
En accueillant une délégation talibane pour discuter des expulsions de migrants afghans, l’Union européenne tourne le dos aux valeurs qu’elle prétend défendre. Au nom de la fermeté migratoire, Bruxelles accepte désormais de dialoguer avec un régime qui persécute les femmes et piétine les droits humains les plus élémentaires.
Il y a encore quelques années, une telle scène aurait semblé impensable. Pourtant, le 23 juin, des représentants de la Commission européenne et de plusieurs États membres ont reçu à Bruxelles une délégation du régime taliban pour évoquer les retours forcés de migrants afghans.
Officiellement, il ne s’agissait que de discussions « techniques ». Mais derrière cet habillage sémantique, le signal politique est clair : l’Union européenne est prête à traiter avec l’un des régimes les plus répressifs au monde pour satisfaire son obsession du contrôle migratoire. Cette rencontre intervient alors que les talibans ont méthodiquement supprimé les libertés fondamentales en Afghanistan. Les femmes sont exclues de la vie publique, privées d’éducation et de nombreux droits élémentaires. L’ONU évoque un pays devenu un « cimetière pour les droits humains ». Pourtant, c’est avec ce pouvoir que Bruxelles choisit aujourd’hui de dialoguer.
Cette décision est le résultat d’un durcissement constant des politiques migratoires européennes, alimenté par la pression des gouvernements conservateurs et des partis d’extrême droite. Incapable de défendre ses propres principes face à cette offensive idéologique, l’Union européenne adopte progressivement les priorités de ceux qui font de l’immigration leur principal cheval de bataille.
En cherchant à augmenter les expulsions vers l’Afghanistan, Bruxelles ne se contente pas de négocier avec les talibans : elle contribue à leur offrir une forme de reconnaissance politique. Une contradiction flagrante pour une Union européenne qui prétend défendre les libertés et l’égalité, tout en acceptant de renvoyer des êtres humains — et notamment des femmes — vers un pays où elles sont privées d’éducation, de travail, de liberté de mouvement et jusqu’au droit d’exister pleinement dans l’espace public. En piétinant les droits des migrants, l’Europe se rend complice de la mise au ban des femmes afghanes qu’elle choisit de renvoyer entre les mains de leurs bourreaux.


