Samedi 13 juin. Sur la grande scène s’élance le tant attendu « train » de la musique cubaine, les dix-huit équipiers vêtus de leur maillot de Base-Ball, sport passion, sport national sur l’île caribéenne, enflamment le ciel étoilé de la nuit toulousaine. Los Van Van ouvrent en beauté le grand bal devant plus de 20 000 personnes en célébrant l’étoile la plus brillante incarnée par la figure mythique du créateur du groupe le 4 décembre 1969 : le bassiste et compositeur Juan Formell, décédé soudainement à 71 ans, le 1er mai 2014 à la Havane.


 

Les premiers mots de Vanessa Formell, fille, vont aux peuples du continent sud-américain et à ses compatriotes, la veille le ton était déjà donné par le pianiste cubain, Roberto Fonseca, “Cuba está en peligro” « Cuba est en danger ». Le public du Río Loco en est-il conscient ? Quelques drapeaux cubains flottants le laissent supposer. La chanteuse s’adresse aux peuples unis : « Vous autres, vous savez que nous sommes un. » Comment ne pas y voir une parole de soutien à l’humanité de Cuba et d’autres nations sœurs, proches géographiquement des États-Unis, qui subissent les assauts de la contre-révolution impérialiste en marche.

 

« Leur énergie me procure un plaisir intense »

La puissance rythmique de la bande emballe le public qui suit le mouvement déhanché des chanteurs au son des percussions et du rythme Songo : et de se balancer un coup à droite puis un coup à gauche. Les grands classique du répertoire ont fait danser des millions de générations de Cubain.nes et en bord de Garonne, ce 13 juin, les Toulousain.es  : “Eso que Anda”, “Qué tiene Van Van” “Te pone la cabeza mala”, etc. Havanera, María de los Ángeles témoigne à distance qu’elle est née, a grandi, à l’image de tous les Cubains, avec le groupe.

Difficile de ne pas danser sur la Timba de Los Van Van tant leur rythme respire la joie de vivre à la cubaine. Avec, en prime, un humour plein de malice et typiquement cubain décliné en argot compris par toute la population quelque soit son lieu d’habitation. D’ailleurs, depuis la scène, résonne souvent le mot “Asere”, ce qui veut dire frère, ami à l’adresse du public.

 

Los Van Van Photo DR

 

Parce qu’au-delà du demi-siècle bien entamé, le groupe continue de faire vibrer les corps. Rencontrée dans la foule après son “menein”, « mouvement des hanches », Gloria raconte, comme les amoureux.ses de football, son “afición” pour Los Van Van. « Je les ai suivis à la Havane, à Paris, à Madrid et pour la toute première fois ce soir à Toulouse. Leur musique, leur présence, leur énergie m’entraînent au point que ça me procure un plaisir intense. »

 

« La musique de Los Van Van me rappelle mon premier amour »

Pour la petite ou la grande histoire, Los Van Van sont nés à une époque où la plupart des Cubain.es aspiraient à la transformation sociale et déposaient leur confiance dans le projet révolutionnaire. Pour Betsy, médecin, qui vit désormais en France, leur musique la ramène à sa jeunesse, à l’optimisme, aux projets collectifs et en l’espérance dans l’avenir. « Ça me rappelle les amis quand j’étais adolescente, l’école à la campagne, les danses, les fêtes et mon premier amour, mais aussi les belles réunions familiales où l’on dansait tous. »

Le groupe incarne culturellement une identité populaire, car sa musique est intrinsèquement liée au quotidien des habitant.es de l’île. Une vie actuellement très rude aggravée par un blocus économique, financier, politique, et récemment énergétique et naval imposé par les État-Unis. Un embargo inhumain qui plonge les Cubain.es dans le noir durant des dizaines d’heures, les privant d’eau, de médicaments, de nourriture, de rentrées de devises, de touristes. Dans ce contexte, la musique peut-elle représenter une bouffe d’oxygène ?

La “Sandunga”, cette expression de joie et de grâce propre au peuple cubain, se déploie à la Prairie des Filtres sous les forts applaudissements comme un acte de Résistance à « l’Oncle Sam ».

Piedad Belmonte

 

 

Photo 1 Rio Loco  – El Buho Crédit Photo Mael Chery

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Passée par L'Huma, et à la Marseillaise, j'ai appris le métier de journaliste dans la pratique du terrain, au contact des gens et des “anciens” journalistes. Issue d'une famille immigrée et ouvrière, habitante d'un quartier populaire de Toulouse, j'ai su dès 18 ans que je voulais donner la parole aux sans, écrire sur la réalité de nos vies, sur la réalité du monde, les injustices et les solidarités. Le Parler juste, le Dire honnête sont mon chemin