Malgré la fermeture du Corum à la suite des intempéries, le Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier se tiendra du 16 au 24 octobre. Réorganisée en urgence autour du Pathé Comédie et du Centre Rabelais, cette 48e édition s’ouvre vendredi avec Les Cœurs affamés, le nouveau film de Nanni Moretti.


 

Le Cinemed n’a pas renoncé à son rendez-vous automnal. Après les fortes intempéries, le Corum, lieu historique du festival, a subi d’importants dégâts. La commission de sécurité ayant émis un avis défavorable à son ouverture au public, l’équipe organisatrice a dû repenser en quelques jours une manifestation préparée depuis plus d’un an. À huit jours du lancement, il a finalement été annoncé que l’intégralité du cinéma Pathé Comédie serait consacrée au festival du 16 au 24 octobre, en complément du Centre Rabelais, qui accueillera lui aussi des projections. Les rencontres et les ateliers seront également redistribués dans d’autres lieux montpelliérains. Un véritable défi logistique pour un événement qui attendait initialement plus de 60 000 spectateurs, 200 invités et 300 professionnels. Mais aussi et surtout une démonstration de la détermination des organisateurs, décidés à préserver ce rendez-vous majeur du cinéma méditerranéen malgré des conditions exceptionnelles.

Pour lancer cette 48e édition, le Cinemed a choisi Les Cœurs affamés, le nouveau long métrage de Nanni Moretti, présenté en compétition à la Mostra de Venise. Le film sera projeté en première française le vendredi. Le cinéaste italien y déploie une histoire d’amour aussi exaltée que tourmentée. Tout commence par une rencontre fugace : Matteo, incarné par Louis Garrel, croise Greta (Jasmine Trinca), une femme en robe de mariée, et ne parvient plus à l’oublier. Lorsque le destin les réunit plusieurs années plus tard, une passion intense, longtemps contrariée, peut enfin s’épanouir. Fidèle à son art de mêler le comique à la gravité, Nanni Moretti joue sur les contrastes, entre joie de vivre et inquiétude, espoir et pressentiment du drame. Louis Garrel, qui partage l’affiche avec Jasmine Trinca, apporte à cette histoire romanesque une énergie et un sens de la nuance qui en renforcent l’intensité.

Avec cette 48e édition le Cinemed confirme sa vocation de faire dialoguer les cinématographies du bassin méditerranéen, les œuvres patrimoniales et les nouvelles écritures. Plusieurs temps forts dessinent les contours de cette édition, avec une attention particulière portée aux liens entre générations, à la transmission et à la puissance des récits pour éclairer le présent.

Le cinéaste espagnol Pablo Berger sera à l’honneur. C’est d’ailleurs une image de son film Blancanieves, relecture audacieuse du conte de Blanche-Neige transposée dans l’Andalousie des années 1920, qui a été choisie pour l’affiche du festival. En noir et blanc, elle représente une grand-mère et sa petite-fille partageant une danse flamenca, symbole de la transmission, de la complicité et de la mémoire. Une image qui donne le ton d’une édition attentive à la circulation des émotions et des héritages culturels.

 

Un festival entre mémoire du cinéma et nouveaux imaginaires

 

Autre approche singulière cette édition propose une plongée dans le cinéma fantastique arabe, organisée en partenariat avec le festival libanais Maskoon. Si le cinéma du monde arabe mobilise fréquemment l’imaginaire et la science-fiction pour interroger la mémoire collective, les traumatismes historiques ou l’effondrement des régimes, il ouvre aussi un espace de liberté où le fantastique devient un terrain d’exploration à part entière. Djinns, goules et autres figures surnaturelles peuplent ainsi des films qui, tout en faisant écho aux réalités politiques et sociales, repoussent les frontières du réel et donnent libre cours à l’imaginaire. À la croisée de l’engagement et de l’étrange, ce cinéma de genre, encore trop peu représenté sur les écrans français, révèle toute sa vitalité et son originalité. Le programme réserve notamment une place à Baba Amin (1950), premier film de Youssef Chahine, et à Fangs (1981), une relecture égyptienne singulière de l’univers du Rocky Horror Picture Show.

Le patrimoine italien sera également célébré à travers une rétrospective consacrée à Vittorio De Sica, figure majeure du néoréalisme et de la comédie à l’italienne. Des copies restaurées du Voleur de bicyclette, de Sciuscià ou encore d’Umberto D. permettront de redécouvrir un cinéma profondément attaché aux réalités sociales, à la dignité des plus fragiles et aux bouleversements de son époque.

Le festival consacrera par ailleurs une place à Marco Bellocchio, autre grande figure du cinéma italien, dont l’œuvre explore les rapports entre histoire, politique et mémoire collective. Le nouveau cinéma égyptien figure également parmi les axes annoncés de cette édition, confirmant la diversité des regards et des formes que le Cinemed entend faire découvrir.

Cette 48e édition s’ouvre donc dans des circonstances particulières, mais avec une programmation qui fait écho, à sa manière, aux incertitudes du monde contemporain. De l’amour et de la perte chez Nanni Moretti à la transmission entre générations chez Pablo Berger, des fractures sociales du néoréalisme italien aux univers fantastiques arabes, le cinéma apparaît comme un espace où les inquiétudes peuvent se transformer en récits, en émotions et en imaginaires partagés.

La fermeture du Corum a bouleversé les plans, mais n’aura pas eu raison du festival. Grâce à la mobilisation de l’équipe, de la Métropole et des partenaires culturels, le Cinemed maintient son rendez-vous du 16 au 24 octobre, dans une configuration exceptionnelle. Une édition qui rappelle que le Cinemed doit autant aux films qu’il défend qu’à son public fidèle, toujours au rendez-vous et visiblement peu disposé à laisser les intempéries avoir le dernier mot.

 

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