La Ligue des droits de l’homme dénonce l’incapacité durable de l’État à protéger les données de millions de citoyens, révélatrice d’une politique de gestion des identités qui fragilise les droits et affaiblit les garanties démocratiques.
« L’agence gouvernementale des papiers d’identité sécurise mal nos données ! » La Ligue des droits de l’homme (LDH) met en garde contre une dérive inquiétante, marquée par l’incapacité persistante de l’agence publique chargée des titres sécurisés à garantir une protection effective des données personnelles de millions de citoyens.
Après une nouvelle fuite massive impliquant jusqu’à 12 millions de comptes, c’est la promesse même de sécurité de l’État qui vacille. Au-delà de la défaillance technique, c’est une politique publique fondée sur la centralisation et la dématérialisation des identités qui révèle ses limites et ses dangers.
En fragilisant la protection des données, l’État fragilise aussi les droits fondamentaux et la démocratie elle-même. Derrière ces incidents répétés se dessine une gouvernance qui, à force de traiter les individus comme de simples ensembles de données, glisse vers une forme de déshumanisation qu’elle peine encore à reconnaître, malgré l’accumulation des attaques et la sous-estimation manifeste des dangers qu’elles représentent.
L’agence gouvernementale des papiers d’identité a été hackée
Communiqué LDH
Un exemple frappant parmi plusieurs vols récents au sein des administrations publiques1.
« Mercredi 15 avril 2026, l’agence nationale des titres sécurisés (ANTS) a détecté un incident de sécurité pouvant impliquer une divulgation de données issues de comptes particuliers et professionnels du portail ants.gouv.fr ».
C’est ainsi que l’ANTS a annoncé que les données de 11 à 12 millions personnes pour obtenir passeport, carte d’identité, permis de conduire ou carte grise ont été volées par des hackers, notamment : identifiant de connexion, civilité, nom, prénoms, adresse électronique, date de naissance, identifiant unique du compte.
L’ANTS affirme avoir informé les personnes concernées par un mail sans qu’aucune démarche ne soit à effectuer. Elle les met cependant en garde contre les tentatives d’hameçonnage (phishing) dont elles pourraient être victimes. En somme, rien de plus que les consignes habituelles, régulièrement rappelées par les services de communication du gouvernement !
Pourtant, le 22 septembre 2025, l’ANTS affirmait : « En tant qu’opérateur du ministère de l’Intérieur manipulant des données sensibles, l’ANTS fait l’objet de mesures de sécurité renforcées et d’une vigilance permanente des services de l’Etat contre toute intrusion, physique ou informatique. » Dans la foulée, elle se dotait d’une « charte éthique » qui promettait de mettre « en place les mesures adéquates pour garantir la sécurité des données et des systèmes suivant les exigences qui s’y appliquent » et de protéger « les informations sensibles contre toute forme de menace, qu’elle soit interne ou externe. »
Avec le vol, cette fois confirmé, un signalement a été transmis à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), ainsi qu’au parquet de Paris qui a confié les investigations à l’Office anti-cybercriminalité. De son côté, le ministre de l’Intérieur a demandé à l’Inspection générale de l’administration d’établir la chaîne de responsabilités.
Lors de la création du fichier baptisé « titres électroniques sécurisés » (TES), la LDH avait alerté sur les dangers inhérents aux bases de données centralisant des informations personnelles et biométriques sur la quasi-totalité de la population française 2.
Depuis, ce qu’on appelait des risques sont devenus des certitudes, notamment avec l’introduction de l’IA pour profiter des vulnérabilités des systèmes. Nos données ne sont pas en sécurité. Leur centralisation accroit les effets de chaque intrusion.
Les politiques publiques de protection de nos données ne peuvent plus se contenter d’être des promesses creuses. Elles doivent passer par le renforcement des mesures de protection tant physique que technique, même si celle-ci ne pourra pas être absolue. Mais surtout, elles impliquent de rompre avec une vision axée sur la seule centralisation des données. Mettre les moyens, tant humains, budgétaires que technologiques, dans la protection de nos données est une condition de la survie de nos libertés individuelles et par conséquent, de nos démocraties.
Paris, le 29 avril 2026







