Depuis vendredi 5 septembre et tout le weekend, l’armée israélienne bombarde et fait tomber les dernières tours de Gaza dans son projet d’intensification des attaques sur la ville, sans laisser le temps aux gens d’évacuer les tours avant les frappes. Et de toutes façons pour aller où ?
Dans le direct du journal Le Monde on pouvait lire « Dimanche, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyaou, a annoncé une extension des opérations militaires dans et autour de Gaza, dont l’objectif déclaré est de prendre le contrôle de la ville. Il a affirmé qu’environ 100 000 habitants avaient déjà quitté la ville, la plus grande du territoire palestinien. »
Abu Amir a envoyé un texte le 6 Septembre où l’on peut lire la continuité des effets dévastateurs de cette opération militaire :
« Hier et aujourd’hui, Gaza est devenue une plaie ouverte, s’éveillant au bruit des obus et tentant — si possible — de s’endormir sur les cris des endeuillés. La situation sécuritaire dans la bande est sortie de l’ordinaire, au point qu’il n’y a plus de place pour la sécurité, ni même l’ombre d’une quiétude. La ville, dans toute son étendue, s’est transformée en un vaste champ de bataille, après que l’armée israélienne a déclaré la ville de Gaza zone d’opérations militaires dangereuse, appelant ses habitants à l’évacuer immédiatement.
Cette déclaration n’était pas de simples paroles passagères, mais le début d’une vague de terreur qui s’est abattue sur les têtes des innocents. Elle s’est accompagnée du ciblage de maisons habitées et de la frappe d’une tour résidentielle en plein centre-ville. Les cartes publiées à l’avance ressemblaient à des décrets annonçant des fins collectives, puisqu’il y était clairement indiqué que les immeubles résidentiels de Gaza seraient détruits les uns après les autres. Face à cette réalité, il ne restait plus aux habitants de Gaza que l’exode, quittant une ville qui ne ressemblait plus à une ville, mais à des ruines fumantes.
Gaza, autrefois animée par la vie de ses rues et de ses marchés, s’est enfoncée dans un chaos généralisé. Des milliers de familles, emportées par la peur avant même d’avoir pris leurs affaires, se sont dirigées vers le centre et le sud de la bande, cherchant un lieu sûr, un coin pour échapper à la mort. Mais ni le centre ni le sud n’ont pu contenir cette vague massive de déplacements. Les maisons étaient pleines à craquer, les écoles et les mosquées débordaient de réfugiés. Les routes se sont retrouvées encombrées de camions stationnés sur les bas-côtés, tandis que des milliers de déplacés dormaient à même le sol, sous le ciel, ou sur la plage, comme nus face à un destin impitoyable.
La scène est difficile à décrire. Hommes, femmes et enfants à découvert, visages jaunis par la peur, corps épuisés incapables de continuer à marcher. Certains tiraient une petite valise, tout ce qui leur restait d’une vie de plusieurs décennies. D’autres portaient un enfant, sans savoir vers où le conduire. Quant à ceux restés dans la ville de Gaza, ils étaient comme enfermés dans une pièce en flammes. Beaucoup n’avaient pas l’argent nécessaire pour se déplacer vers le sud ; ils restaient figés dans les rues, pleurant en silence ou criant de désespoir. Les larmes n’étaient plus l’apanage des femmes et des enfants : même les hommes hurlaient, impuissants, n’ayant plus aucun contrôle sur leur destin.
En quelques instants, la ville est devenue un miroir de la tragédie : des tours qui s’effondrent sur leurs habitants, des rues bondées de déplacés, des appels au secours déchirant le ciel. Quand la nuit tombe, le spectacle devient encore plus cruel : l’obscurité recouvre des visages qui ont tout perdu, sauf leur résistance. Certains allument une bougie dans un coin abandonné, d’autres se blottissent sur le sable au bord de la mer, cherchant une chaleur introuvable, une sécurité différée.
Les enfants — ceux qui paient le prix le plus fort — fixent leurs parents, les interrogeant du regard : Où allons-nous ? Que va-t-il se passer ensuite ? Les pères n’ont d’autre réponse que le silence, ou une larme cachée dans l’obscurité. Quant aux vieillards qui ont déjà survécu à plusieurs guerres, ils s’assoient au bord des routes, la tête entre les mains, incapables de comprendre que la catastrophe d’aujourd’hui dépasse tout ce qu’ils ont vécu.
Au fil des heures de l’exode, la confusion s’est intensifiée. Camions surchargés d’êtres humains, voitures bloquées dans des routes saturées, mères portant leurs enfants et marchant sur de longues distances. Chacune de ces scènes résume à elle seule une histoire entière d’un peuple luttant pour sa survie.
Mais le plus amer est que beaucoup ne savaient pas où aller. Même ceux arrivés au sud ou au centre se retrouvaient sans abri, dormant à même le sol, sous le ciel. Certains s’installaient sur le sable au bord de la mer, d’autres sur les routes, sans aucun signe de répit. Les pleurs emplissaient l’air, mêlés aux cris d’hommes appelant leurs familles ou maudissant l’impuissance et l’abandon.
C’est un moment historique douloureux, un moment où la solidité de l’être humain est mise à l’épreuve face à une épreuve insupportable. À Gaza, la vie elle-même est devenue un combat. Un combat pour survivre, pour obtenir une gorgée d’eau, un abri provisoire, ou simplement un sentiment de sécurité, ne serait-ce que pour une heure.
Et au milieu de cette obscurité, une seule image reste gravée dans la mémoire de tous ceux qui la voient : des gens quittant leurs maisons sans se retourner, comme s’ils savaient que ce qu’ils laissaient derrière eux n’existerait plus à leur retour. Des visages marqués par la peur, des yeux fixés vers l’inconnu, et des voix résonnant à l’horizon : “Où fuir ?”
Gaza aujourd’hui n’est pas seulement une ville assiégée par les bombes, c’est une plaie ouverte au cœur du monde, pour chaque être humain qui connaît le sens de l’humanité. Elle est le témoignage d’une tragédie qui se répète, cette fois avec plus de cruauté, car elle a arraché aux gens même la capacité de supporter. Pourtant, sous les décombres, bat encore quelque chose qu’on appelle l’espoir : que les enfants survivent, que les exilés se rassemblent, que la vie reprenne un jour ».
Selfie
Quand j’ai compris que j’étais
devant un miroir, j’ai pleuré,
comme si j’étais la moitié du monde
et que l’autre moitié regardait.
Yahya Ashour est un poète palestinien originaire de Gaza né en 1998, auteur d’un recueil de poèmes et deux livres pour enfants. Auteur du livre numérique A Gaza of Siege & Genocide, il vit présentement en Californie.

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