À quelques jours de la mise en service annoncée de l’autoroute entre Toulouse et Castres, la préfecture d’Occitanie interdit plusieurs rassemblements revendicatifs et renforce les mesures de sécurité sur le tracé. Les opposants avaient prévu trois jours de mobilisation, du 9 au 11 octobre, sous le mot d’ordre « No Macadam ».
Nouvelle étape dans un bras de fer qui dure depuis plusieurs années : la préfecture a pris mercredi 7 octobre deux arrêtés interdisant jusqu’au 12 octobre plusieurs rassemblements revendicatifs autour du tracé de l’autoroute. Sont notamment concernées les communes de Vendine, Francarville, Verfeil, Saint-Marcel-Paulel, Bonrepos-Riquet, Gragnague et Castelmaurou. Le dispositif interdit également le transport d’armes, de fumigènes ou de bidons dans ces communes, ainsi qu’à Montrabé et dans certains secteurs de Toulouse, notamment autour de la gare Matabiau. Des contrôles sont annoncés.
Pour justifier ces mesures, le préfet invoque la crainte de « troubles à l’ordre public ». Une décision qui intervient alors que plusieurs collectifs et associations avaient appelé à trois jours de mobilisation sous le nom de « La Dé-Fête », pour protester contre l’ouverture prochaine de l’autoroute. Les organisateurs avaient placé le week-end sous le mot d’ordre « No Macadam », en appelant à « riposter » contre le désastre écologique et social et contre la progression des « idées fascistes ». Les opposants entendaient faire de ce week-end un nouveau temps fort de la lutte contre l’A69, mais aussi dénoncer ce qu’ils considèrent comme un modèle d’aménagement destructeur des terres agricoles, des zones humides et de la biodiversité. Longue d’environ 53 kilomètres, l’A69 doit relier Castres à l’agglomération toulousaine. Son chantier a entraîné l’abattage d’arbres, l’artificialisation de terres et la destruction d’habitats d’espèces protégées. Le projet affecte notamment 366 hectares de cultures, 20 hectares de zones humides et 10 hectares de bois, ainsi que des centaines de grands arbres.
Le chantier touche à sa fin, pas la contestation
La bataille s’est aussi jouée devant les tribunaux. En février 2025, le tribunal administratif de Toulouse avait annulé les autorisations environnementales de l’autoroute, estimant que la condition de « raison impérative d’intérêt public majeur » n’était pas remplie. L’État et le concessionnaire avaient fait appel. En décembre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse a annulé le jugement du tribunal administratif et rétabli les autorisations environnementales. Le Conseil d’État a finalement confirmé cette décision le 29 juin 2026, rejetant les recours des associations.
La plus haute juridiction administrative a considéré que le projet répondait bien à une raison impérative d’intérêt public majeur, en prenant notamment en compte le gain de temps, l’amélioration du cadre de vie, le développement économique et la sécurité routière. Cette décision dépasse le seul cas de l’A69 : elle constitue un précédent préoccupant pour la protection de la biodiversité et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les associations regroupées au sein du collectif La Voie est libre envisagent encore des recours, notamment sur le terrain du droit européen de l’environnement.
Après les nombreux retards et rebondissements judiciaires, l’ouverture de l’A69 approche désormais à grands pas. Le concessionnaire Atosca annonce une fin de chantier autour du 15 octobre et une mise en service dans la foulée. Des essais ont été engagés et les derniers contrôles de l’État doivent déterminer la date effective de mise en service. Le montant définitif du péage n’est toujours pas fixé. Atosca avait annoncé une communication sur les tarifs au début du mois d’octobre. Le trajet complet devait rester dans l’ordre de grandeur du tarif annoncé précédemment, soit 6,77 euros en valeur 2021.
Pour les opposants, la fin prochaine du chantier ne signifie pas la fin de la lutte. La mobilisation « La Dé-Fête » avait été conçue comme un moment de rassemblement après plus de trois années de contestation. Sur la durée, le mouvement a progressivement dépassé la seule opposition à une infrastructure routière pour devenir, chez ses participants, un symbole plus large de la bataille autour de l’artificialisation des sols, de la biodiversité et du modèle d’aménagement du territoire.
Alors que le chantier est juridiquement sécurisé et que sa mise en service approche, la contestation reste suffisamment forte pour conduire les autorités à mettre en place de nouvelles mesures d’interdiction et de contrôle. La préfecture justifie ces restrictions par la nécessité de prévenir les troubles à l’ordre public. Les opposants, eux, voient dans ces mesures une nouvelle étape de la confrontation avec l’État autour d’un projet qu’ils considèrent toujours comme écologiquement et socialement contestable.
Devenue un symbole national de la transition écologique, L’A69 pourrait ouvrir prochainement à la circulation, mais elle n’a pas encore clos le conflit politique et environnemental qu’elle a suscité.
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