En cette rentrée scolaire, en France comme à Gaza, on ne peut que mettre en regard : l’ampleur des destructions liées au génocide qui continue et qui touche toute activité et vie sociale et la force de vie qui persiste à Gaza où se forge une haute conscience de l’Humain collectivement mise en actes.
Les écoles mises en place par l’UJFP développent le lien des enfants avec l’apprentissage depuis mai 2024. Dans un texte du 25 septembre 2026, Abu Amir raconte la rentrée scolaire dans les camps.
« Dans la bande de Gaza, l’éducation ne suit plus le parcours habituel qui commence à l’école et se termine à la maison. La guerre, les déplacements répétés et les dommages subis par un grand nombre d’établissements scolaires ont imposé une nouvelle réalité aux enfants et à leurs familles, entraînant l’interruption des études pour un grand nombre d’élèves pendant des périodes variables. Avec la transformation de certaines écoles en centres d’hébergement pour les personnes déplacées et la diminution de la capacité des établissements éducatifs à fonctionner de manière régulière, les enfants se sont retrouvés face à une rupture qui ne concerne pas uniquement les programmes scolaires et les cours, mais qui s’étend également à la perte de la routine quotidienne et de l’espace dans lequel ils avaient l’habitude d’apprendre et de rencontrer leurs camarades et leurs enseignants.
Le retour à l’éducation devient plus difficile après de longues périodes d’interruption. Les élèves sont confrontés à des écarts dans leurs niveaux scolaires, auxquels s’ajoutent les pressions psychologiques et sociales imposées par les conditions de guerre et de déplacement. L’UJFP œuvre à fournir des espaces éducatifs qui aident les enfants à renouer avec l’apprentissage : deux centres situés dans deux zones accueillant un grand nombre de familles déplacées : le camp Al-Fajr dans la zone de Mawasi Khan Younès et l’école Al-Khatwa Al-Oula à Al-Nuseirat.
Centre du camp Al-Fajr – Mawasi Khan Younès
Le centre éducatif relevant de UJFP est situé à l’intérieur du camp Al-Fajr, dans la zone de Mawasi Khan Younès, et accueille environ 350 élèves, filles et garçons, du cycle primaire. Mawasi Khan Younès fait partie des zones qui ont vu arriver un grand nombre de familles déplacées, parmi lesquelles des familles travaillant dans l’agriculture qui ont été contraintes de quitter leurs régions et de chercher des endroits plus sûrs. Face à la difficulté d’accéder aux écoles traditionnelles, le centre offre aux enfants la possibilité de poursuivre leur éducation à proximité des lieux où se trouvent leurs familles. La valeur du centre ne se limite pas à dispenser des cours. La présence d’un espace consacré aux élèves au sein d’un environnement de déplacement leur donne la possibilité de retrouver une partie de la vie quotidienne qu’ils ont perdue. La régularité des cours, les interactions avec les enseignants et les camarades, ainsi que le retour à la lecture, à l’écriture et aux activités éducatives sont autant d’éléments qui aident l’enfant à retrouver un certain degré de stabilité au milieu d’une réalité profondément bouleversée. En maintenant l’éducation au sein du camp, l’UJFP cherche à limiter l’élargissement de la fracture éducative résultant des périodes d’interruption et à préserver le lien des enfants avec l’apprentissage malgré les conditions qui les entourent.
École Al-Khatwa Al-Oula – Al-Nuseirat
Dans le centre de la bande de Gaza, l’école Al-Khatwa Al-Oula à Al-Nuseirat constitue un espace éducatif au service d’un grand nombre d’enfants dans l’ouest d’Al-Nuseirat et les zones environnantes. L’école accueille actuellement environ 800 élèves, filles et garçons, qui suivent régulièrement leur scolarité, avec un taux de présence dépassant 95 %. Cette fréquentation reflète l’ampleur du besoin d’espaces éducatifs et la volonté des familles de maintenir leurs enfants en contact avec l’éducation malgré les conditions difficiles. Le champ d’action de l’école ne se limite à l’ouest d’Al-Nuseirat. Elle accueille également des élèves provenant des zones voisines, notamment Al-Sawarha et la cité des Prisonniers, élargissant ainsi le cercle des bénéficiaires. Dans le contexte des perturbations qui ont affecté le système éducatif pendant la guerre, l’école offre aux élèves un cadre plus régulier qui les aide à poursuivre leurs études et leur donne la possibilité de reconstruire leur relation quotidienne avec la classe, l’enseignant et leurs camarades.
Les élèves de l’école Al-Khatwa Al-Oula sont répartis en deux groupes selon les organismes qui les soutiennent. L’Association Ibdaa Al-Mouallem assure le soutien d’environ 500 élèves, filles et garçons, tandis que la Fondation Al-Nayzak apporte son soutien à environ 300 élèves, filles et garçons. Le soutien fourni par ces organismes comprend les salaires des enseignants, ce qui représente un élément essentiel pour assurer la continuité du processus éducatif et garantir la présence d’un personnel capable d’accompagner régulièrement les élèves. Ce modèle met en évidence l’importance des partenariats dans le soutien aux écoles locales, notamment dans des circonstances nécessitant des ressources supplémentaires afin de préserver la continuité de l’éducation et de répondre aux besoins croissants des élèves.
