Depuis 2016 l’UJFP en France travaille au côté de l’équipe de l’UJFP à Gaza dans une solidarité concrète avec les paysans. L’occupation israélienne continue de détruire et de tuer, les paysans répondent ; nous trouverons les moyens de remettre nos terres en culture, obstinément. Un nouveau projet innovant est en cours de réalisation Abu Amir le raconte


 

Deir al-Balah. Redonner vie aux serres agricoles,

soutenir les agriculteurs et les enfants

« Le secteur agricole de la bande de Gaza continue de faire face à des conditions extrêmement difficiles en raison de la guerre, qui a causé d’importants dommages aux terres agricoles, aux serres, aux infrastructures et aux moyens de production, imposant une nouvelle réalité à des milliers d’agriculteurs qui dépendent de l’agriculture comme principale source de revenus et de nourriture. Au cours des trois dernières années, un grand nombre d’agriculteurs ont perdu l’accès à leurs terres, notamment aux terres situées dans les zones classées « jaunes », qui sont devenues inaccessibles à l’usage agricole pour beaucoup d’entre eux. Dans le même temps, des superficies limitées de terres situées dans les zones classées « vertes » sont restées disponibles, devenant ainsi une ressource limitée que se partagent un nombre croissant d’agriculteurs ayant perdu leurs terres ou n’étant plus en mesure d’y accéder. Cette situation a poussé les agriculteurs à mettre en place de nouveaux mécanismes de coopération leur permettant de poursuivre leur activité agricole malgré la réduction des superficies disponibles. Dans plusieurs cas, un agriculteur ayant perdu sa terre s’associe à un autre agriculteur qui possède une terre dans les zones accessibles. Les deux parties coopèrent alors pour cultiver la terre et partager les coûts de production, avant de se répartir les revenus après la récolte. Ces partenariats ont contribué à maintenir une partie des terres agricoles en production et ont également permis aux agriculteurs ayant perdu leurs terres de reprendre leur activité et de mettre à profit leur expérience agricole. Certains de ces partenariats sont établis entre des proches ou des membres de familles liées par mariage, qui entretiennent des relations sociales fondées sur la confiance mutuelle. Développer cette forme de coopération comme moyen pratique de s’adapter aux conditions actuelles.

Le soutien aux agriculteurs commence par la terre

L’UJFP continue de mettre en œuvre des interventions agricoles visant à soutenir les agriculteurs dans les zones accessibles et à les aider à retrouver leur capacité de production en leur fournissant certains besoins essentiels dont ils ont difficilement les moyens de supporter le coût dans les conditions actuelles. Dans la région de Deir al-Balah, un projet agricole intégré en soutien aux agriculteurs et aux enfants est actuellement mis en œuvre. Il repose sur des étapes interdépendantes qui commencent par la préparation des terres et ne se limitent pas à la fourniture des intrants de production, mais s’étendent également à la remise en état des serres avant de passer à la plantation des plants. Le projet associe un soutien agricole direct aux agriculteurs à des activités éducatives destinées aux enfants, dans le but de renforcer la résistance des familles agricoles et de préserver le lien de la nouvelle génération avec la terre et l’agriculture.

Le projet se compose de trois principales phases agricoles : le labourage et la préparation des terres agricoles, la réparation et la remise en état des serres agricoles endommagées, puis la distribution des plants et le début de la plantation. Parallèlement à ces phases, des sorties et des activités agricoles destinées aux enfants se poursuivent, leur permettant de découvrir de manière concrète les différentes étapes de la production agricole. À ce jour, les deux premières phases ont été achevées, tandis que la préparation de la troisième phase, qui consiste à distribuer les plants, est en cours.

Première phase : labourage et préparation des terres agricoles

Le labourage des terres agricoles a constitué la première étape de la mise en œuvre du projet, en tant que phase essentielle pour préparer le sol et le rendre prêt pour la nouvelle saison agricole. Les travaux de labourage ont été réalisés sur 25 dunums de terres agricoles situées à l’intérieur des serres dans la région de Deir al-Balah. Cette phase a directement bénéficié à 25 agriculteurs dans le besoin dans la région de Deir al-Balah. Les bénéficiaires ont été sélectionnés sur la base d’une enquête de terrain et d’une évaluation des besoins, en accordant la priorité aux agriculteurs qui n’étaient pas en mesure de prendre eux-mêmes en charge les coûts du labourage. Les travaux de labourage ont également été réalisés en coordination directe avec les agriculteurs, en fonction de l’état de préparation des terres et de leurs besoins pour la saison agricole. L’importance de cette phase ne s’est pas limitée à la préparation des terres. Elle a également constitué le début du processus de réintégration des agriculteurs dans le cycle de production, à un moment où les coûts de l’agriculture et des services agricoles essentiels représentent une lourde charge pour eux.

