Ingrédients pour une tambouille électorale. Lors des élections des conseils communautaires, l’extrême droite a pris la présidence de 5 établissements publics de coopérations intercommunales, avec la complicité ou l’aval de la droite dite républicaine… Recette de la tambouille du Midi.


 

Le 8 avril, la « Communauté d’Agglomération de la Riviera française » (75 000 habitants — 15 communes) basculait dans le giron du Rassemblement National. La maire RN de Menton, Alexandra Masson, élue à la majorité absolue, récoltait 39 voix des membres du conseil communautaire contre 3 pour le maire communiste de Saorge, David Brouste.

Le lendemain, Éric Ciotti apportait à l’extrême droite la direction d’une des plus importantes intercommunalités (51 communes et 575 000 habitants). 108 conseillers communautaires de « Nice-Métropole » sur 115 avait voté pour le nouveau maire de Nice.

Le 15 avril, Nicolas Meizonnet, maire RN de Vauvert, était élu président de la « Communauté de communes de Petite Camargue, » avec 25 voix sur 30. Puis, Nelson Chaudon, maire RN de Beaucaire, remportait la présidence de la communauté de communes « Beaucaire- Terre d’Argence », (18 voix contre 16 pour Juan Martinez, président sortant, divers gauche).

Le 18 avril, Louis Aliot était élu président de la communauté urbaine de Perpignan, « Perpignan Méditerranée Métropole », une intercommunalité regroupant 37 communes pour 283 000 habitants. Lors de cette élection à bulletin secret, 60 votes se sont portés sur le maire de Perpignan, 18 sur le maire communiste de Cabestany (Édith Pugnet).

Au regard des résultats de ces scrutins, il est évident que des conseiller.e.s communautaires issu.e.s d’autres organisations politiques ont porté leurs voix sur les candidat.e.s présenté.e.s par le Rassemblement National ou l’Union des Droites pour la République. En effet, les conseiller.e.s communautaires de ces deux organisations n’étaient pas suffisamment nombreux.ses pour faire basculer les présidences des intercommunalités.

 

Louis Aliot

 

« Peu de désaccord avec Louis Aliot »

Que s’est-il passé ? Tout d’abord il est à noter que dans ces cinq intercommunalités la droite dite « républicaine » ou « classique » n’a pas présenté de candidatures face aux représentants de l’extrême droite. Dans un deuxième temps, les conseiller.e.s de cette droite de plus en plus poreuse, et des conseiller.e.s dits « sans étiquette » ont fait le choix d’apporter, dès le premier tour, leurs suffrages aux candidats UDR ou RN. Souvent, pour ne pas dire toujours, en leur laissant directement les clés de l’intercommunalité.

À titre d’exemple, lors de la passation de pouvoir, Robert Vila, maire de Saint-Estève et président sortant de la Métropole, déclarait qu’il y avait « peu de désaccord » avec son collègue de Perpignan, Louis Aliot. Pourtant, en 2020, il en était autrement. Robert Vila avait pris la présidence, à l’issue d’une séance de trois heures, séance ponctuée par deux suspensions. Il avait recueilli 49 voix contre 33 pour Louis Aliot. L’histoire retiendra qu’après tractations avec Alain Ferrand, maire du Baccarès — deuxième ville de l’Agglomération — condamné à plusieurs reprises pour abus de biens sociaux, prise illégale d’intérêts et fraude fiscale, Robert Vila lui avait promis la place de premier vice-président.

Lors de ce scrutin d’installation, Louis Aliot n’obtenait que la cinquième vice-présidence. Six ans plus tard, les tractations, combines et tambouilles électorales avaient eu lieu bien en amont du scrutin. S’alignant sur une directive nationale, le Rassemblement National avait décidé de ne pas présenter de candidat aux élections municipales contre des « maires de droite qui font bien leur travail et qui ne vilipendent pas le parti à longueur de journée ».

Force est de constater qu’à Saint-Estève tout comme au Canet-en-Roussillon, il n’y avait pas de candidat RN. Grâce à leur dévouement, Stéphane Loda, ancien secrétaire départemental des LR et conseiller régional, ainsi que Robert Vila ont été réélus, confortablement, maires de leur commune.

Mais le maire de Perpignan est encore plus généreux ! Il leur a offert les premières et deuxième vice-présidences. « Aux dévoués, le RN reconnaissant » ! Dès lors, rien d’anormal au sein de l’exécutif de « Perpignan Méditerranée Métropole : 15 vice-président.e.s dont 6 conseiller.e.s communautaires du Rassemblement National (le maire de Baixas, Gilles Foxontet — commune de 2 800 habitants —,  la maire de Canohès, Carla Muti, le maire de Rivesaltes, Julien Potel, et trois adjoints au maire de Perpignan à savoir François Dussaubat, Frédéric Guillaumon et Franck Rémi). « Au RN, Vila reconnaissant » ! Enfin : est-ce dans un souci d’apaisement que Louis Aliot a concédé la septième vice-présidence à… Alain Ferrand ?

