Palestine, Égypte, France, un périple tragique et un accueil salutaire.
Écoutons ce que disent les chansons de Zohud : il parle de lui, il parle de son peuple. Cet artiste palestinien de 34 ans est le fondateur du premier groupe de rock progressif gazaoui, TYPO (Khata’a Mattbaïe), qui est né en 2012 et a sorti son premier album en 2016, « Awal Khata’a » (La première erreur), avant de disparaître dans la guerre en 2019.
Quitter Gaza, franchir les frontières

Mohammad Zohud est depuis quelques mois à Montpellier, le voilà en France au bout d’un « voyage » imprévisible. Lorsqu’il a créé son ensemble, leurs chansons disaient la vie, la société, mais à Gaza il a vécu la guerre, il a vécu la destruction de sa maison, de son studio d’enregistrement, et surtout la mort de ses amis et de membres de sa famille. Il a fui vers le Sud, avec sa femme et ses deux enfants, et il n’a pas hésité quand la possibilité a été offerte à quelque 100 000 personnes de partir en Égypte. Il est resté à la frontière près de Rafah, puis s’est installé pendant neuf mois en 2024, a vécu de ses économies et de sa musique. Il est parti, dit-il « comme un simple voyageur »…
C’est la Fondation Al Kamandjâty1 en Égypte qui a permis au musicien de s’installer en France, à Montpellier, en janvier 2025, avec sa famille. Mohammad Zohud a finalement fait partie des sélectionnés par le programme « PAUSE » de la Fondation de France2, qui aide les jeunes scientifiques et artistes en exil, donc qui accompagne Zohud pour l’année 2026. De même son ami Mohanad Smama, chorégraphe, qui comme le phénix renait de ses cendres, installe au Ballet de Marseille sa création multiple de danse contemporaine, hip-hop, et dabkeh de tradition palestinienne.
Ils partagent avec le peintre Abod Nasser l’idée que leur « arme » commune, ce sont les projets artistiques. Car cet artiste assure : « Avec l’art il n’y a plus rien d’impossible », et il vient de réaliser un guide illustré Stratégies de survie en temps de guerre.

Solidarité avec ceux qui fuient la guerre
L’an dernier Zohud s’est fait connaître à Montpellier car l’association partenaire Uni’Sons l’a accueilli au festival Arabesques en septembre. Il s’est fait connaître aussi au festival « La Palestine au cinéma. Montpellier-Nice » et il déclarait alors à Kaïna Médias : « Je ne me bats pas, je m’exprime moi-même. Et en m’exprimant je parle de mon peuple, et parce que mon peuple continue de se battre, alors je me bats, oui. » Actuellement il est accompagné par Elsa Ferrari, membre d’Al Kamandjâty, rémunéré pour l’année par l’association Ox’Ivent fondée en 2008 et engagée dans l’accompagnement des artistes et des spectacles vivants. Il s’agit d’une trentaine d’artistes qui mutualisent les moyens de production et l’intégration de l’artiste palestinien, et poursuivent un engagement artistique et politique.
Cela représente leur volonté d’« agir concrètement pour une solidarité avec ceux qui ont fui la guerre et le génocide », comme l’affirme Samuel Grolleau qui fait partie du groupe occitan Barrut, membre d’Ox’Ivent. Ce chanteur rappelle que l’Occitanie est une terre d’accueil, et que depuis quelques jours un appel aux dons a été lancé. Car s’il s’agit d’un travail « gracieux » et d’une mise à disposition des moyens possibles, « Il faut, dit-il, rendre concrète notre capacité d’accueil ». Notamment envisager l’avenir 2027 pour Zohud.
L’avenir sans oublier le passé
Après des concerts à grand succès à Berlin en octobre, Paris et Cournonsec tout récemment, ainsi que la soirée palestinienne du CHAP à Viols-le fort, la tournée va se poursuivre ; un petit livre de récits est en cours, dont les textes sont en arabe, en anglais et en français. Un album très attendu va sortir en mai, la série de concerts se poursuit à Lyon, Montpellier, Nîmes.
Le principal projet de Zohud serait de créer un nouveau groupe rock, à l’image de TYPO. En 2017, l’artiste expliquait : « La musique de Typo s’inspire de la vie quotidienne à Gaza, un endroit où la musique rock est peu commune. C’est ce qui a inspiré leur nom — le fait que leur musique pourrait initialement être considérée comme une “erreur” au sein de la société dominante (le mot “typo” signifie “coquille” en anglais, NdT). La société palestinienne n’est pas accoutumée à ce genre de musique. C’est pourquoi nous avons eu recours à une astuce, mélanger la musique rock avec des percussions orientales pour qu’elle puisse séduire les oreilles des Palestiniens »3. Même si retourner à Gaza est impossible, l’idée reste présente et constante. Comme l’appel à résister, à rester debout.
Le récent clip « Ana Wieyak (Moi et Toi) », single de mai 2025, tourné à Gaza et à Montpellier, est un témoignage poignant. Écoutons ce que nous dit Zohud :
« Je n’oublierai jamais le passé
Je ne laisserai pas un juge décider
Je ne vendrai jamais nos enfants
Et je porterai toutes nos ruines,
Moi et toi »
Michèle Fizaine
Clip vidéo « Ana Wieyak »
PROCHAINS CONCERTS (Hérault et Gard) :
– Le 2 mai à 19h à Ma Que P’assas à Assas.
– Le 21 à 21h à la Maison pour tous Marie Curie de Celleneuve à Montpellier.
– Le 31 à 14h30 à la Fête du Pois Chiche de Montaren-et-Saint-Médiers.
– Le 12 juin à 20h à Festa Fogassa à Murviel-lès-Montpellier.
Photo 1 Mohammad Zohud est un compositeur, chanteur, batteur et guitariste sélectionné par le projet PAUSE de la Fondation de France. Crédit photo Ox’Ivent
Notes:
- Fondée en 2002 en France, Al Kamandjâti est une association culturelle créée à l’initiative de Ramzi Aburedwan — qui a grandi près de Ramallah, dans le camp de réfugiés d’Al Amari —, joueur d’alto et de bouzouq devenu célèbre sur la scène internationale. L’objectif de l’association est de proposer une éducation musicale aux enfants palestiniens et de renforcer leur estime de la culture palestinienne. Le réseau d’Al Kamandjâti s’est répandu à travers le monde grâce à la collaboration et au soutien de nombreux partenaires : des grandes institutions de musique aux acteurs et artistes indépendants.
- Parce qu’ils osent faire usage de leur liberté d’expression, de création ou poursuivent des travaux de recherche qui vont à l’encontre du système, de nombreux scientifiques et artistes du monde entier sont aujourd’hui menacés et contraints de quitter leur pays d’origine. Le Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil (PAUSE), créé en 2017 au sein du Collège de France, agit pour leur venir en aide et défendre leurs droits.
- Article d’Isra Namey, dans Aljazeera du 10 mars 2017.







