Pour l’extrême-droite, le logement social relève de la « priorité nationale », non d’une priorité gouvernementale ou législative, mais de la « préférence nationale ». En un mot, la « préférence nationale » doit être la « priorité nationale », surtout dans le logement social. Un remake des « Français d’abord ! »
Quelques semaines avant le premier tour des élections présidentielles de 2017, Marine Le Pen déclarait sur les plateaux télés : « On ne peut pas écarter de la problématique du logement la problématique de l’immigration. Eric Zemmour l’avait dit d’une manière extrêmement imagée, il avait dit « on aura beau urbaniser toute la France, on ne logera pas toute l’Afrique. » …La réalité c’est que, encore une fois, les logements sociaux sont aujourd’hui prioritairement occupés par l’immigration qui arrive »
Dans son « projet pour la France », plate-forme programmatique, pour les élections présidentielles de 2022, la présidente du Rassemblement National, proposait la création de 100 000 logements sociaux et « la mise en place de la priorité nationale pour les foyers dont au moins un des parents est français, permettant de remettre sur le marché les 620 000 logements sociaux occupés par des étrangers selon les chiffres de l’INSEE pour 2017. » Un discours qu’elle a du assouplir, voire contredire, au cours de la campagne présidentielle, face à une levée de boucliers : « Ce ne sera pas rétroactif, ça veut dire que, lorsqu’un logement social se libérera, eh bien oui, il sera prioritairement accordé aux Français par rapport aux étrangers. Les immigrés qui sont, depuis longtemps, sur notre sol, et qui, je pense, font notre richesse … je vais les rassurer, ils n’ont rien à redouter de moi. »
Le 5 mars 2024, les député.e.s du Rassemblement National déposaient une « proposition de loi visant à instaurer la priorité nationale dans l’attribution des logements sociaux », en exposant que « la volonté du groupe Rassemblement national est de faire de tous les citoyens français des privilégiés dans leur propre pays » et que « l’attribution des habitations à loyer modéré est pour l’heure uniquement ciblée autour de critères de ressources, ne permettant pas de garantir que ces logements soient en priorité accessibles à nos concitoyens ».
L’auteur de cette proposition, Romain Baubry, député des Bouches-du-Rhône, souhaitait rappeler qu’à « l’heure où 2,42 millions de Français sont en attente d’un logement social, parfois pendant dix ans, il est indispensable d’assurer aux Français que les nouveaux arrivants, et les personnes ne séjournant pas de manière stable sur notre territoire, n’obtiendront pas une habitation à loyer modéré avant eux. » Cette précision démontre – ô combien – le discours perfide et insidieux du Rassemblement National. Faut-il rappeler que l’obtention d’un logement social est soumise à la régularité du séjour et aux conditions de ressources ? Faut-il souligner qu’il semble impossible de résilier des centaines de milliers de baux d’habitations, comme le souhaite la présidente de ce parti, d’autant plus que la « préférence nationale », concept créé et théorisé par le Club de l’Horloge en 1985 rebaptisée « priorité nationale », en 2012, est contraire à notre Constitution ?
« Le petit guide de l’élu du Front National » édité par le parti à la flamme pour les élections municipales de 2014 rappelle que celui-ci doit s’engager à défendre publiquement la « priorité nationale », notamment dans l’attribution des logements sociaux, en omettant que le maire ne détient pas un pouvoir exclusif dans l’attribution des logements sociaux sur sa commune….
Dans cette logique de division – contraire à la mixité sociale -, le parti d’extrême-droite entend réfuter et refuser le « vivre ensemble » qu’il considère comme « un véritable outil au service du déracinement » (formule de Bruno Bilde, député R.N. du Nord).
Si le Rassemblement National arrivait à ses fins, des millions de personnes se retrouveraient à la rue au seul motif d’être étrangères et dans l’impossibilité de bénéficier d’un quelconque hébergement, toujours au nom de cette politique de ségrégation.
Dans cette logique de division – contraire à la mixité sociale -, le parti d’extrême-droite entend réfuter et refuser le « vivre ensemble » qu’il considère comme « un véritable outil au service du déracinement » (formule de Bruno Bilde, député R.N. du Nord). Il attribue, également, la crise du logement social à « des décennies de renoncements et d’aveuglement » et à « un manque de solidarité publique ». Mais qu’entendre par « solidarité publique » ?
Le 13 décembre 2000, les parlementaires adoptaient la Loi S.R.U. (« Solidarité et Renouvellement Urbain »), cherchant à améliorer la mixité sociale et à remédier à la crise du logement social. Les élections législatives de 1997 n’avaient pas permis aux candidats du Front National d’entrer à l’Assemblée Nationale. Une loi dans le viseur de l’extrême-droite.
En 2022, le candidat de « Reconquête », Eric Zemmour, entendait « abroger la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) qui impose aux villes un quart de logements sociaux, y compris pour les villes qui ont de gros problèmes de foncier. […] Et bien avec moi, il n’y aura plus de loi SRU, les maires ne seront plus « carencés », comme on dit. ». Récemment, David Rachline, maire de la ville de Fréjus qui comptait 13,92 % de logements sociaux en 2022, déclarait : « Cette politique du chiffre ne prend pas en compte deux éléments majeurs. En premier lieu, le fait que le souci n’est pas seulement dans la construction de logements sociaux, mais aussi dans la rotation du parc existant, sachant que nombre d’actuels occupants n’auraient normalement plus vocation à y demeurer. Mais là vient le deuxième effet de la politique de gribouille menée depuis des années : à force de se focaliser sur le logement locatif social et en oubliant le logement intermédiaire et l’accession sociale à la propriété, les gouvernements successifs ont brisé la chaîne du logement et condamnent des centaines de milliers de Français à être dans le social ou rien, ce qui déséquilibre l’ensemble du secteur. ». Dans cette ville « gérée » par le Rassemblement National depuis avril 2014, on comptait 2 446 demandeurs de logement social (hors mutation) et l’indicateur de tension (rapport demande/attribution) faisait apparaître un délai de près de 8 années !
Comme tout édile d’extrême-droite, David Rachline prône la priorité aux travailleurs du territoire, notamment ceux qui exercent des métiers indispensables au fonctionnement du quotidien (soignants, policiers). Un public pouvant être sensible et éligible à l’accession à la propriété de leur logement, le miroir aux alouettes du Rassemblement National.
Philippe Jaffre
Photo Bidonville dans le quartier de la Rose, Marseille 13e arrondissement (a été démantelé depuis cette photo). Crédit wikimedia Commons







