Du 15 au 24 mai, la Comédie du Livre – 10 jours en mai, investit la ville pour une 41e édition qui confirme la place singulière du festival dans le paysage littéraire français. Entre grandes rencontres, débats, croisements avec le cinéma, la musique ou encore le journalisme, le rendez-vous montpelliérain poursuit son ambition : faire dialoguer la littérature avec le monde contemporain.
Pendant une semaine, les « grandes rencontres » se déploieront dans différents lieux culturels de la ville, avant que le Peyrou n’accueille, les 22, 23 et 24 mai, le grand salon du livre réunissant quinze librairies indépendantes et près de soixante-dix maisons d’édition d’Occitanie.
La ville ouverte aux auteur.e.s
La soirée d’ouverture, le 15 mai à 19h à l’Opéra Comédie, donne le ton avec la venue d’une voix de la littérature ukrainienne, Sofia Andrukhovych. Restée à Kiev, l’autrice viendra présenter Amadoca, vaste roman traversant l’histoire de l’Ukraine au XXe siècle.
Le festival accueille à nouveau Léonor de Récondo, accompagnée du pianiste David Kadouch, le 17 mai à 17h à l’Opéra Comédie. Le duo proposera une lecture-concert consacrée à l’escapade de George Sand et Frédéric Chopin sur l’île de Majorque. L’historien Patrick Boucheron viendra présenter La Peste noire lors d’un entretien au Centre Rabelais le 18 mai à 19h. Le lendemain, dans un autre registre, l’écrivain turc Ahmet Altan, militant pour la démocratie et contre l’autoritarisme qui a connu la prison et l’autodafé public de ses livres, participera à une rencontre à l’Opéra Comédie à 20h.
Le festival invite également Gisèle Pelicot, devenue une figure majeure de la lutte contre les violences sexuelles après le procès de Mazan. Aux côtés de Judith Perrignon, elle présentera Et la joie de vivre le 20 mai à 18h30 au Centre Rabelais ; une rencontre déjà très attendue, organisée sur réservation. L’écrivain Guillaume Aubin, actuellement en résidence littéraire à Lattara, n’est pas resté cloîtré dans l’enceinte du Musée archéologique Henri-Prades de Lattes. Il présente un projet autour de la colère à partir d’ateliers d’écriture menés avec six anciens détenus, le 22 mai à 14h à l’Hôtel d’Aurès.
Des rencontres littéraires au miroir de la société
À la Comédie du Livre, les rencontres littéraires dépassent souvent le simple échange autour des livres pour interroger les grands enjeux de société, croisant regards d’auteurs, débats d’idées et récits du monde contemporain.
Dans le cadre des rencontres qu’il propose en langue originale, le festival réunit cette année deux figures majeures de la littérature hispanophone : le Cubain Leonardo Padura et l’Espagnol Javier Cercas. Le 22 mai à 18h à l’espace Albertine Sarrazin, les deux écrivains échangeront autour de leurs derniers ouvrages : Le Fou de Dieu au bout du monde et Aller à La Havane.
Autre figure attendue : Salomé Saqué. L’autrice de Sois jeune et tais-toi et Résister, devenue l’une des voix féministes les plus suivies sur les réseaux sociaux, bénéficiera d’une carte blanche. Rare en festival en raison des menaces de mort dont elle fait l’objet, elle participera notamment à une rencontre le 22 mai à 19h au Centre Rabelais au côté de l’autrice de la bande dessinée Mythes & Meufs, Blanche Sabbah.
Né du boycott du festival d’Angoulême, le Collectif GirlxCott organisera quatre tables rondes consacrées aux enjeux politiques et culturels de la bande dessinée contemporaine, ainsi qu’une rencontre avec l’autrice coréenne Yudori le 23 mai à 11h30. Ce même jour, à 15h à l’espace Jean Debernard, le grand traducteur — notamment de l’intégralité de l’œuvre de Dostoïevski — André Markowicz dialoguera avec l’écrivain russe exilé Mikhaïl Chichkine autour d’une question brûlante : Que reste-t-il de la culture russe face au totalitarisme ? La clôture du festival prendra elle aussi une dimension géopolitique avec un échange entre Elias Sanbar et Elie Barnavi, ambassadeurs palestinien et israélien le 24 mai à 18h30.
Cette 41e édition met aussi à l’honneur deux maisons indépendantes : les éditions Christian Bourgois, qui célèbrent leurs 60 ans, et la maison d’édition québécoise La Peuplade, invitée pour ses 20 ans. Une importante délégation d’auteur·ices accompagnera ces anniversaires.
Le festival confirme son attention portée à la science-fiction et à la fantasy avec la troisième saison montpelliéraine du Grand Prix de l’Imaginaire, le palmarès sera dévoilé le 18 mai avant une remise des prix prévue le 23 mai à 18h à l’Espace Jean Debernard.

