L’appel du cœur, oui, c’est l’appel du cœur dans le cortège. Un seul cri, celui de l’âme : « Vivants, tous unis, pas de RN, réapproprions-nous notre avenir. »
Depuis plus de deux semaines, les jeunes se lèvent pour dénoncer la détérioration des conditions de vie, menant une dure lutte contre un gouvernement qui refuse d’examiner leurs revendications.
Les gilets jaunes avaient déjà lancé le mouvement le 17 novembre 2018. On s’en souvient. Mais cette fois, c’est différent. La Gen Z prend l’initiative, ravive la flamme de la contestation, appelant à la convergence de tous ceux qui comme eux en ont tout simplement ras-le-bol.
Alors que les conditions d’enseignement se dégradent, que les saignées budgétaires sur l’éducation sont annoncées, les lycéen.nes suivis par les étudiant.es commencent par dénoncer les conditions absurdes d’enseignement ; Mais aussi, les droits humains bafoués avec une requête pourtant des plus normales dans le pays des droits de l’homme : étudier, travailler, gagner sa croûte et vivre sans survivre.
Le réveil lycéen met en lumière les revendications communes de tout un peuple qui souffre, soumis à la violence institutionnelle, réprimé et abandonné à son sort. Rejoindre le mouvement, pour toutes les personnes présentes avec lesquelles nous avons échangé, coulait donc de source : misère galopante, mal-logement, sans-logis, vie chère, environnement, climat, restrictions des libertés, guerres, violences policières, corruption, impunité et injustice, la montée de l’extrême droite, et ses exactions. De quoi déclencher un ras-le-bol viscéral et général, qui prend de l’ampleur dans le monde entier, en Europe et en France, Gen Z en tête — Z « car la dernière génération à se laisser faire » —, expliquent-ils.
Un ras-le-bol général sur des braises déjà là
En France, la colère couve depuis environ 4 à 5 ans. Pour beaucoup, depuis le Covid. D’autres retracent les luttes durement réprimées, loi travail, GJ, passe sanitaire, retraites… dénonçant les années de casse sociale et de laisser-faire politique. Force est de constater que la réponse du gouvernement aux manifestants est d’une violence inouïe qui ne fait que croître1.
Tous dénoncent, comme Lucas, jeune travailleur social, la misère de millions de personnes au profit d’un petit groupe de privilégié.es : « Tais-toi et continue à travailler. Tu vas te faire dépouiller d’années en années, toujours plus. Tous ce qu’ils veulent faire, ils le peuvent. Ils possèdent déjà tout ce qu’ils veulent. Mais ils en veulent encore plus ! C’est impensable, à ce niveau, c’est de la folie. Ils vont jusqu’à nous faire partir de chez nous, de notre pays, pour aller gagner notre vie ailleurs tellement on n’y arrive pas. On vit à découvert dès le début du mois. Quand on vient d’en bas, même en bossant dur, on a aucune chance de pouvoir construire un avenir. Nos potes sont depuis toujours de toutes les couleurs, on n’y pense même pas, on s’en fout de leurs délires, leur haine ne passera pas… mais vu l’avenir, comment faire un enfant dans ce contexte ? Et j’en voulais plusieurs… », explique le jeune homme qui détourne le regard ; Ses yeux qui se floutent, bouleversent.
Un angle journalistique très restrictif
France, terre d’accueil, tissu de migrations… Sommes-nous les nouveaux migrants, serons-nous les prochains réfugiés politiques ?
Pourquoi les jeunes refusent-ils de faire des enfants dans ce monde qui selon eux court à sa perte ? Leur avenir est-il désirable ? Cette situation n’était-elle pas prévisible ? Qu’en est-il des négociations ?
Les médias ont, malheureusement, et majoritairement, choisi un tout autre angle. Très restrictif. Celui qui occulte le problème. Zoom sur les casseurs, pas un mot sur le pourquoi de la colère. Quant à « l’ultra gauche » (définition très extensible, n’est-ce pas Monsieur Overton), livrée à la vindicte, elle a le dos très large.
« Le mouvement n’appartient à personne, il s’appartient », déclare Jean-Luc Mélenchon, sommé de s’expliquer devant la journaliste de LCI du « chaos ambiant », comme s’il en était responsable, voire coupable.
Discours déconnectés de la réalité, sombres condensés basés sur la Peur, propos racistes totalement décomplexés et haineux : comment ne pas bondir face à ce traitement médiatique, d’évidence lourd de conséquences. Le cœur se soulève devant tant d’injustice, l’éthique journalistique prend un sacré coup.
