Le secteur de la culture s’est largement mobilisé ces derniers jours, dans la diversité de ses modes d’action et de ses acteurs et actrices.  Et l’impatience ne se cache plus, à Montpellier, Martigues ou Marseille…


 

Gilles Bouckaert, directeur du Théâtre des Salins à Martigues, n’a pas de ligne directe avec la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot  : « La question que l’on me pose tout le temps depuis un an, c’est : « est-ce que vous avez des perspectives ? », parce que forcément, en tant que directeur de la scène nationale on pense que la ministre m’appelle régulièrement pour me tenir au courant, je vous rassure : rien ! ». Gilles Bouckaert qui, comme ses confrères et consœurs, avait reprogrammé cette saison des spectacles prévus la saison dernière en est réduit à une certaine forme d’ironie.

Pas de nouvelles donc, pas plus que les autres structures culturelles du pays, toujours dans l’attente d’une réouverture que l’on avait annoncée un temps possible pour le mois de décembre 2020…puis pour mars 2021. Or, cela n’aura échappé à personne, en mars 2021, nous y sommes.

« Le printemps est inexorable » mais…

« Le printemps est inexorable » : la phrase du célèbre poète chilien Pablo Neruda ornant la banderole accrochée sur la façade du théâtre avait beau l’annoncer… rien ne vient. Comme quoi, il ne suffit pas à une ministre d’emprunter une formule à un auteur. « On est conscients qu’il y a une épidémie, on a rouvert un mois cette année en octobre (…) et depuis le mois de janvier, nous n’avons plus aucune nouvelle du ministère de la Culture », précise le directeur des Salins. Certes, la phrase de Neruda « est une très belle phrase, à la fois politique et poétique, et la politique est importante dans un théâtre parce que c’est un lieu d’expression et qu’aujourd’hui, tous les lieux d’expression sont fermés. On ne va pas accuser le gouvernement de nous museler, on n’en est pas là, mais on a besoin de redonner la parole aux artistes. Dans un théâtre, on est plutôt une équipe d’organisation : notre métier, c’est de faire le lien entre le public, la population de manière générale, parce que j’englobe aussi les gens qui ne viennent pas au théâtre et les artistes qui souffrent depuis un an, pour certains dans une précarité importante. Évidemment, on a essayé de les soutenir mais ce qu’on demande ce n’est pas forcément de l’argent. On demande juste de pouvoir faire notre métier »

Lors de la brève parenthèse de l’automne dernier, le Théâtre des Salins avait pourtant appliqué le fameux protocole sanitaire à la lettre : jauge réduite avec occupation d’un fauteuil sur deux, spectatrices et spectateurs masqués.

 

« Élan citoyen »

En ce samedi 20 mars, alors que cette initiative réunissait 200 personnes, venues de Martigues et des villes voisines de Port-de-Bouc et de Saint-Mitre-les-Remparts, d’autres rassemblements se tenaient à Istres, devant le Théâtre de l’Olivier et à Port-Saint-Louis. Non pour réclamer un quelconque privilège mais parce qu’il s’agit de bien plus que d’assister à un spectacle, bien calé dans un fauteuil de velours rouge. Ce message, des élus locaux comme le maire de Martigues, Gaby Charroux, et le député de la circonscription, Pierre Dharréville, sont aussi venus le porter. « Parce qu’elle interroge, parce qu’elle éclaire, parce qu’elle alimente le débat et la confrontation d’idées, la culture est pour nous vitale, essentielle pour rependre un mot à la mode », souligne le premier, « une colère légitime s’exprime : celle du monde de la culture mais pas seulement, c’est une colère citoyenne partagée par des femmes et des hommes qui sont conscients du fait qu’enfermer l’expression artistique et culturelle est une atteinte à notre dignité (…) Les gestes barrières deviendraient-ils inefficaces dans un théâtre ou une salle de cinéma ? L’absurdité de ces situations saute aux yeux. Dans un contexte où les initiatives pour défendre la culture fleurissent partout en France, il est pour le moins inquiétant de voir le peu de considération qui est accordé à cet élan citoyen dans les hautes sphères gouvernementales ».

À Montpellier, ce même samedi, de jeunes artistes participant à une table ronde organisée à l’appel du Syndeac et animée par altermidi1 réclamaient non pas seulement la réouverture des lieux de spectacles en intérieur mais aussi celle de la rue, de l’espace public, estimant que « c’est un choix politique que de fermer la rue »

À la faveur de la manifestation contre la loi « sécurité globale » organisée à Marseille, la rue était investie aussi par des « intermittents du spectacle », regroupés derrière une banderole portant l’inscription « Le ZEF, Merlan occupé »2. Le Théâtre du Merlan est actuellement occupé, comme le Théâtre de la Criée sur le Vieux-Port, le Chêne Noir à Avignon et tant d’autres. Et les intermittents sont venus rappeler que l’enjeu de la période n’est pas seulement la réouverture des théâtres, mais aussi le retrait de la réforme de l’assurance chômage qui concerne tout le monde et la relance de l’enseignement artistique. En somme, l’avenir des êtres qui font aussi vivre la culture.

La seule réouverture ne règlera pas tout, mais le secteur exprime partout son besoin de respirer. Ce que la directrice du Sémaphore, Laurence Cabrol a exprimé en ces termes : « On est prêts à jouer dehors, dedans, en passant par la porte ou par la fenêtre ».

                                                                                                        J-F Arnichand

 

Printemps inexorable au CDN de Montpellier. Tables rondes organisées par le Syndeac et animées par altermidi

 

 

Notes:

  1. Le débat réunissait le président du Syndeac, un auteur co-directeur du CDN de Montpellier, Agnès Robin, adjointe à la Culture et universitaire, des enseignantes-chercheuses
  2. Le Zef, scène nationale de Marseille est issu de la fusion entre le Théâtre du Merlan, situé dans le 14e arrondissement et La Gare Franche, située dans le 15e arrondissement
JF-Arnichand Aka Morgan
"Journaliste durant 25 ans dans la Presse Quotidienne Régionale et sociologue de formation. Se pose tous les matins la question "Où va-t-on ?". S'intéresse particulièrement aux questions sociales, culturelles, au travail et à l'éducation. A part ça, amateur de musiques, de cinéma, de football (personne n'est parfait)...et toujours émerveillé par la lumière méditerranéenne"