La littérature en dialogue
À travers ses partenariats avec la presse, l’université ou encore le cinéma, la Comédie du Livre tisse des passerelles entre les disciplines et ouvre la littérature à de nouveaux espaces de réflexion, d’analyse et de création.
Avec l’Université Paul-Valéry, le cycle Plumes de presse investira le site Saint-Charles pour explorer les liens entre littérature et journalisme. Le 20 mai, plusieurs rencontres interrogeront les passerelles entre polar et investigation. Le 21 mai sera consacré à la bande dessinée de non-fiction et aux formes de l’enquête en BD, dans le cadre des 40 ans des Éditions Delcourt. Enfin, le 22 mai sera consacrée à la non-fiction contemporaine. À 11h30, en partenariat avec le Club de la Presse Occitanie, Guillaume Pinson reviendra sur la disparition des journaux. À 14h, Julie Brafman présentera Yann dans la nuit, son enquête consacrée au dernier compagnon de Marguerite Duras.
Parallèlement, le cinéma Diagonal proposera au Centre Rabelais le cycle « D’un regard l’autre », consacré aux dialogues entre littérature et cinéma. Le 16 mai à 19h sera projeté Would You Have Sex With an Arab ? de Yolande Zauberman, qui sera présente aux côtés de Selim Nassib, auteur de la bande dessinée Le Génie de Beyrouth. Le 17 mai à 20h, place à La Vie devant elle de Manon Loizeau. Le 21 mai à 20h30, le journaliste Fabrice Arfi accompagnera la projection de Personne n’y comprend rien de Yannick Kergoat, consacré à l’affaire Kadhafi. Enfin, le cycle se clôturera le 24 mai à 11h avec Carré 35 de Éric Caravaca.
Côté arts visuels, Marion Fayolle signe l’affiche du festival. Une exposition lui sera consacrée à l’espace Dominique Bagouet du 22 mai au 6 septembre, autour de son thème de prédilection : l’amour.
Le festival investira le Musée Fabre à l’occasion de la Nuit des musées le 23 mai, avec une déambulation littéraire nocturne réunissant six auteur·ices invité·es à écrire à partir d’œuvres des collections.
Impossible de résumer une programmation qui rassemble 274 auteur·ices. Parmi les noms attendus on peut encore citer : Jakuta Alikavazovic, Prix Médicis Essai 2021 pour Comme un ciel en nous ; Natacha Appanah, prix Femina, prix Goncourt des lycéens et Renaudot des lycéens en 2025 pour son livre La nuit au cœur ; Wendy Delorme dont l’ouvrage Le parlement de l’eau a été récompensé en novembre 2025 par la première édition du prix Gouincourt destiné à visibiliser la littérature lesbienne. Lauren Groff autrice engagée, qui explore à travers son triptyque commencé avec Matrix (2023), suivi par Les Terres indomptées les liens entre religion, pouvoir et oppression des femmes. Installée en Floride, elle milite aussi pour la liberté d’expression en ouvrant la librairie The Lynx, dédiée aux livres censurés aux États‑Unis. L’écrivain ukrainien Andreï Kourkov, et son regard acéré et ironique sur la vie dans les sociétés post-soviétiques revient avec son dernier ouvrage Notre guerre quotidienne, un témoignage brut et nécessaire, ainsi que le lauréat du prix Goncourt 2025, Laurent Mauvignier, pour La Maison vide.
Cette édition fait également entendre la voix des poètes, invités à faire résonner la littérature dans sa forme la plus sensible et vivante. En partenariat avec la Maison de la Poésie, James Sacré, qui a reçu le prix Goncourt 2025, sera présent le 19 mai à 18h à la Maison des Chœurs. À suivre également de près, les poètes Jón Kalman Stefánsson (Islande) pour son roman Corps célestes à la lisière du monde, Laura Vazquez pour Les forces, et Ryoko Sekiguchi pour Nagori, qui s’attarde sur l’empreinte fugitive des goûts et des saveurs.
Une programmation foisonnante qui confirme la Comédie du Livre comme un festival en prise avec son époque, articulant littérature, débats de société et formes artistiques contemporaines.
Sapho Dinh
Photo. Joëlle Wintrebert, présidente du Grand Prix de l’Imaginaire, et Régis Penalva, Directeur littéraire de la Comédie du Livre
En pratique :
- Opéra Comédie : Place de la Comédie, 11 boulevard Victor Hugo, Montpellier.
- Centre Rabelais : 27 boulevard Sarrail, Montpellier.
- Hôtel d’Aurès : 14 rue Eugène Lisbonne, Montpellier.
- Espace Albertine Sarrazin et Espace Jean Debernard : sur l’Esplanade/Promenade royale du Peyrou, Montpellier.
- Site Saint-Charles : rue du Professeur-Henri-Serre, Montpellier.
- Espace Dominique Bagouet : esplanade Charles-de-Gaulle (ou esplanade de la Comédie), Montpellier.
- Musée Fabre : 39 boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier.
- Maison des Chœurs : Place Albert 1er, Montpellier.