Maintien de l’ordre, tour de vis sécuritaire, justice d’abattage, réquisitions du parquet, lourdes pour l’exemple ; caméras vidéo, protection algorithmique, drones en pagaille, hélicos en rase-motte sur la ville, état d’urgence, couvre-feux… Nous marchons sur la tête. Se lever pour la Vie deviendra-t-il un crime ? Où va nous mener cette réponse sécuritaire ? L’élection présidentielle approche et les enjeux sont vastes.
La question centrale n’est-elle pas pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Et surtout, l’urgence n’est-elle pas de rétablir l’équilibre social ?
Mais nous qui étions là, qu’avons-nous vu ?
Revenons à nos lapins, à la panthère rose lâchement attaquée, à Darkvador, à Spiderman, à Gandalf et aux dinosaures qui défilaient pacifiquement…
Après plusieurs jours de recherches infructueuses en amont pour arriver à connaître le lieu de rassemblement autorisé le 17 octobre, nous décidons de nous retrouver avec ma collègue Bérénice, à République. Deux trajets ont été finalement imposés par les autorités : République-Nation et République-Place de Clichy.
En chemin, nous apprenons que la station République a été fermée à 12h20 au public. Les 400 musiciens de l’Orchestre du Nouveau Monde, qui jouaient Avengers devant quelques centaines de personnes pacifiques sur la place, ont été aspergés de gaz lacrymogènes et contraints de partir.
Le seul lieu autorisé s’avère donc dangereux, voire inaccessible.
La question se pose :
Pour quelles raisons les policiers sont-ils intervenus à cet instant sur la Place de la République encerclée par les forces de l’ordre, plus d’une heure avant le départ de la manifestation alors que le calme régnait ?
Les autorités expliquent cette décision par une dispersion préventive face aux risques de débordements…
L’Orchestre du Nouveau Monde et de nombreux témoins décrivent unanimement une charge injustifiée. Sur ce seul rassemblement déclaré et autorisé, il n’y a eu aucune sommation. Les organisateurs avaient pourtant négocié, en amont, d’être prévenus de toute charge éventuelle, pour protéger les musiciens, les familles présentes et les instruments de valeurs : « Merci pour votre soutien. Mais que cette visibilité serve aussi à parler des violences qui circulent moins : celles contre les lycéen.nes, les personnes racisées et les jeunes des quartiers populaires et d’Outre-mer. Quand un orchestre est gazé, l’indignation paraît évidente. Pourquoi, pour d’autres, cherche-t-on aussitôt ce qu’ils auraient fait pour “le mériter” ? », déclare l’Orchestre du Nouveau Monde sur sa page Facebook
Résultat : la majorité des manifestant.es, par peur d’être nassé.es et gazé.es sur la place, se sont in fine retrouvé.es cantonné.es dans les rues alentours… a priori interdites.
Je descends à Strasbourg – Saint-Denis et décide d’aller à pied jusqu’à la Place de la République. Après avoir passé la fouille, la tension est palpable. Quelques personnes discutent au milieu des gaz lacrymogènes qui se dissipent.
Justine, étudiante diplômée HEC, a l’air très sage. Seul son foulard en soie semble la protéger des gaz, mais elle n’a pas peur : « Je ne partirai pas. Je resterai là sur cette place malgré la police, malgré les gaz. Il m’est difficile de trouver un poste en accord avec mes valeurs, ma mère s’est saignée pour m’offrir mes études, je me rends compte seulement depuis 4 ans que tout va mal. Fonctionnaire, ma mère a un cancer récidivant, elle ne peut plus suivre financièrement, ni se soigner correctement. Quant à parcoursup c’est incroyablement injuste comme système, nous devons tous avoir les mêmes chances, et je ne ferai pas d’enfant, car il n’aura aucun avenir… »
Anne la cinquantaine, juste à côté ajoute :« J’ai honte d’être dans ce monde. Écoutez la jeunesse ! Ne leur tirez pas dessus. »
Je ressors de la place grâce à ma carte de presse : certes, ici, liberté de circuler pour les journalistes… mais pas pour les autres citoyen.nes. La place est totalement nassée. Il n’y a aucune issue en cas de danger : « Ce sont les ordres, mais nous allons bientôt ouvrir le boulevard Magenta », répond un policier, peu de temps avant que la situation ne dégénère.
Bérénice me rejoint Boulevard de Strasbourg et nous partons en déambulation dans les rues adjacentes pour saisir ambiance et témoignages.