 

Nicolas Meizonnet                                           Nelson Chaud.

 

« On ne fait pas de politique »

Pour l’intercommunalité « Beaucaire, Terre d’Argence », Nelson Chaudon doit sa victoire au ralliement des deux conseillers communautaires de Fourques : le maire Alain Fouque et Nadine Castellani sa première adjointe. Interrogé à l’issue du scrutin, le premier magistrat expliquait le vote fourquésien : « On n’est le vassal de personne. C’est l’équipe municipale qui a décidé le vote, après plusieurs réflexions. On ne fait pas de politique. Beaucoup réclamaient le changement chez nous. On est une équipe de tous les bords, sans étiquette politique. » À l’issue de ce vote, Juan Martinez (Divers gauche), président sortant, raillait les nouveaux partenaires de Nelson Chaudon : « On découvre qu’ils sont RN. C’est clair, ils ont choisi l’intérêt du parti à l’intérêt de leur commune. » Après le premier tour des élections municipales, tous les prétendants avaient les yeux braqués sur Fourques, car tous savaient que la présidence de l’Intercommunalité dépendrait du choix des élu.e.s de cette commune. Alain Fouque prenait son temps : « Je serai attentif à défendre les intérêts de Fourques, notamment lors du vote des budgets… » Le maire de Beaucaire a du être plus convaincant que le maire de Bellegarde… Plus convaincant qu’en 2020, puisque les fourquesiens avaient voté contre le candidat présenté par le RN. Cette année, Alain Fouque a été élu premier-vice président de « Beaucaire, Terre d’Argence » en totalisant 20 suffrages sur les 34 possibles (11 bulletins blancs et 3 nuls)…

Le RN : virage a 180 degrés

Il y a encore quelques années, l’extrême droite critiquait l’enchevêtrement des compétences et le manque de lisibilité. Ainsi, dans un communiqué du 20 septembre 2015, le Front National « apporte[ait] son plein soutien aux maires de France aujourd’hui mobilisés contre la baisse de leurs dotations, le désengagement de l’État et la disparition consécutive de services publics de proximité ». Il expliquait que « les petites communes étaient dans le collimateur des gouvernements successifs, qui les asphyxient financièrement dans le but de les faire disparaître au profit des grosses collectivités lointaines et coûteuses. La décentralisation anarchique avait en effet créé des seigneuries locales très dépensières, à commencer par les intercommunalités et les régions ». Il demandait « un plan national de lutte contre les gaspillages et les gabegies dans ces grosses collectivités ; les petites communes n’ont pas à payer les excès des autres ». À l’époque, il rappelait « son attachement aux communes, espaces de démocratie et de proximité ». Et demandait, pour conclure, « aux gouvernements RPS de cesser la décentralisation forcenée vers les grandes baronnies, qui se fait au détriment de l’État-Nation, des services de proximité comme de l’aménagement du territoire ».

Aujourd’hui le Rassemblement national est prêt à tout pour présider ces Établissements Publics de Coopération Intercommunale. Certes, l’extrême droite n’en préside que très peu (5 ou 6 sur l’ensemble du territoire national sur 1 254). Mais il faut les considérer comme de véritables laboratoires de normalisation, de tambouilles et de copinage.

Avec Fasci-Milé

Dessin Roland Topor


 

altermidi initie avec cet article un nouveau partenariat avec la lettre d’information Fasci-Milé, une publication qui apporte un éclairage rigoureux sur des réalités souvent peu visibles : la progression de l’extrême droite, les liens troubles entre partis politiques, groupuscules fascistes et leurs relais, qu’ils soient religieux, économiques ou opportunistes. Cette collaboration s’inscrit dans une volonté commune de documenter, à l’échelle régionale, les dynamiques et les engrenages qui structurent ces mouvements.

Comme altermidi, Fasci-Milé est une initiative portée par des bénévoles et est indépendante de toute organisation politique. Son ambition est de dépasser, autant que possible, la seule lecture militante pour proposer des analyses approfondies, permettant de mieux comprendre et de dénoncer des phénomènes qui se déploient souvent à bas bruit dans nos territoires. En rejoignant les acteurs régionaux avec lesquels nous travaillons, ce partenariat avec Fasci-Milé vise à renforcer la visibilité et la qualité de l’information locale, au plus près des réalités de nos régions.

La rédaction

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Passionné depuis l’âge de 7 ans, de photo, prise de vue et tirage, c’est à la fin d’études de technicien agricole que j’entre en contact avec la presse, en devenant tireur noir et blanc à l’agence avignonnaise de la marseillaise. Lors d’un service national civil pour les foyers ruraux, au sein de l’association socio-culturelle des élèves, c’est avec deux d’entre eux que nous fondons un journal du lycée qui durera 3 ans et presque 20 numéros. Aprés 20 ans à la Marseillaise comme journaliste local, et toujours passionné de photo, notamment de procédés anciens, j’ai rejoint après notre licenciement, le groupe fondateur de l’association et suis un des rédacteurs d’Altermidi, toujours vu d’Avignon et alentours.