Conçu à l’origine pour offrir aux enfants un espace de guérison, le Freedom theatre de Jénine, lieu de résistance par l’art, est déterminé à continuer à vivre après le raid israélien. Il rouvre ses portes le 31 décembre 2023.


 

Dans le camp de réfugiés de Jénine, bastion de la résistance contre l’occupation israélienne dans le nord de la Cisjordanie où sont réfugiés plus de 20 000 palestiniens, personne n’est à l’abri.

Depuis trop longtemps, la guerre et les raids israéliens, qui ont fait des centaines de morts cette année, la plupart des civils, d’après le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, font tristement partie du quotidien des résidents. Mais la situation s’est aggravée depuis le 7 octobre. Au moins 315 Palestiniens ont été tués par des soldats en Cisjordanie occupée, et dans certains cas par des colons israéliens, selon la même source.

« Depuis le 7 octobre, l’armée vient tous les soirs, rase au bulldozer les rues, les réseaux de distribution d’eau et d’électricité… tout ce qui lui tombe sous la main », témoigne au journal L’Orient-Le-Jour Ahmed Tobasi, né dans le camp, directeur artistique du théâtre Freedom créé en 2006 pour offrir un peu de paix aux enfants traumatisés par la guerre.

L’attaque israélienne de Jénine, qui a eu lieu du 12 au 14 décembre dernier, a tué 12 Palestiniens, près fait près de 150 blessés et plusieurs centaines de détenus. Le 11 décembre le centre culturel a été  investi et vandalisé par les soldats qui ont saccagé le lieu et arrêté avec d’autres palestiniens Ahmed Tobasi, Moustafa Sheta, directeur général du Freedom Theatre et Jamal Abou Joas, jeune formateur de comédiens. Ahmed Tobasi sera relâché 14 heures plus tard, Jamal Abou Joas aussi après une semaine de détention mais Moustafa Sheta est à ce jour toujours incarcéré.

Le théâtre Freedom de Jénine revendique être un lieu culturel de résistance pacifique à l’occupation, une alternative pour échapper à la dure réalité d’être enfermé sous contrôle permanent des israéliens. « L’armée ne nous traite pas comme une organisation artistique. Vous passez votre temps à concevoir des productions et divers projets. Et à la fin, il n’y a qu’invasions, destructions et martyrs. C’est épuisant de reconstruire sans arrêt », confie Ahmed Tobasi à l’Orient-Le-Jour.

Le lieu se heurte parfois au scepticisme d’une partie des résidents, conservateurs voire radicaux, qui voient d’un mauvais œil certains programmes jugés irrévérencieux ou offensants. Mais pour ses soutiens, le théâtre Freedom doit faire acte de résistance et vivre pour continuer de diffuser aux jeunes générations ce message social : « faire face aux difficultés de la vie quotidienne sous occupation tout en étant à l’avant-garde du mouvement de libération palestinien », et pour faire savoir au monde, par les pièces jouées sur les scènes internationales, la situation dans le camp et le douloureux vécu des résidents.

Suite au raid, l’appel du Freedom Theatre à la libération de ses employés a entraîné des manifestations et des campagnes de soutien d’acteurs et de metteurs en scène dans le monde entier.

Le théâtre de la Liberté à Jénine, en Cisjordanie occupée, déterminé à résister à toutes les formes de violence par l’art, se relève de l’attaque. Il rouvrira ses portes dimanche 31 décembre pour présenter son événement de fin d’année, un atelier pour de jeunes comédiens.