Le collectif Les Morts de la Rue a recensé 927 décès de personnes sans « chez-soi » en France en 2025. Derrière ce bilan, des vies interrompues prématurément, des enfants parmi les victimes et une crise sociale que les associations dénoncent depuis des années. En Occitanie, les alertes sur le manque de places d’hébergement et les décès dans la rue rappellent que cette réalité est aussi territoriale.
La rue continue de tuer. En 2025, au moins 927 personnes sans « chez-soi » sont mortes en France, selon le quatorzième rapport annuel du collectif Les Morts de la Rue, publié le 29 octobre 2026. Un chiffre qui témoigne de la persistance d’une mortalité particulièrement élevée parmi les personnes privées de logement.
Avec un âge moyen au décès de 49,1 ans, ces personnes meurent environ trente ans plus tôt que la population générale. Les hommes représentent 83 % des victimes. Mais cette réalité ne concerne pas uniquement des adultes isolés : vingt enfants de moins de 15 ans figurent également parmi les personnes décédées.
Le décompte distingue plusieurs situations. Parmi les victimes, 306 vivaient dans la rue au moment de leur décès, 264 étaient hébergées et, pour 357 autres, le collectif n’a pas pu déterminer où elles dormaient. Autrement dit, être sans « chez-soi » ne signifie pas nécessairement mourir sur un trottoir. Les décès surviennent aussi dans des centres d’hébergement, des établissements de soins ou d’autres lieux de vie précaires.
Le collectif recense par ailleurs 108 personnes anciennement sans « chez-soi », décédées après avoir retrouvé un logement. Ces parcours soulignent combien les conséquences de la vie à la rue peuvent se prolonger bien après l’accès à un toit.
Invisibles jusque dans leur mort
Ce bilan ne reflète qu’une partie de la réalité. Les 927 décès recensés en 2025 sont proches des 938 comptabilisés pour 2024 dans le décompte actualisé du collectif. Mais cette relative stabilité ne signifie pas que la mortalité recule. Depuis le début du recensement en 2012, le nombre de décès enregistrés a été multiplié par 2,2.
Surtout, ces chiffres constituent un minimum. Le collectif ne peut comptabiliser que les décès dont il a pu obtenir une confirmation, notamment par un acte de décès. Les personnes isolées, sans entourage ou dont le parcours échappe aux réseaux associatifs risquent de rester invisibles jusque dans leur mort.
Le rapport met également en évidence la violence des conditions de vie. Parmi les décès dont la cause est connue, 61 % sont liés à des morts violentes. Les décès provoqués par le froid atteignent, avec 22 cas recensés, leur niveau le plus élevé depuis 2012. La cause du décès reste toutefois inconnue dans près de deux cas sur trois.
Pour le collectif, ces données ne sont pas de simples indicateurs statistiques. Elles révèlent une crise profonde, marquée par la précarité, l’isolement, les difficultés d’accès aux soins et l’insuffisance des solutions de logement.
Montpellier : des alertes déjà documentées
Cette situation nationale fait directement écho aux alertes publiées par altermidi sur le territoire montpelliérain.
Dans notre article du 2 janvier 2026, Sans-abris : la sécurité oubliée de l’hiver, nous revenions sur la mort d’un homme de 29 ans retrouvé en hypothermie à Montpellier. L’article faisait état de 34 décès de personnes à la rue dans la ville en 2025, selon un professionnel de l’association L’Avitarelle.
Il décrivait également les difficultés rencontrées par les associations : saturation du 115, manque de sacs de couchage adaptés aux températures hivernales et insuffisance des places d’hébergement. Dans l’Hérault, entre 2 700 et 3 400 places étaient alors recensées entre hébergement d’urgence et dispositifs de mise à l’abri hivernale.
Selon la direction de l’association L’Avitarelle, une centaine d’enfants passaient la nuit dehors à Montpellier. Une réalité locale qui donne un écho particulier aux vingt décès d’enfants de moins de 15 ans recensés au niveau national.
Du mal-logement à la mort prématurée
La mortalité des personnes sans « chez-soi » ne peut être dissociée de la crise plus générale du logement et de la pauvreté. Nous avons déjà documenté cette dimension dans notre article du 10 avril 2023 consacrée aux douze millions de personnes touchées par le mal-logement en France. Notamment à Marseille, où les difficultés d’accès au logement social, la dégradation du parc privé et les risques auxquels sont exposées les personnes aux revenus les plus faibles sont préoccupants.
Dans un autre article publié le 16 juillet 2024, consacré aux neuf millions de personnes pauvres en France et aux disparités régionales, nous rappelions que l’Occitanie était particulièrement concernée par la pauvreté. L’accès au logement, aux soins et aux services publics y apparaissait comme un enjeu majeur.
Ces différentes réalités dessinent un continuum de précarité : difficultés à payer son logement, hébergement instable, recours aux dispositifs d’urgence, puis parfois installation durable dans la rue. La perte du logement entraîne souvent une dégradation de la santé, tandis que l’absence d’adresse stable complique l’accès aux droits et aux soins.
Le rapport 2025 du collectif apporte un éclairage supplémentaire sur ces parcours. Il s’intéresse notamment aux personnes ayant connu un placement durant leur enfance et aux personnes anciennement sans « chez-soi ». Il met ainsi en évidence les conséquences possibles de ruptures institutionnelles et sociales tout au long de la vie.
Une urgence sociale qui dépasse les mesures hivernales
Chaque année, le déclenchement des dispositifs hivernaux remet la question des sans-abri au premier plan. Mais la mortalité recensée montre que l’urgence ne se limite pas aux épisodes de grand froid.
La rue expose quotidiennement à des risques sanitaires, aux violences, à l’épuisement physique et psychologique et à l’impossibilité de suivre correctement un traitement médical. Retrouver un logement ne suffit pas toujours à réparer les dommages accumulés.
Le collectif Les Morts de la Rue considère que ces décès ne sont pas une fatalité. Il dénonce des conséquences de choix politiques et sociétaux et appelle à mieux reconnaître les personnes disparues, à améliorer leur recensement et à agir sur les causes de cette mortalité.
À Montpellier comme ailleurs, les associations de terrain continuent d’alerter sur le manque de moyens et les limites de l’hébergement d’urgence. Les 927 décès recensés en 2025 rappellent ainsi une évidence trop souvent reléguée au second plan : disposer d’un logement n’est pas seulement une condition de dignité, c’est aussi une condition essentielle de survie.
Lectures complémentaires
- Collectif Les Morts de la Rue, rapport annuel Dénombrer & Décrire, 29 octobre 2026.
- Altermidi, Sans-abris : la sécurité oubliée de l’hiver, 2 janvier 2026.
- Altermidi, 9 millions de personnes pauvres en France avec des pics en Occitanie, 16 juillet 2024.
- Altermidi, La lèpre du logement insalubre touche 12 millions de personnes, 10 avril 2023.
- Altermidi mag 10. Logement : point aveugle du politique
- Altermidi mag 17. Logement : l’urgence sociale absente du débat