Il est environ 14 heures. L’avenue, clairsemée, se remplit petit à petit. Puis soudain, un flux, incessant, déferle tel un fleuve rempli de vie. Par milliers, la jeunesse arrive. Pancartes fièrement brandies, souriante, solidaire, elle proteste, danse et chante, déterminée à se réapproprier son avenir volé.
Dans le cortège, la colère est présente et les revendications dépassent largement la question des conditions d’étude.
Pour que l’Histoire ne se répète pas
Sur l’une des pancartes, on peut lire : « 17 octobre 1961 : Gloire aux martyrs ! » Commémoration des plus importantes aujourd’hui : le 17 octobre 1961, durant la guerre d’Algérie, la police française réprime de façon sanglante une manifestation pacifique d’Algériens organisée par le FLN contre le couvre-feu qui leur était imposé, faisant de très nombreuses victimes.
Une femme, âgée d’une trentaine d’années, témoigne : « La double nationalité risque de disparaître avec la montée du RN, commémorer tous les algériens morts lors du 17 octobre 1961 représente aujourd’hui, un double combat. Plus de 60 ans après, les choses n’ont pas changé, on tape toujours sur les gens qui manifestent pacifiquement. Je fais à la fois mon devoir de citoyenne française, celui d’accompagner mes concitoyens sur ces requêtes qui sont plus que fondées, et en même temps j’assure la mémoire de mes compatriotes algériens qui sont morts pour qu’aujourd’hui, nous ayons le droit de manifester librement. »
La colère vient de partout
Mais, si ces gens sont là aujourd’hui, c’est aussi pour manifester contre le coût de la vie, car le travail ne paye plus. « On vient manifester pour le prix de l’essence, j’ai l’impression de bosser pour aller bosser », clame un manifestant. Et il est loin d’être le seul : des étudiant.es et des travailleur.euses en galère, il y en a des tas. « Les étudiants crèvent la dalle ! »
Une étudiante de l’Université Paris-Saclay s’exprime : « L’Université Paris-Saclay, c’est la première fac de France, et pourtant on faisait les partiels sous 8 degrés avec des gants. Les rattrapages étaient décalés parce qu’ils faisaient 50 degrés dans les salles, on nous demandait d’être aussi forts que les autres en prépa’ alors qu’on a des conditions horribles. Obtenir des bourses est difficile. Il faut avoir les yeux en face des trous. »
Les étudiants de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA) sont là pour mettre le doigt sur leurs privilèges et le manque de diversité dans leurs écoles : « Notre chance, avoir eu le droit aux grands lycées parisiens. (…) On veut plus de mixité sociale, car on a que des enfants de bourges, que des fils ou des filles de vétérinaires. On veut avoir des fils ou des filles d’éleveurs, de tous les quartiers, de toutes les banlieues, des jeunes de la campagne qui puissent accéder aux métiers de vétérinaire. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, il y a encore trop de discriminations sociales. On veut que les choses changent ! »

La colère contre la dégradation des services publics ne s’arrête pas aux portes des établissements. Elle s’invite aussi dans les discussions en famille, même et surtout avec les plus jeunes.
Un père est venu manifester avec ses deux fils, âgés d’environ 10 ans. Pour eux, c’est une première. La maman, elle, travaille à l’hôpital. « On assiste à une vision marquée de sa fatigue, du sous-effectif, de l’incapacité à soigner les gens. Tout ça est ramené à la maison, on en discute. On est directement touchés par cette casse du service public. »
Mais aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de dénoncer. Ce père veut aussi transmettre : « C’est la première manifestation pour les petits : commencer à comprendre comment fonctionne le système politique, comment on finance l’école et pourquoi on est en colère. »
Une manifestante explique être là pour les droits des lycéen.nes, mais aussi pour ceux des femmes, des personnes homosexuelles, transgenres et issues de minorités. Pour elle, « c’est un devoir de se battre pour ça ».
Un autre manifestant dit militer pour les étudiants, les salaires et le pouvoir d’achat. Il ne prétend pas être le plus à plaindre, mais dénonce les inégalités dans un pays plus que riche qui pourrait ne laisser personne dans la précarité : « Moi, j’ai mon beau-père qui est PMR (Personne à mobilité réduite) […] sa rente est passée de 1 400 à 700 euros. C’est pas normal. »
Une autre manifestante, bardée d’une pancarte « la génération TikTok est passée du « pour toi » au « pour nous » », dénonce le « pinkwashing2 » : « aujourd’hui je considère que c’est un peu un leurre d’aborder un symbole d’octobre rose dans la mesure où aucune mesure concrète n’a été prise par le gouvernement ni par le Parlement. On ne s’attaque pas aux causes, on s’attaque juste à un symbole ».
