Plusieurs associations familiales dénoncent des pistes d’économies contenues dans un rapport commandé par le gouvernement. Elles estiment que ces mesures fragiliseraient les familles, dans un contexte de recul durable de la natalité.


 

Les inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (Igas) ont proposé une série de mesures pour réaliser 4,2 milliards d’euros d’économies sur « les politiques familiales », dont « 2,5 milliards d’euros à court terme », dans un rapport daté de juin et repéré le 12 août par Les Echos. Ces propositions interviennent alors que la branche Famille de la Sécurité sociale a dégagé un excédent de 1,2 milliard d’euros en 2025, son cinquième exercice excédentaire consécutif.

« Le gouvernement a malheureusement des idées fantastiques pour faire les poches des familles alors que les naissances ont chuté de 24% depuis 2010 », ont réagi les Associations familiales catholiques (AFC).

Parmi les mesures les plus importantes, les deux inspections recommandent de remplacer la majoration de retraite de 10% accordée aux parents d’au moins trois enfants par un forfait de 125 euros, pour une économie de 1,1 milliard d’euros. « Cette mesure pénalise lourdement les familles nombreuses de la classe moyenne, qui ont sacrifié une partie de leur carrière et de leur pouvoir d’achat pour élever trois enfants ou plus », souligne Marie-Laure Gagey des Brosses, responsable famille des AFC.

Le rapport, consulté par l’AFP, préconise également la suppression de la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans l’enseignement secondaire et supérieur que touchent 2,4 millions de ménages. Une mesure qui générerait 450 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires. Les contribuables peuvent actuellement déduire de leurs impôts 61 euros par an pour un collégien, 153 euros pour un lycéen et 183 euros pour un étudiant.

« Survie du modèle social »

Le rapport recommande aussi de prendre en compte les revenus des parents dans le calcul des aides personnalisées au logement (APL) des étudiants, quand ils restent rattachés au foyer fiscal. La mesure réduirait les APL pour « 310.000 foyers (soit 44%), dont 200.000 (soit 29%) » en seraient totalement privés, selon le rapport. Autre sujet d’inquiétude, les allocations familiales. Les inspections suggèrent de réduire « de 20% les seuils d’accès aux deuxième et troisième tranches ». Pour les 591.000 ménages affectés, cette mesure se traduirait par une perte mensuelle moyenne de 75 euros, relève le rapport.

La fédération nationale Familles de France estime que ces mesures toucheraient particulièrement les familles nombreuses et les classes moyennes. « Un revenu de 2.500 ou 3.000 euros par mois ne représente pas le même niveau de vie selon que l’on a un, deux, trois ou quatre enfants à charge », relève Mireille Lachaud, responsable du pôle politique familiale à Familles de France.

Au-delà des mesures, les organisations familiales contestent la philosophie générale de cette « revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales ». Elles accusent ses auteurs de privilégier une logique de « redistribution verticale », des plus aisés vers les plus modestes, au détriment de la « redistribution horizontale », destinée à compenser le coût des enfants pour l’ensemble des familles.

« Réduire les politiques familiales à un filet de sécurité sociale réservé aux plus pauvres, c’est transformer une politique universelle en politique caritative », a déploré Familles de France. « La politique familiale a vocation à accompagner toutes les familles, et non uniquement les plus pauvres. Élever un enfant représente une charge et un investissement collectif pour les retraites de demain, pour la vitalité du pays que la société doit reconnaître quel que soit le niveau de vie des parents », souligne Mme Lachaud. « La famille est indispensable à la survie du modèle social français, qui repose sur l’équilibre démographique. Moins d’enfants aujourd’hui, c’est moins de pensions de retraite et de remboursements de santé demain », souligne Mme Gagey.

Alors que le gouvernement planche sur les projets de loi de finances (PLF) et de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), les AFC disent espérer que « les arbitrages se feront en tenant compte de la nécessité de soutenir efficacement les familles dans le contexte démographique français ».