La présence généralisée de PFAS dans les organismes humains prend une dimension nouvelle avec le cas du TFA, une molécule particulièrement mobile et persistante. Des travaux récents montrent qu’elle est désormais détectée dans l’eau potable, les aliments et les écosystèmes européens.


La campagne menée auprès de 110 volontaires européens, dont les résultats sont présentés jeudi 1er octobre, apporte un nouvel éclairage sur l’exposition humaine aux PFAS, notamment à l’acide trifluoroacétique (TFA). La démarche, qui associe des participants de neuf pays et différents profils d’exposition, intervient alors que d’autres études documentent une présence très large de cette substance dans l’environnement. Le TFA est un PFAS particulier : sa petite taille le rend extrêmement mobile dans l’eau et difficile à retenir. Il peut notamment provenir de la dégradation de certains pesticides et de gaz fluorés utilisés dans la réfrigération et la climatisation. Résultat : une fois libéré dans l’environnement, il peut rejoindre les sols, les rivières et les nappes phréatiques.

Le problème peut sembler lointain lorsqu’on parle de rejets industriels ou de sols pollués. Il devient beaucoup plus concret lorsqu’on retrouve cette substance dans l’eau que nous buvons. Une étude publiée en 2026 a recherché le TFA dans 74 échantillons d’eau du robinet à Besançon. Il a été retrouvé dans tous les prélèvements, avec des concentrations comprises entre 440 et 3 800 nanogrammes par litre, pour une moyenne de 1 096 ng/l. Officiellement, cela ne signifie pas que l’eau était impropre à la consommation puisque le TFA n’est justement pas compris dans les 20 PFAS actuellement utilisés pour calculer la valeur réglementaire européenne de 100 ng/l. C’est l’un des point noir de ce dossier, précisément parce que ce type de pollution passe sous les radars des normes actuelles.

En France, l’Anses avait déjà retrouvé des concentrations beaucoup plus élevées dans deux eaux traitées prélevées en aval d’une industrie : 18 et 25 microgrammes par litre, soit 18 000 et 25 000 nanogrammes par litre. Ces valeurs restaient cependant inférieures à la valeur sanitaire indicative française de 60 microgrammes par litre. Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi le TFA inquiète : il ne s’agit pas seulement d’une pollution concentrée autour de quelques sites industriels. La molécule est suffisamment mobile pour se retrouver dans des ressources en eau utilisées pour l’alimentation humaine.

Un problème de santé publique à l’échelle européenne

L’eau n’est d’ailleurs pas la seule voie d’exposition. Le TFA peut également être absorbé par les plantes présentes dans des sols ou irriguées avec une eau contaminée. Il peut donc se retrouver dans notre alimentation. Une étude menée sur 49 vins provenant de dix pays européens a détecté du TFA dans chacun des vins récents analysés. La concentration médiane était de 110 microgrammes par litre, avec un maximum de 320 microgrammes par litre. Une précédente campagne, réalisée en 2017, affichait une médiane de 50 microgrammes par litre. Le TFA peut entrer dans la chaîne alimentaire après avoir circulé dans l’environnement, c’est précisément ce qui rend les PFAS difficiles à combattre. Ils ne restent pas nécessairement là où ils ont été utilisés ou rejetés. Ils peuvent voyager avec l’eau, s’accumuler dans certains milieux et atteindre progressivement l’ensemble de l’environnement.

Les connaissances scientifiques évoluent rapidement. En juillet 2026, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a abaissé de 0,05 à 0,014 mg par kilo de poids corporel et par jour la dose journalière acceptable de TFA. L’agence s’est notamment appuyée sur des effets observés sur les hormones thyroïdiennes, tout en soulignant que plusieurs incertitudes demeurent sur les effets à long terme. En juin, le comité d’évaluation des risques de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a par ailleurs recommandé de classer le TFA parmi les substances toxiques pour la reproduction et parmi les substances particulièrement persistantes et mobiles. Ces éléments dessinent une situation suffisamment préoccupante pour justifier un renforcement de la surveillance et de la prévention.

Car le principal enseignement de ces travaux est peut-être ailleurs : les PFAS ne constituent plus seulement un problème lié à quelques usines ou à quelques zones historiquement polluées. Leur présence dans le sang de personnes aux profils très différents, dans l’eau et dans certains aliments pose désormais une question de santé publique à l’échelle européenne. Les institutions européennes et nationales disposent donc d’un enjeu difficile mais incontournable : mieux mesurer l’exposition réelle de la population, élargir la surveillance à des PFAS aujourd’hui insuffisamment pris en compte, identifier les sources de contamination et réduire les rejets à la source.

Face à des substances conçues pour résister dans le temps, attendre que toutes les incertitudes scientifiques soient levées pourrait revenir à laisser la contamination progresser. Le dossier du TFA appelle désormais un véritable réveil institutionnel.

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Peut-on arrêter le TFA à la source ?

Le TFA n’est pas seulement une substance que l’industrie fabriquerait directement. Une grande partie du problème vient de molécules fluorées qui se transforment ensuite en TFA dans l’environnement. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) cite notamment certains gaz industriels et certaines substances actives utilisées dans les produits phytosanitaires. Une fois formé, le TFA est extrêmement persistant et peut se retrouver dans les sols, les eaux et les aliments. Cela change la manière de poser le problème. Pour réduire durablement la pollution au TFA, il ne suffit pas de chercher à éliminer le TFA une fois qu’il est présent dans l’eau : il faut réduire les produits qui le génèrent.

Premier levier : les gaz fluorés utilisés dans le froid et la climatisation. Certains se dégradent et peuvent contribuer à la formation de TFA. L’Europe a déjà commencé à réduire l’utilisation de plusieurs de ces gaz, notamment à travers la réglementation sur les gaz à effet de serre fluorés. L’enjeu est désormais de privilégier des alternatives qui ne conduisent pas à la formation de TFA.

Deuxième levier : l’agriculture. Certaines molécules utilisées comme pesticides peuvent se dégrader en TFA. L’EFSA travaille actuellement à mieux identifier cette contribution. La question pourrait donc être posée systématiquement lors de l’autorisation d’un pesticide : non seulement « est-il dangereux lorsqu’il est utilisé ? », mais aussi « en quoi se transforme-t-il après son épandage ? »

Troisième levier : les usages industriels des PFAS. L’Agence européenne pour l’environnement souligne que la contamination peut également résulter de la dégradation de certains PFAS et que le TFA est aujourd’hui en augmentation dans les eaux souterraines européennes. Or, une fois dans l’eau, cette molécule est particulièrement difficile à retirer. Il faut aussi éviter de créer une nouvelle pollution lors de la destruction des produits contenant des PFAS. L’Agence européenne pour l’environnement souligne que l’incinération de certains polymères fluorés peut produire du TFA.

La stratégie la plus efficace est donc probablement celle du « robinet » plutôt que celle du « filtre » : réduire à la source les molécules susceptibles de devenir du TFA, plutôt que compter uniquement sur des traitements de l’eau une fois la pollution installée. C’est d’autant plus important que l’EFSA vient de ramener la dose journalière acceptable de TFA de 0,05 à 0,014 mg par kilogramme de poids corporel et par jour, sur la base notamment de nouveaux résultats concernant la thyroïde, le développement et la reproduction

 


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