Son amie, elle aussi vêtue d’un gilet jaune, étudiante à l’Université Paris Cité – Diderot reconnaît avoir de “bons budgets” dans leur université : « On a choisi la recherche et l’enseignement, mais on a très peur pour l’avenir. Investir dans la recherche, c’est se projeter dans le futur. Ne pas le faire maintenant va causer de gros problèmes. » Manifestant en solidarité aux lycées de banlieue et aux étudiants qui galèrent, la jeune femme décrie les inégalités scolaires et la précarité étudiante : « après ça s’élargit : on voit qu’il y a beaucoup plus d’impôts sous Macron, mais aucune amélioration des conditions de travail, de vie, etc, et donc on se demande où va l’argent ».
Sur le boulevard, en fanfare et tambour battant, continue de déferler la vie
Les gens observent, tous sont là en soutien : « Cette jeunesse nous remet du baume au cœur, merci à eux d’avoir ravivé la flamme, leur mal-être est légitime, leurs revendications sont saines et on leur tire dessus ! »
Armée d’un costume de fée, une manifestante d’une trentaine d’années est là pour redonner de l’espoir : « Rêver, c’est résister » peut-on lire sur sa pancarte. Elle aussi évoque ses privilèges et surtout, ne comprend pas que d’autres soient indifférents à la situation actuelle du pays : « Les personnes qui ne sont pas en colère en ce moment ne savent pas dans quel monde elles vivent. J’ai été cadre dans une grosse boîte, j’ai eu un job à ma sortie d’école, même si je sais que c’était déjà galère, il y a quelques années, moi j’ai de la chance : je suis blanche, je vis avec un homme, serai bientôt mariée. Je coche toutes les cases, mais je suis en colère. Comment ne pas l’être avec tout ce qui se passe, l’état des lycées, des hôpitaux, de la justice qui est totalement inexistante, le gouvernement qui nous chie à la gueule toute la journée, il n’y a rien qui va ! Du coup, on est là pour défendre les femmes, les enfants, la planète qui brûle. Ma pancarte veut dire, que rêver c’est espérer un avenir meilleur, et pour l’obtenir, il faut résister, ça nous donne de l’espoir. »
La Brav-M (brigade de répression de l’action violente motorisée) déboule. Elle s’arrête un long moment le long du trottoir. Les gens appuyés nonchalamment contre les arbres, les barrières, ou assis sur des bancs les ignorent… ils sont là et les 135 euros d’amendes pour tout rassemblement sur les lieux non autorisés n’impressionnent guère… La brigade motorisée finit par s’éloigner en direction de Châtelet.
Des retraités disent avoir assez participé aux efforts demandés par l’État, y avoir cru, ont voté Macron contre le RN. Ils ont le sentiment de s’être faits blouser : « L’extrême droite grimpe, tout est fait pour on dirait, nous ne voulons pas de guerre, ni d’effort de guerre, rendez l’argent… cet argent nous en avons besoin pour reconstruire tout ce que vous avez détruit, pour l’avenir de cette jeunesse qui est là, qui nous réchauffe le cœur et nous redonne courage. »
Une charge de police interrompt notre discussion. On court, on cherche à se protéger, on ne sait plus où aller. On se sert ensemble contre les murs, pris dans les gaz, en priant qu’on ne nous assène pas un coup de matraque au passage. Nous sommes nassés sur plusieurs kilomètres, et dans tout le quartier Répu’, les passants tournent en rond sans trouver d’issue. On entend des bruits de tirs, des explosions et au loin une grande fumée noire s’élève dans le ciel de Paris.
Des affrontements ont inévitablement lieu. Le boulevard Voltaire est jonché de débris de verre, quelques poubelles et vélos en feu servent de barricades pour retarder les charges, les grenades jonchent le sol, des banques et agences immobilières sont taguées, d’autres boutiques sont cassées, les slogans témoignent de la colère exprimée tout du long, explosive, consciente et politique, et pourtant si prévisible.
Casse, pillage, une violence à la hauteur de la détresse sociale… et de l’exploitation qui en est faite. Il ne s’agit pas ici de valider, mais bien d’appeler à la nuance, à la réflexion, factuelle, contextuelle ; faire la part « des choses ».
