Depuis le 29 mai, Montpellier vibre au rythme du Printemps des Comédiens. Pour son lancement, le festival déploie un programme ambitieux où se croisent grands noms de la scène internationale, créations contemporaines et regards aiguisés sur notre époque.
Ce premier week-end donne le ton d’une édition placée sous le signe de la diversité des formes et des récits. Événement majeur de cette ouverture, Europa réunit deux figures incontournables du théâtre contemporain : l’auteur Wajdi Mouawad et le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski. Né de leur rencontre artistique, ce spectacle s’appuie sur Le Serment d’Europe pour dresser le portrait d’un continent traversé par les mémoires de guerre et les fractures contemporaines. Introduite par un prologue performé par Mouawad lui-même, cette fresque théâtrale mêle l’intime et le politique dans une mise en scène d’une puissance rare.
Autre rendez-vous attendu, Les Gaulois de Marion Aubert propose une traversée aussi loufoque qu’érudite de l’histoire culturelle française. À partir de deux sangliers projetés malgré eux dans le fossé de l’Histoire, la dramaturge déroule une épopée décalée qui interroge nos récits fondateurs avec humour et jubilation. Une création inventive qui porte la marque de l’écriture libre et incisive de Marion Aubert.
Dans un registre plus léger mais tout aussi sensible, On fera mieux la prochaine fois de Nicolas Heredia rend hommage aux grandes voix du cinéma. Le spectacle repose sur une idée simple et brillante : faire rejouer par les comédiens de la Bulle Bleue des interviews d’acteurs mythiques. Entre décalage, tendresse et émotion, cette création interroge notre rapport à la mémoire collective et à la transmission des récits.
Le festival accueille également Et tout est rentré dans le désordre, une création de Julie Benegmos et Marion Coutarel née de deux années d’immersion dans l’univers funéraire. Loin des représentations convenues du deuil, les deux artistes imaginent une pièce lumineuse qui questionne nos rituels contemporains et ouvre de nouvelles perspectives sur l’accompagnement de la mort. Un spectacle profondément humain, à la fois documenté et poétique.
Les amateurs de grands textes retrouveront quant à eux l’univers de Tchekhov avec Vania, adaptation signée par le metteur en scène argentin Guillermo Cacace. Après avoir bouleversé le public du festival avec Gaviota en 2024, il poursuit son exploration épurée de l’œuvre tchékhovienne. Porté par une mise en scène d’une grande sobriété, Vania promet une plongée intense dans les tourments et les désirs des personnages du dramaturge russe.
Enfin, la réflexion politique s’invite sur scène avec Tragédie Démocratie de Lara Marcou et Marc Vittecoq. Sur un plateau transformé en agora contemporaine, six interprètes confrontent les principes de la démocratie athénienne aux pratiques électorales actuelles. Une création stimulante qui interroge nos certitudes et invite le public à repenser les fondements mêmes de la participation citoyenne.
Entre grandes signatures internationales, créations engagées et expériences théâtrales singulières, ce premier week-end du Printemps des Comédiens offre un aperçu éclatant de l’esprit du festival : un théâtre vivant, exigeant et profondément ancré dans les questions de notre temps.
Photo. Europa mis en scène par Krzysztof Warlikowski.© Magda Hueckel