Deuxième phase : réparation et remise en état des serres agricoles endommagées

Après l’achèvement du labourage des terres, le projet s’est consacrée à la réparation et à la remise en état des serres agricoles endommagées. Cette phase répond directement aux dommages subis par les serres agricoles, dont certaines sont devenues inutilisables ou ne permettent plus aux agriculteurs d’en tirer pleinement parti. Les serres revêtent une importance particulière à Deir al-Balah, compte tenu de la superficie limitée des terres agricoles disponibles et de la nécessité de tirer le meilleur parti possible des terres auxquelles les agriculteurs peuvent accéder. Dans le cadre de cette phase, 10 agriculteurs dans le besoin partageant l’utilisation de serres agricoles protégées endommagées ont été ciblés. La sélection des bénéficiaires s’est appuyée sur une évaluation des besoins, en donnant la priorité aux propriétaires de serres endommagées pouvant être réparées et remises en exploitation agricole. Cette phase a notamment permis de fournir 20 rouleaux de bâches plastiques agricoles. Chaque rouleau contient 40 mètres, portant ainsi la quantité totale de plastique agricole fournie à 800 mètres. Les bâches plastiques ont été distribuées aux agriculteurs en fonction des besoins réels de chaque serre, en tenant compte de l’ampleur des dommages et des besoins de réparation. La phase ne s’est pas limitée à la distribution des matériaux. Elle a également compris la supervision des travaux d’entretien et de réparation des serres agricoles, ainsi que le suivi de l’installation des bâches plastiques. Les travaux de la deuxième phase se sont achevés cette semaine, après la distribution du plastique et la supervision des travaux d’entretien des serres utilisées en commun par les agriculteurs. Ces travaux ont contribué à remettre les serres en état pour être utilisées au cours de la prochaine saison agricole, à améliorer leur capacité d’ un environnement adapté à la croissance des cultures et à les protéger contre les insectes, ravageurs et facteurs extérieurs. […]

Troisième phase : distribution des plants et début de la plantation

Cette phase intervient après que les agriculteurs auront achevé la préparation des terres à l’intérieur des serres et procédé à la désinfection thermique du sol, une étape importante avant de commencer la plantation des plants. […] Ainsi, le projet suit une séquence qui commence par la préparation des terres, se poursuit par la réparation des infrastructures agricoles,et par la fourniture des intrants nécessaires au démarrage de la production. Les bénéficiaires vont au-delà des agriculteurs Les bénéfices du projet ne se limitent pas aux agriculteurs directement ciblés, mais s’étendent également à leurs familles et aux travailleurs qui accompagnent les différentes étapes de la plantation et de la production. L’agriculteur ne travaille pas de manière isolée de sa famille, car de nombreuses familles agricoles dépendent directement ou indirectement des revenus générés par l’activité agricole. Lorsque l’agriculteur est en mesure de remettre en activité sa terre ou sa serre, les bénéfices économiques s’étendent aux membres de sa famille grâce à la récupération d’une partie de la source de revenus et à l’amélioration de leur capacité à répondre à leurs besoins essentiels. Les travailleurs qui participent aux différentes étapes de l’activité agricole en bénéficient également, depuis la préparation des terres, en passant par l’entretien et la plantation, jusqu’à l’entretien des cultures et la récolte. Ainsi, la remise en activité des serres ne profite pas uniquement à l’agriculteur, mais génère un effet en chaîne qui s’étend aux travailleurs et aux familles liées à l’activité agricole. La poursuite de la production contribue également à soutenir le cycle de l’économie locale en maintenant l’activité agricole et en faisant appel aux services et à la main-d’œuvre qui y sont associés. Le nombre réel de bénéficiaires du projet dépasse celui des agriculteurs directement ciblés, car son impact s’étend au cercle social et économique qui les entoure.

