti à nombre de questions. Qu’est-ce qu’appendre, qu’apprend-t-on à l’école ? Pour quoi faire ? Peut-on libérer les jeunes de l’idée que l’école se résume à obéir ? Et peut-on réellement demander à nos élèves d’accepter comme légitime un ordre social qui, parfois, les maltraite ? Ces questions prennent une acuité particulière à l’heure où nos dépendances au numérique se sont profondément immiscées dans ce que nous avons de plus précieux : notre jeunesse, mais aussi les fondements de notre modèle démocratique.
Dans ce contexte, la manière dont nous concevons l’éducation des enfants mérite d’être profondément interrogée. Le modèle d’éducation français apparait davantage centré sur l’adaptation de l’enfant au monde des adultes que sur le développement de son autonomie. Il cherche notamment à favoriser l’acquisition de comportements jugés corrects et conformes aux attentes sociales, mais accorde bien moins de place à l’apprentissage de l’autorégulation, à la compréhension de ses émotions et à la capacité de l’enfant à les piloter lui-même.
Cette conception s’inscrit dans un modèle où l’État occupe une place particulièrement importante dès les premières années de la vie. En France, il intervient très tôt dans la prise en charge et la socialisation des enfants, notamment à travers les structures d’accueil de la petite enfance et l’école. Une journaliste de l’hebdomadaire allemand Die Zeit soulignait il y a peu que cette organisation peut conduire à faire de l’État le premier éducateur de l’enfant, tout en laissant les familles à distance de certaines étapes essentielles de sa socialisation.
L’éducation demeure éminemment politique. En multipliant les ponts entre l’école et les casernes sous couvert de “réarmement civique”1, l’exécutif parachève son grand œuvre : transformer nos enfants en sujets dociles, élevés par des fonctionnaires et encadrés par des soldats. Dès lors, une question fondamentale se pose : voulons-nous avant tout former des enfants capables de s’adapter et d’obéir aux règles établies, ou souhaitons-nous leur donner les moyens de comprendre le monde, de réguler leurs émotions, d’exercer leur jugement et, lorsque cela est nécessaire, de remettre en question l’ordre établi ? Car éduquer à la démocratie ne devrait pas seulement consister à apprendre à respecter les règles, mais aussi à comprendre pourquoi elles existent et à développer la capacité de les questionner lorsqu’elles deviennent injustes.
Si l’on songe au contexte scolaire, les mots comme liberté, ou imaginaire par exemple, sont probablement ceux qui viennent en dernier lieu à l’esprit. Pourquoi donc ?
Jean-Marie Dinh
Source : altermidi Mag n°19 – L’école : le silence des imaginaires – 5 € – disponible en kiosque en Occitanie et PACA ou par abonnement https://www.helloasso.com/associations/association-les-amis-d-altermidi/paiements/abonnement-altermidi-magazine







