Promesses d’emploi, intitulés de diplômes ambigus, frais de scolarité élevés : le gouvernement veut mettre un peu d’ordre dans les salons d’orientation, devenus un terrain privilégié de recrutement pour les établissements privés. Une nouvelle charte impose davantage de transparence. Reste à savoir si elle suffira à contenir les dérives d’un marché de l’éducation en pleine expansion.
Dans les salons d’orientation, les stands rivalisent de couleurs, de slogans et de promesses. Ici, une école met en avant son ouverture à l’international. Là, un établissement promet une insertion professionnelle rapide. Un peu plus loin, un bachelor, un « mastère » ou un « Master of Science » est présenté comme la voie royale vers les métiers du commerce, du marketing ou de la finance. Pour un lycéen ou un étudiant en réorientation, difficile parfois de distinguer ce qui relève de l’information et ce qui relève du recrutement commercial. C’est précisément cette frontière que les pouvoirs publics cherchent désormais à mieux encadrer.
Le 15 septembre, les trois principaux organisateurs de salons d’orientation — L’Étudiant, AEF et Studyrama — ont signé au ministère de l’Enseignement supérieur une charte nationale de déontologie destinée aux organisateurs et aux exposants. Ces acteurs représentent près de 90 % des événements annuels, soit plus de 300 salons. L’objectif affiché est de « regagner la confiance des familles ». Mais derrière cette formule se dessine une préoccupation plus profonde : comment empêcher que le choix d’une formation, parfois financée à crédit pendant plusieurs années, ne soit traité comme l’achat d’un produit ?
Le diplôme comme produit d’appel
Le premier problème tient aux appellations. Dans l’enseignement supérieur privé, les intitulés se sont multipliés. Bachelor, BBA, MSc, mastère : ces termes peuvent être parfaitement légitimes, mais ils ne garantissent pas à eux seuls le même niveau de reconnaissance. Le mot « master » est particulièrement sensible. Il désigne un diplôme national de niveau bac+5. Un « mastère », en revanche, n’est pas automatiquement un diplôme national de master. Cette distinction qui peut sembler technique est pourtant déterminante pour un étudiant qui s’engage dans plusieurs années d’études et plusieurs dizaines de milliers d’euros de frais de scolarité. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a lui-même pointé le problème : certaines formations, selon lui, « usent et abusent de certaines appellations » et entretiennent la confusion. Si une formation ne permet pas une poursuite d’études, estime-t-il, cela doit être clairement indiqué. La nouvelle charte exige donc que les exposants distinguent clairement les formations certifiées ou labellisées de celles qui ne bénéficient pas de la même reconnaissance. Les informations concernant Parcoursup ou Mon Master devront également être précisées. Autrement dit : le nom séduisant d’une formation ne devra plus pouvoir tenir lieu, à lui seul, de garantie académique.
Des milliers d’euros et une promesse d’avenir
L’enjeu est d’autant plus important que l’enseignement supérieur privé occupe une place croissante dans le paysage éducatif français. Pour les établissements, les salons constituent un formidable outil de recrutement. Pour les familles, ils représentent parfois l’une des premières occasions de découvrir une école. Le rapport de force est donc particulier : d’un côté, un jeune de 17 ou 18 ans qui doit choisir une orientation ; de l’autre, des établissements qui ont intérêt à convaincre de futurs étudiants de s’inscrire. Et la facture peut être lourde. Dans certaines écoles privées de commerce, les frais cumulés sur plusieurs années peuvent représenter un investissement considérable pour une famille. L’alternance peut réduire la charge financière dans certaines formations, mais elle ne doit pas faire oublier que l’accès à un contrat dépend aussi de la situation de l’étudiant et du marché du travail. C’est pourquoi les promesses d’insertion sont devenues un argument commercial majeur. « 90 % d’emploi », « carrière internationale », « salaire attractif », « réseau d’entreprises » : ces chiffres et ces formules peuvent impressionner. Mais que mesurent-ils réellement ?
La charte apporte ici une réponse : lorsqu’un exposant communique des données comme un taux de satisfaction, il doit en indiquer la source et la méthodologie. Les taux de réussite, de poursuite d’études et d’insertion professionnelle doivent également être communiqués. Cette exigence est essentielle. Un taux d’insertion n’a pas la même signification selon que l’enquête porte sur tous les diplômés ou seulement sur ceux qui ont répondu, qu’elle est réalisée quelques mois ou plusieurs années après le diplôme, ou qu’elle mesure simplement l’accès à un emploi sans préciser sa nature.
« Ne pas revenir l’année prochaine »
La charte s’attaque aussi à une pratique particulièrement révélatrice de la transformation des salons en espaces commerciaux : l’inscription immédiate. Les exposants ne pourront plus promettre une inscription sur place ni encaisser de l’argent pendant le salon. Les organisateurs devront également veiller à la transparence des informations délivrées. La logique est simple : éviter qu’une famille, dans l’ambiance d’un événement consacré à l’orientation, ne prenne immédiatement une décision financière importante. Mais que se passe-t-il lorsqu’un établissement ne respecte pas les règles ? Les organisateurs devront signaler les manquements aux recteurs. Ils pourront également décider de ne plus accueillir l’établissement lors des éditions suivantes. Dans Le Monde, Sébastien Mercier, directeur général de L’Étudiant, résume la logique du dispositif : un établissement qui ne présenterait pas clairement ses diplômes, leur reconnaissance ou les possibilités de poursuite d’études pourrait ne pas être invité à revenir. La sanction repose donc largement sur la réputation et l’accès au marché des salons.
Le marketing n’est pas l’information
La question est finalement moins celle de l’existence d’écoles privées — dont certaines proposent des formations parfaitement reconnues — que celle de la manière dont elles sont présentées aux futurs étudiants. Un établissement peut parfaitement communiquer sur ses campus, ses associations, ses partenariats internationaux ou son réseau d’anciens élèves. Le problème apparaît lorsque le discours promotionnel rend illisible l’essentiel : quel diplôme vais-je obtenir ? Est-il reconnu ? Quel est son niveau ? Quel est son coût réel ? Quelles poursuites d’études permet-il ? Et quels résultats obtiennent réellement les diplômés ? Dans un secteur où la communication constitue une part importante de la stratégie de recrutement, cette distinction est fondamentale. La charte prévoit d’ailleurs que les conférences organisées dans les salons respectent une forme de neutralité : les intervenants devront présenter la pluralité des formations et des parcours professionnels, plutôt que de transformer ces rendez-vous en vitrines pour quelques établissements.
Une première réponse à un problème plus large
Cette initiative intervient alors que le gouvernement souhaite renforcer la régulation de l’enseignement supérieur privé. Le ministère présente la charte comme l’un des outils destinés à améliorer la qualité et la transparence du secteur. Mais une charte signée par les organisateurs de salons ne peut pas régler à elle seule tous les problèmes. Elle ne dit rien, par exemple, de la qualité pédagogique réelle d’une formation, de la pertinence de ses enseignements, de la situation financière d’une école ou de la réalité de ses débouchés au-delà des chiffres communiqués. Elle constitue surtout un outil de transparence au moment où le futur étudiant fait son choix. C’est déjà un changement important : le salon ne devrait plus seulement être l’endroit où les écoles viennent chercher leurs futurs clients. Il doit aussi devenir un espace où les familles peuvent comparer des formations sur des critères vérifiables.
La nouvelle charte demande finalement aux salons de rappeler une évidence : avant de vendre une formation, il faut permettre aux familles de savoir exactement ce qu’elles achètent.
Dans la course au Salon de l’orientation à Pau. Photo DR.