Les enfants font partie de l’histoire de la terre

Parallèlement au soutien agricole, le projet accorde une attention particulière aux enfants en organisant des sorties et des activités éducatives dans les terres agricoles. Ces activités ont permis aux enfants d’observer de près les différentes étapes du travail agricole et de découvrir la terre, le sol et les machines agricoles.[…] Pour les enfants vivant dans des camps de déplacement, ces sorties leur ont offert un espace différent de l’environnement dans lequel ils vivent et leur ont permis de passer du temps en plein air et d’interagir avec la terre et la nature. Ces activités contribuent également à préserver le lien des enfants avec l’agriculture et à leur faire découvrir un métier qui a historiquement constitué une composante essentielle de la vie de la société palestinienne. La distribution des plants devrait commencer au début du mois d’octobre prochain, afin que les terres et les serres préparées puissent entrer dans une nouvelle phase de production. Parallèlement, les activités destinées aux enfants se poursuivent, renforçant ainsi la dimension éducative du projet et leur offrant la possibilité de suivre de manière concrète les différentes étapes.

L’impact du projet sur la vie agricole

Le projet constitue une intervention concrète destinée à aider les agriculteurs à faire face à un ensemble d’obstacles imposés par la guerre, notamment la réduction des terres disponibles, l’augmentation des coûts des intrants agricoles et les dommages subis par les serres. La remise en état des serres revêt une importance particulière dans un contexte de disponibilité limitée des terres agricoles, car elle permet de remettre en exploitation des infrastructures existantes au lieu de les laisser en dehors du cycle de production. Le soutien apporté aux agriculteurs lors des étapes de préparation des terres, de réparation et de fourniture des plants contribue également à réduire les coûts de production et leur offre de meilleures possibilités de reprendre leur activité agricole. L’impact ne se limite pas à la saison agricole actuelle. La remise en état des serres peut permettre de continuer à les utiliser au cours des saisons suivantes, renforçant ainsi la capacité des agriculteurs à poursuivre leur production. D’autre part, la poursuite de l’activité agricole offre des possibilités d’emploi aux travailleurs qui participent aux différentes étapes de la production et renforce la capacité des familles agricoles à préserver leurs sources de revenus.

Les prochaines étapes

La troisième phase consacrée à la distribution des plants au début du mois d’octobre constituera le véritable passage de la période de réhabilitation à celle de la production. Le suivi des agriculteurs se poursuivra également au cours des étapes suivantes afin de garantir qu’ils puissent tirer pleinement parti des interventions réalisées et soutenir la continuité du processus agricole dans la mesure des possibilités disponibles. Les activités destinées aux enfants se poursuivront parallèlement aux différentes étapes du projet, leur permettant de découvrir de nouvelles phases de l’agriculture et de participer à une expérience éducative liée à la terre. […]

Du labourage des terres à la réparation des serres, jusqu’à la distribution des plants, le projet suit une série d’étapes interdépendantes visant à remettre les terres en production, à soutenir les agriculteurs, à préserver les moyens de subsistance des familles, à créer des opportunités d’emploi liées à l’activité agricole et à renforcer la communauté agricole de Deir al-Balah.

Le 20 Septembre le Groupe Gaza en France a été invité à participer à la première fête de l’agriculture paysanne à Montarnaud . Il a pu témoigner avec les paysans gazaouis que la terre que l’on défend est une terre que l’on cultive !

Abu Amir et Brigitte Challande

Le projet constitue une intervention concrète destinée à aider les agriculteurs.  Crédit photo UJFP

Brigitte Challende
Brigitte Challande est au départ infirmière de secteur psychiatrique, puis psychologue clinicienne et enfin administratrice culturelle, mais surtout activiste ; tout un parcours professionnel où elle n’a cessé de s’insérer dans les fissures et les failles de l’institution pour la malmener et tenter de la transformer. Longtemps à l’hôpital de la Colombière où elle a créé l’association «  Les Murs d’ Aurelle» lieu de pratiques artistiques où plus de 200 artistes sont intervenus pendant plus de 20 ans. Puis dans des missions politiques en Cisjordanie et à Gaza en Palestine. Parallèlement elle a mis en acte sa réflexion dans des pratiques et l’écriture d’ouvrages collectifs. Plusieurs Actes de colloque questionnant l’art et la folie ( Art à bord / Personne Autre/ Autre Abord / Personne d’Art et les Rencontres de l’Expérience Sensible aux éditions du Champ Social) «  Gens de Gaza » aux éditions Riveneuve. Sa rencontre avec la presse indépendante lui a permis d’écrire pour le Poing et maintenant pour Altermidi.