Dans l’espace que nous réservons régulièrement aux contributions extérieures, qu’elles soient sollicitées ou spontanées, nous publions aujourd’hui le courrier que nous a adressé le collectif de La P’tite Base, lieu collectif autogéré installé au Vigan, dans les Cévennes. À la suite d’une soirée de soutien aux luttes des personnes migrantes organisée le 13 juin dernier, le collectif a été victime d’un vol visant la caisse de l’événement. Il a souhaité rendre publics les faits et partager son analyse de cette attaque contre un espace de solidarité et d’organisation collective.
La P’tite base est un local collectif ouvert depuis juin 2023 au Vigan, bourg de moins de 4 000 habitants dans les Cévennes. C’est un lieu de sociabilité non-marchand, de solidarité, un outil pour les luttes, qui s’organise autour de bases féministes intersectionnelles, anti-autoritaires et anticapitalistes, de manière autonome, sans subvention ni salariat.
Depuis 3 ans, nous y avons organisé des temps de discussions, de convivialité, des concerts, des projections, des drag show, des apéros queers, des goûters féministes, des permanences d’entraide administrative, des groupes de parole, des ateliers, des cantines… Tout y est gratuit ou à prix libre.
Samedi 13 juin nous avons organisé un événement en solidarité avec les luttes des personnes qui traversent les frontières et sont confrontées à la présence de contrôles partout sur le territoire et au durcissement de l’accès aux titres de séjour.
Après une projection et une discussion pour comprendre les réalités des personnes qui prennent le chemin de l’exil et se confrontent à la violence des frontières, Allyr·e (d’Ariège et du Gers), Kalu (de Marseille) et DJ Bad Pitch (du Vigan) sont venus bénévolement nous emplir d’émotions, de poésie, de rap, nous émouvoir, nous enjailler [nous amuser, faire la fête – Ndlr] et nous faire danser. Une cantine nous a régalé les papilles, le bar nous a rafraîchit…
Cette soirée de soutien était une vraie réussite et démontre notre solidarité collective : plus de 1 000 € de recettes ont été récoltés grâce à la participation de tous.tes ; 1 000 € dont plus de la moitié (les bénéfices) devaient être envoyés en soutien aux luttes à la frontière italienne.
Dans la nuit, la serrure du local a été crochetée, quelqu’un a réussi à ouvrir le coffre-fort, récemment scellé dans le mur du local, et s’est emparé de l’argent.
Si nous sommes affecté·es par la situation, nous sommes de celleux qui comprennent qu’on puisse cambrioler pour s’en sortir dans ce monde abject où l’on sait très bien que tant qu’il y aura de l’argent, il n’y en aura pas pour tout le monde. Où les uns sont milliardaires et même billionnaires pendant que d’autres, nettement plus nombreux·ses, n’ont pas de quoi s’alimenter. Pour autant, il nous reste difficile de constater que quelqu’un·e se soit servi dans une caisse destinée à se solidariser avec des personnes qui n’ont déjà presque rien, qui affrontent la misère, la xénophobie, le racisme, la répression, l’enfermement, la mort. Une caisse alimentée par des personnes qui critiquent la propriété privée, combattent la prison et la justice punitive et se démènent, sans compter, pour faire naître des solidarités face aux galères et au repli sur soi.
Ça nous a donc mis un bon coup au moral mais on se dit que ce n’est que de la thune. Et on considère également que ce n’est pas notre argent qui a été pris, mais de la thune collective. D’où l’envie d’écrire ce texte et de le diffuser publiquement.
Et qu’importe, rien n’est perdu car cette soirée était une réussite : nous avons kiffé l’organiser, nous avons kiffé y participer, nous avons kiffé redémontrer notre capacité collective à se solidariser, à se retrouver et à festoyer autour d’enjeux qui nous rassemblent. Plus de 1000 € pour une soirée organisée avec si peu de moyens et où tout est à prix libre ce n’est pas rien.
Nous ne baissons pas les bras et nous nous organiserons pour que ce type d’incident ne puisse plus se reproduire.
La P’tite base continuera à accueillir les initiatives de toustes celleux qui partagent nos principes.
Nous invitons tout le monde à multiplier les gestes pour nous épauler : nous faire des propositions, participer à l’organisation des projections, concerts, cantines, spectacles… en soutien au local ou à des luttes, venir filer des coups de main, ramener nourriture et boissons gratuitement ou à un tarif de soutien, assister aux événements, venir boire un verre… Le local est désormais ouvert presque tous les matins, tous les vendredi soir à partir de 18h et le samedi matin jusqu’en début d’après midi.
Nous lançons également un appel à celleux qui voudraient donner des fonds pour des collectifs près de Briançon qui font de la réduction des risques auprès des personnes demandeureuses d’asile qui affrontent à la fois la montagne et la répression de l’État français (maraudes, aménagement des sentiers, accueil, hébergement temporaire d’urgence)1. Ils devaient récupérer les bénéfices de la soirée du 13 juin.
Le collectif de la P’tite base
L’argent récolté ici, via HelloAsso, servira à alimenter une cagnotte mutuelle, ici en pays viganais, pour nos complices en galère administrative et économique qui se font mettre la misère par les autorités françaises parce qu’iels n’ont pas les bons papiers. Si vous ou un·e de vos proches est concerné·e, venez nous en parler à la P’tite Base (ou prenez RDV en envoyant un mail à laptitebase@mailo.com).







