E3C : un nouveau sigle qui signifie « Epreuves communes de contrôle continu », auquel il va falloir se faire… Le problème, c’est que beaucoup parmi les professeurs et élèves ne veulent pas s’ y faire justement. Et vous savez quoi ? Il se pourrait bien qu’ils aient leurs raisons, expliquées, criées un peu partout en France depuis le 20 janvier, date du début des épreuves, et depuis les lundi 3 et mardi 4 février dans les Bouches du Rhône, toujours sans approbation des enseignants. Illustration avec l’opération blocage du Lycée Jean Lurçat à Martigues (13)

« On est là, on est là, même si Blanquer ne veut pas, nous on est là, pour un Bac égalitaire et des réformes solidaires » : « l’hymne » des Gilets jaunes, quelque peu adapté aux circonstances, a inspiré les « profs » et les lycéens lundi matin. Les enseignant-e-s du lycée -auxquels s’étaient joints des professeurs de l’autre lycée public de la ville et des écoles élémentaires- étaient même vêtus de combinaisons  blanches transparentes pour mieux dénoncer le « Macronavirus ». Et l’annonce du report des épreuves par un des enseignants syndiqués à la FSU, organisatrice du rassemblement devant les grilles de l’établissement avec la CGT, Solidaires, FO et les Gilets jaunes, a été accueille par une salve d’applaudissements et de cris de joie. Le tout après un sit-in bon enfant où les  signes de tension n’étaient pas du côté des lycéens ou des enseignants…

Depuis des semaines, les syndicats de l’Education nationale dénoncent l’impréparation (version minimale) ou la logique régressive (version plus ambitieuse de la critique) de ces épreuves. Destinées à compter pour 30% de la note, les E 3C s’inscrivent dans le cadre de la réforme du Bac et du lycée. Seul-e-s les élèves actuellement en Terminale échapperont à ce  Bac nouvelle mouture. 

Si la réforme du lycée a été présentée par le Ministre Jean-Michel Blanquer comme la promesse de nouvelles perspectives d’autonomie pour les élèves, on n’est pas obligé de le croire sur paroles, pas plus que les dires de ceux qui veulent « sauver notre système de retraites » en organisant sa mort programmée. Depuis plusieurs semaines, des enseignant-e-s dénoncent les conditions dans lesquelles ces épreuves sont organisées.  » Dans l’improvisation la plus totale » pour Philippe Sénégas, professeur d’histoire-géographie au Lycée Jean Lurçat. (cette série d’ épreuves, passées jusqu’en mars en classe de Première concerne l’histoire-géo, les maths et les langues vivantes). « Des sujets proposés qui n’ont pas été choisis par les profs du lycée, des élèves non préparés : voilà dans quelles conditions on nous demande de faire passer ces épreuves, ce n’est pas sérieux » résume-t-il. A terme, les enseignants redoutent la fin du caractère national du Bac. Et le Snes-FSU réclame le retour à des épreuves organisées en fin d’année.

 

Une « impréparation » savamment entretenue

Plusieurs critiques ont accueilli ce nouvel épisode de « réforme » qui vient,  une fois de plus,  mettre sous tension l’Education nationale, qui n’a pas besoin de ça. Comme toujours avec ce gouvernement, les mots n’ont pas le même sens pour les ministres et le commun des citoyens. En effet, ces épreuves sont tout sauf « communes », hormis le fait qu’elles sont censées être passées par tous les lycéens de Première (2 contrôles continus) et de Terminale (1 contrôle). C’est au contraire très individuel, chaque académie ayant des dates différentes et chaque lycée organisant ses propres épreuves. Il a même été demandé aux enseignants  d’assurer la dimension administrative comme les convocations ou la numérisation des copies ! Un travail supplémentaire pour eux, mais surtout on s’interroge sur l’aspect très formel de l’examen, qui ressemble davantage à un « devoir sur table » banal… si ce n’est la polémique qui s’est installée. Certains (beaucoup !) d’enseignants ayant refusé de fournir des sujets, ce sont les inspecteurs qui s’en sont chargé : « il est allé voir deux, trois trucs sur « Pronote » (le logiciel mis en place dans les établissements scolaires pour un suivi pédagogique) et il a fait un sujet d’examen comme ça, sans savoir où on en était du programme ni rien… » soupire une élève de Première. Avec ses copines, elle livre plusieurs anecdotes : « dans un lycée, ce sont les personnels de la cantine qui ont fait la surveillance ! » poursuit-elle. « Moi , si c’est comme ça, je sors mon téléphone et je pompe » rigole sa camarade. Mais si l’ambiance est bon enfant, on sent quand même une inquiétude chez ces futurs candidats au Bac. Faut-il boycotter les épreuves, au risque d’avoir un zéro ? Car la coercition est grande sur eux et leurs parents, qui ont pour la plupart reçus un SMS menaçant. Et certains élèves qui sont rentrés dans l’établissement ont dit qu’on avait essayé de leur tirer des informations… on se demande bien pourquoi, il n’y avait qu’à se mettre sur le parking pour avoir des réponses. Mais la pression et les menaces font désormais partie du quotidien de beaucoup d’habitants du pays qui osent s’opposer à Macron et son autoritarisme. Au delà de ce qui semble être une réforme faite « à la va vite », on se demande si cette précipitation ne sert pas au contraire les intérêts d’un ministre qui aimerait bien faire porter l’échec de l’organisation des épreuves aux professeurs et attiser si possible la colère des parents contre eux. Au Lycée Jean  Lurçat, ce lundi, c’était plutôt raté de ce côté là, les lycéens étant en grande partie opposés aux E3C.

 

Vers la fin du Bac national ? 

« Ce Bac Blanquer remet en cause l’égalité que nous voulons avec notre Bac national » souligne le syndicaliste,  » ce sont en fait des Bacs locaux qui dépendront de la réputation des établissements, ceux des  lycées Thiers ou Saint-Exupéry à Marseille par exemple, n’auront pas la même valeur, nous refusons de sacrifier nos élèves pour des raisons d’économies ». En guise d’épreuves « communes », on peut donc mieux faire selon les enseignant-e-s, qui sont désormais rompus au sens de l’antiphrase de leur ministre de tutelle, l’homme de « l’école de la confiance ». L’épreuve prévue à 16h a néanmoins pu se dérouler dans des conditions « normales ». 

Ce même lundi, les lycées Antonin Artaud, Montgrand, Victor Hugo et Saint-Exupéry à Marseille, Cézanne et Zola à Aix-en-Provence, Jean Monnet à Vitrolles, Fourcade à Gardanne, Louis Lumière à La Ciotat, Aubanel à Avignon (84) étaient également dans le mouvement. Le lendemain, le Lycée Paul Langevin, à Martigues, comme d’autres dans le département (notamment trois établissements marseillais)  a connu une action de blocage du même type. Là aussi, les épreuves du matin ont du être annulées.

Pour convaincre, il faudra  d’autres d’armes au gouvernement que celle de la garde à vue de quatre lycéens de Paris la semaine dernière. Et autre chose que les menaces de « zéro » adressées par des chefs d’établissement sous pression.

Morgan G. et N.P.

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JF-Arnichand Aka Morgan
"Journaliste durant 25 ans dans la Presse Quotidienne Régionale et sociologue de formation. Se pose tous les matins la question "Où va-t-on ?". S'intéresse particulièrement aux questions sociales, culturelles, au travail et à l'éducation. A part ça, amateur de musiques, de cinéma, de football (personne n'est parfait)...et toujours émerveillé par la lumière méditerranéenne"