Dans ce numéro, nous avons tenté de comprendre ce qui se joue dans le monde culturel et artistique dans le bouleversement frénétique que traverse notre pays. Si les innombrables propositions qui composent l’offre culturelle et patrimoniale française fondent la véritable richesse de notre territoire et représentent l’un des principaux atouts touristiques de la France. Elles apparaissent aussi de plus en plus décalées, avec ce que vivent aujourd’hui les acteurs culturels et surtout les artistes. C’est ce paradoxe que nous avons choisi d’aborder en essayant de comprendre ce qui est en train de se passer suite aux baisses budgétaires successives qu’accuse le secteur de la culture depuis plusieurs années, la droitisation des esprits, et le passage amorcé par les maitres du marché d’une culture de l’émancipation à une culture de la domination.
Hier porteuse de l’exception culturelle française, la représentation institutionnelle semble figée face à l’offensive des conservateurs radicaux soutenue par des moyens financiers et technologiques considérables. En charge de la mise en œuvre de la politique culturelle du gouvernement, le ministère de la Culture ne dit rien du resserrement qui se joue aujourd’hui dans le domaine culturel et artistique en France. Comme si la guerre culturelle qui fait rage passait sous les radars.
Si elle poursuit la mission de rendre les arts accessibles au plus grand nombre à travers le soutien des pratiques et des enseignements artistiques, l’intervention publique paraît privilégier la conservation des monuments, au sens propre et figuré, au détriment du soutien à la création. On mise volontiers sur l’effet éphémère de la vitrine en s’appuyant sur le mécénat d’entreprise à l’instar de la restauration de Notre-Dame ou du parcours qui a conduit Catherine Pégard au poste de ministre.
Aujourd’hui, on réduit les fonds du pass Culture et on lance le pass Patrimoine. Sous le règne de l’ordre public, de la sécurité et de la tranquillité, danser en free party devient un délit. « Le bon goût est une précaution prise par le bon ordre », disait Victor Hugo.
La jeunesse en quête d’indépendance et les artistes émergents sont les premières victimes du combat qui se joue. Pourtant, des lieux résistent, comme le Théâtre des 13 Vents qui fait déborder les verres en accueillant Rébecca Chaillon pour une soirée poésie dans un bar queer de Montpellier, ou le Festival Parallèle à Marseille qui fait de la diversité une force de création et de gouvernance.
Face aux replis, la liberté d’expression demeure l’un de nos plus précieux espaces de débat et d’émancipation. La défendre aujourd’hui, c’est préserver la diversité des langages, et des perspectives, en garantissant notre pouvoir d’imaginer un avenir commun.
Jean-Marie Dinh
Venez en débattre, mardi 15 septembre aux Cafés de l’info altermidi à 18h30 au Dôme à Montpellier.