Sur le boulevard Voltaire, des commerçants, sous le choc, s’interpellent en regardant accablés leurs magasins saccagés, alors que certains étaient ouverts et laissaient rentrer les gens qui cherchaient à s’y réfugier…
« On dit d’un fleuve emportant tout, qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent ». Bertolt Brecht
Bérénice appelle, elle est à l’abri et rentre chez elle. Je m’assieds le long du canal Saint-Martin, épuisée.
À 200 mètre, le pont. Derrière, les barricades, les tirs, les chars, les canons à eau…
Et de l’autre côté, contraste surprenant, la vie suit son cours. À côté des lacrymos’, l’apéro’… Plus loin, des enfants jouent tranquillement avec leurs grands-parents dans un parc.
Benito, jeune étudiant chilien, assis juste à côté, se tourne vers moi : « La meilleure pancarte que j’ai vu me dit-il, c’est : “L’état nous pisse dessus et les médias nous disent que c’est la pluie”. Tu sais, ajoute-t-il, au Chili on dit : les enfants ne vous laisseront pas dormir, si vous ne les laissez pas rêver ».

Sasha Verlei et Bérénice Pognant
Un bilan dramatique tristement non exhaustif
Depuis le début du mouvement mi-septembre, le bilan officiel du ministère de l’Intérieur fait état d’au moins 248 manifestants blessés (dont 215 lycéens recensés plus tôt en octobre).
Lors de la seule journée de mobilisation générale du samedi 17 octobre 2026, plusieurs blessés très graves ont été signalés du côté des manifestants dans toute la France.
À Saint-Étienne, un jeune travailleur de 17 ans a eu la main arrachée par l’explosion d’une grenade policière. À Mulhouse et en Alsace, au moins deux personnes ont été grièvement blessées aux yeux, une jeune fille de 17 ans perdant définitivement l’usage de son œil gauche… liste non exhaustive…
À Paris, deux hommes sont malheureusement décédés « en marge des violences et des mouvements de foule » : Christophe M, 59 ans, est mort à 300 m de la Place de la République. Il manifestait contre la vie chère et l’injustice sociale, et n’avait, selon sa famille qui porte plainte pour violences volontaires, aucun problème de santé, ni maladie. Le 19 octobre, un homme de 48 ans est décédé rue Berger, dans le quartier des Halles.
Sur les réseaux tournent des appels à témoins
Ahmed, photographe, a frôlé la mort. Un photographe, au croisement République-rue Beaurepaire, secouru en premier lieu par des passants, puis un street medic, a eu l’artère fémorale tranchée vraisemblablement par l’éclat d’une grenade explosive. Avant d’être emmené de toute urgence à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière avec un pronostic vital engagé. Une plainte a été déposé le 22 octobre pour tentative de meurtre.3
Plusieurs enquêtes sur les causes des décès et blessures graves ont été ouvertes par les parquets et confiées à l’IGPN et l’IGGN.
Les Gilets jaunes ont appelé dans toute la France, samedi 24 octobre, à une manifestation contre la vie chère, soutenus par la CGT Paris. À suivre…
Face à l’échec des dernières négociations syndicales à Matignon, la CGT appelle à la grève générale le 5 novembre. « Notre rôle est aujourd’hui essentiel, mais ce n’est pas celui que Macron veut nous assigner : notre présence auprès des jeunes, notre capacité de mobilisation, la justesse de nos revendications, doivent être mises au service de la victoire du mouvement social en cours. C’est la seule voie pour barrer la route à une extrême droite à laquelle le pouvoir continue de dérouler le tapis », déclare la CGT Paris.
Le syndicat compte aller plus loin pour la mobilisation prévue avec l’intersyndicale le 5 novembre : « L’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais. La CGT avec l’intersyndicale appelle à la mobilisation la plus large possible le 5 novembre. Nous appelons (…) à des assemblées générales partout, sur tous les lieux de travail, pour généraliser la grève le 5 novembre et après », a expliqué à la presse Sophie Binet. Pour la CFDT, le rassemblement est le 5 novembre4.
Notes:
- voir Mediapart enquête sur les blessés du 17/10 – 23/10 édition du matin
- Le pinkwashing (parfois appelé rainbow-washing) désigne une stratégie de communication marketing ou politique utilisée par une entreprise, un parti ou un État pour se donner une image progressiste, inclusive et engagée, tout en masquant des pratiques contraires ou des intérêts sans rapport avec la cause.
- Source Libération et Mediapart.
- Source Public Sénat
























