À Toulouse, Montpellier et Marseille, une même colère s’exprime et elle va s’amplifier mardi 6 octobre. Les blocus se multiplient, les lycées ferment, les forces de l’ordre interviennent. Derrière les images d’incendies et d’affrontements, les lycéens mobilisés portent des revendications très concrètes : des professeurs, des personnels, des classes moins chargées, des bâtiments dignes et une autre place accordée à leur parole.
Le mouvement lycéen ne faiblit pas. Parti de plusieurs établissements franciliens, il s’est étendu en quelques jours à de nombreuses villes françaises. À Toulouse, Montpellier et Marseille, les blocus se sont multipliés jeudi 1er octobre, sur fond de tensions parfois très fortes. À Toulouse, 57 personnes ont été interpellées jeudi, selon la préfecture. Dans les Bouches-du-Rhône, 47 lycées ont été placés en enseignement à distance à partir du vendredi. À Montpellier, plusieurs établissements ont également été fermés après des départs de feu. Mais réduire le mouvement à ces épisodes serait passer à côté de ce qui l’a déclenché.
« Des professeurs, des moyens, des conditions dignes »
À Toulouse, le SNES-FSU décrit une mobilisation qui ne concerne plus seulement les établissements traditionnellement contestataires. Le syndicat relève des revendications communes : manque d’enseignants et de personnels d’éducation, insuffisance des personnels médico-sociaux, classes trop chargées, réformes du lycée, pression de Parcoursup ou encore état des bâtiments.
La CGT Éduc’action soutient elle aussi les lycéens mobilisés pour « de meilleures conditions d’études », la baisse des effectifs par classe et l’abrogation de Parcoursup. Elle estime que cette mobilisation est aussi le résultat d’alertes répétées des personnels et des syndicats restées sans réponse.
À Montpellier, les témoignages recueillis par Le Poing, devant les lycées font apparaître les mêmes préoccupations : équipements insuffisants, classes surchargées, manque de personnels, difficultés liées à la santé scolaire et pression de l’orientation.
Le SNES-FSU de Montpellier affirme partager ces revendications : conditions d’apprentissage dégradées, défense du bâti scolaire, suppression de Parcoursup et défense des services publics. Le syndicat pointe également le manque d’espaces où les jeunes puissent réellement débattre et faire entendre leurs demandes.
La CFDT Éducation évoque elle aussi des sous-effectifs chez les enseignants, dans la vie scolaire, la santé, le service social et l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
Les parents demandent du dialogue
Le soutien ne vient pas uniquement des organisations syndicales. La FCPE, principale fédération de parents d’élèves, estime que les revendications des lycéens rejoignent largement celles portées par ses représentants : manque de moyens, difficultés dans les établissements et conditions d’étude dégradées. Elle demande que les élèves soient réellement écoutés. En Occitanie, la FCPE de l’académie de Montpellier a demandé à être reçue par la rectrice face à l’extension des blocus. Elle réclame des « espaces de dialogue » et estime que la réponse aux demandes des jeunes ne peut se limiter à l’intervention des forces de l’ordre. Elle dit comprendre l’inquiétude des familles confrontées aux violences et aux informations souvent contradictoires venant des établissements.
« Consultés, mais pas entendus »
Les lycéens disposent théoriquement d’instances de représentation : conseils de la vie lycéenne, conseils d’administration, instances académiques. Mais plusieurs organisations estiment que ces espaces ne permettent pas suffisamment aux jeunes d’influer sur les décisions. La FCPE a demandé au ministre de l’Éducation nationale d’écouter les demandes des lycéens et a voté, avec les organisations syndicales, un vœu contre la répression policière visant les jeunes mobilisés.
À Montpellier, la FCPE demande directement au rectorat d’ouvrir des espaces de dialogue. À Toulouse, le SNES-FSU parle d’une colère dont la profondeur serait révélée par l’extension du mouvement à des lycées rarement mobilisés. Dix jour après le début du mouvement, le gouvernement s’est trouvé contraint d’ouvrir le dialogue, mais la réponse est jugée insuffisante par les organisations lycéennes. La mobilisation se poursuit.
Rendez-vous mardi 6 octobre
Le prochain rendez-vous est fixé au mardi 6 octobre. Les organisations lycéennes et l’Union étudiante ont appelé à une nouvelle journée de mobilisation. La FCPE et plusieurs syndicats de l’Éducation nationale ont depuis rejoint cet appel.
À Montpellier, le SNES-FSU appelle les personnels à la grève le 6 octobre pour soutenir les lycéens.
À Toulouse, la CGT Éduc’action appelle également à la grève et à rejoindre les mobilisations.
L’enjeu des prochains jours dépasse donc la seule question des blocus. Les incendies, les jets de projectiles et les dégradations ont déplacé le débat vers la sécurité. Ils ne doivent pourtant pas faire disparaître la question initiale : pourquoi des milliers de lycéens prennent-ils le risque de bloquer leur établissement pour réclamer des professeurs, des moyens et de meilleures conditions d’étude ? La réponse sécuritaire peut fermer les portes des lycées. Elle ne suffira pas à refermer la colère.
Mardi 6 octobre pourrait ainsi constituer un nouveau test : celui de la capacité des pouvoirs publics à répondre autrement qu’en termes d’ordre public, et à entendre enfin les revendications formulées par ceux qui vivent quotidiennement l’état de l’école.