L’éducation ne peut être dissociée des besoins de l’enfant
L’école Al-Khatwa Al-Oula considère l’éducation comme faisant partie d’un ensemble plus large de besoins des enfants. Ses efforts ne se limitent donc pas au volet académique. L’école est partenaire du Programme Nour pour la prise en charge des orphelins, en coopération avec Taawon, par l’intermédiaire de la Fondation Al-Nayzak. Ce partenariat permet d’intégrer les enfants orphelins dans l’environnement éducatif, tout en leur offrant des avantages et un soutien qui les aident à poursuivre leurs études et à participer à la vie scolaire aux côtés de leurs camarades. Ce type de programme revêt une importance supplémentaire pour les enfants qui ont perdu l’une de leurs sources de soutien familial ou qui font face à des conditions sociales plus difficiles. Il combine en effet l’accès à l’éducation avec des formes d’accompagnement qui aident l’enfant à rester intégré au processus éducatif.
L’école coopère également avec P.O.D – Palestinian Organization for Development- dans la mise en œuvre de programmes de soutien psychologique et social destinés aux élèves. Ces programmes revêtent une importance particulière dans l’environnement dans lequel vivent aujourd’hui les enfants, car les résultats scolaires ne peuvent être dissociés des conditions psychologiques et sociales qui entourent l’élève. Les activités de soutien offrent aux enfants un espace qui les aide à s’exprimer, à interagir et à faire face aux pressions, contribuant ainsi à renforcer leur capacité à poursuivre leur apprentissage.
Lorsque l’école devient un espace de stabilité
Dans des conditions normales, des détails tels que le fait d’assister à un cours, de faire ses devoirs ou de s’asseoir avec ses camarades peuvent sembler être des éléments ordinaires du quotidien. Mais dans la vie des enfants qui ont connu le déplacement et l’interruption de leur scolarité, ces détails sont devenus partie intégrante d’une tentative de retrouver une certaine stabilité. C’est pourquoi le rôle des centres éducatifs ne se mesure pas uniquement au nombre de cours dispensés ou au nombre de livres utilisés dans les salles de classe. Ces centres offrent aux enfants un lieu où revenir régulièrement, des enseignants avec lesquels interagir, des camarades qui partagent leur expérience et une activité quotidienne qui réintroduit une certaine continuité dans leur vie. Ces espaces permettent également aux enseignants de suivre les différences de niveau entre les élèves résultant des périodes d’interruption et de travailler progressivement à combler les lacunes éducatives, plutôt que de laisser les enfants confrontés à des écarts accumulés difficiles à surmonter.
Des défis qui exigent la continuité du soutien
Malgré l’importance de ces efforts, la continuité du processus éducatif à Gaza reste liée à un ensemble de défis. Les déplacements et l’instabilité, la difficulté à fournir les matériaux et fournitures éducatifs, ainsi que les conditions économiques et de vie des familles sont autant de facteurs susceptibles d’affecter la régularité de la fréquentation scolaire et la capacité des centres à poursuivre leur travail. Les enseignants sont également confrontés à un défi supplémentaire : l’existence de différences importantes entre les niveaux des élèves au sein d’une même classe. Certains enfants ont interrompu leur scolarité pendant des périodes plus longues que d’autres, ce qui rend difficile la prise en charge de la classe selon un niveau uniforme et accroît le besoin de moyens pédagogiques diversifiés ainsi que d’un soutien continu au personnel enseignant. C’est pourquoi il est essentiel de fournir des matériaux et des outils éducatifs, de soutenir les enseignants et de maintenir la régularité des programmes, tout en poursuivant les services de soutien psychologique et social, devenus une composante importante de l’environnement éducatif. Maintenir les salles de classe ouvertes. préserver le lien de l’enfant avec l’éducation et lui donner la possibilité de continuer à développer ses connaissances et ses compétences, empêche que les années de guerre et de déplacement ne deviennent des années perdues dans son parcours éducatif. Un espace pour apprendre et un chemin vers l’avenir. »
Le 5 Septembre 2026 l’AFPS de Béziers avait sollicité l’UJFP pour, à l’occasion de la rentrée scolaire en France, avoir un lien avec celle de Gaza. Abu Amir a accepté et nous avons réalisé un moment de visio publique pendant lequel il a raconté l’école à Gaza. Ce fut un moment de rencontre important dans les rendez vous réguliers de Béziers pour la solidarité avec la Palestine tant et si bien que la ville de Sète a souhaité également organiser un moment d’échange avec Abu Amir. Celui ci aura lieu le 11 octobre à 18H dans un lieu qui s’appelle « La baleine rouge » à l’occasion des trois ans du génocide, nous en ferons la communication. Ce qui est important à souligner c’est l’enthousiasme d’Abu Amir autour de ce type d’échanges et la force que cela lui communique !
Abu Amir et Brigitte Challande







