Rapport sénatorial sur le masculinisme, alertes d’Amnesty International, banalisation de discours antiféministes : les signaux s’accumulent. Les ignorer reviendrait à sous-estimer une menace déjà à l’œuvre.
Un rapport sénatorial publié cette semaine alerte sur la progression du masculinisme en France. Loin d’un simple phénomène cantonné aux réseaux sociaux et à quelques influenceurs, ce mouvement est décrit comme un véritable projet politique visant à remettre en cause les droits des femmes et, plus largement, les fondements démocratiques. Les auteurs du rapport soulignent ses liens avec les sphères complotistes et l’extrême droite, tandis que les services de renseignement y voient une menace émergente dont certains mécanismes de radicalisation rappellent ceux observés dans le djihadisme.
Au-delà des violences les plus visibles, le rapport met en lumière une diffusion de cette idéologie dans la vie quotidienne, à travers des comportements de domination et de contrôle exercés sur les femmes. Les témoignages recueillis font état d’une banalisation de discours antiféministes auprès de certains jeunes hommes.
Cette progression s’inscrit dans un contexte plus large de remise en cause des droits des femmes et des minorités sexuelles. Un rapport d’Amnesty International publié simultanément dénonce une « vague réactionnaire » marquée par la multiplication des attaques contre les droits des femmes et des personnes LGBT+, en France comme à l’international. Selon l’organisation, ces offensives sont souvent portées par des mouvements anti-genre et antiféministes, mais aussi par des dirigeants et des régimes autoritaires.
À l’échelle internationale, certains observateurs voient dans l’invitation récente d’une délégation talibane par l’Union européenne un exemple supplémentaire de la banalisation d’acteurs défendant une vision profondément inégalitaire des rapports entre les sexes.
Réduire le masculinisme à une mode passagère ou à quelques provocations sur les réseaux sociaux serait une erreur lourde de conséquences. Derrière les discours de haine, de domination et de régression des droits se dessine un projet politique qui gagne du terrain, en France comme ailleurs. Fermer les yeux sur cette offensive au prétexte qu’elle serait marginale, c’est laisser s’installer progressivement des idées qui remettent en cause l’égalité, la liberté et les principes mêmes de nos démocraties. L’histoire montre que les reculs des droits commencent souvent par des signaux que l’on choisit de ne pas voir.
Photo. Collage féministe à Nantes. Maylis Rolland Hans Lucas AFP
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