altermidi soutient la tribune collective publié le 16 mars dans Libération, jour du début de l’examen au Sénat de la proposition de loi sur la sécurité globale. Notre média s’est engagé localement avec le collectif Danger Loi Sécurité Globale Montpellier parce qu’il nous paraît important d’informer tous les citoyen.nes des conséquences de ce texte et du Schéma national du maintien de l’ordre sur nos droits fondamentaux, dont celui d’informer librement.


 

Parmi les signataires de cette tribune figurent des acteurs/trices et organisations régionaux dont notamment : Céline Cammarata, Club de la presse Occitanie ; Benoît Piédallu, La Quadrature du Net ; la Ligue des droits de l’homme, Antoine Maurice ; Europe Écologie les Verts ; la communauté d’agglomération Pau Béarn Pyrénées ; EELV Montpellier…

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées hier devant le Sénat et dans de nombreuses villes en France pour réclamer le retrait de la proposition de loi « Sécurité globale », qu’ils jugent liberticide. D’autres actions sont programmées cette semaine.

 

TRIBUNE

Alors que la crise de la Covid-19, marquée par une gestion erratique et largement répressive, annonce une crise économique durable qui va creuser encore plus les inégalités et les injustices ; alors que des millions de personnes subissent déjà les effets désastreux d’un dérèglement écologique qui affecte  leurs droits à l’alimentation, à l’eau, à la santé et à la vie ; alors que des soignant.es et des travailleurs/euses précaires dénoncent encore et toujours leurs conditions de travail ainsi que l’asphyxie des services publics : nos mobilisations sont essentielles. Pour défendre les droits économiques, sociaux, culturels, humains. Pour protéger les plus vulnérables, pour combattre les discriminations, pour exiger une politique climatique à la hauteur de la crise et pour rappeler que nos droits fondamentaux doivent passer avant les profits des entreprises.

Et pourtant, la majorité au pouvoir n’a d’autre réponse que d’occuper le débat politique avec une multiplication de projets sécuritaires et hautement liberticides, tandis que le gouvernement intensifie sans cesse la répression des mouvements sociaux. Les pouvoirs publics ont fait le choix d’un maintien de l’ordre brutal à l’encontre des manifestant.es contre la réforme des retraites et avant eux contre des milliers de personnes, descendues dans la rue pour demander plus de justice fiscale, pour dénoncer les régressions sociales ou culturelles ou pour appeler à un accueil digne des personnes exilées. Autant de méthodes et de techniques d’intimidations et de répression toujours plus agressives qui, jusqu’à présent, étaient “réservées” aux habitant.es des quartiers populaires, dans l’indifférence de l’opinion publique et des grands médias.

Observateurs/trices et journalistes qui informent sur ces contestations sont également frappés de plein fouet par les stratégies répressives. Certain.es ont été convoqué.es par les services de renseignement simplement pour avoir enquêté, d’autres mis en garde à vue pour avoir couvert une action militante, sans oublier les verbalisations à répétition et les citations à comparaître au tribunal de police avec des motifs niant leur qualité de journaliste. Chacun.e mesure la nécessité et l’urgence de garantir et protéger par la loi un contrôle citoyen des pratiques des forces de l’ordre, pour en finir avec l’impunité des comportements policiers illégitimes.

Dans un contexte de crises multiples, alors que le sang-froid démocratique devrait être de mise, les libertés : d’aller et venir, d’information, d’expression collective, de manifestation, d’association, pédagogiques, académiques sont étouffées. La fuite en avant liberticide de ces derniers mois, avec la concomitance mortifère du Schéma national du maintien de l’ordre, des décrets élargissant notamment le fichage politique, le projet de loi confortant les principes de la République et la proposition de loi relative à la sécurité globale, constitue un véritable assaut coordonné contre notre État de droit.

Cette dernière proposition de loi, adoptée en novembre dernier par l’Assemblée nationale et qui doit être débattue au Sénat en ce mois de mars, durcit profondément l’édifice sécuritaire forgé depuis plusieurs années. Elle transforme en délinquant.e potentiel.le toute personne, y compris les journalistes, qui filment les pratiques policières. Elle élargit de manière indiscriminée, “globale”, les pouvoirs de surveillance des forces de l’ordre, en généralisant l’usage des drones et des caméras-piétons. Elle renforce la privatisation de la sécurité, en accroissant les prérogatives des agences de sécurité privée et, par là, en faisant de la sécurité une prestation achetée par l’État et non plus un service à destination de la population. Elle augmente les pouvoirs des polices municipales, actant une militarisation du contrôle de la voie publique et un nouvel acte de répression contre les occupant.e.s de locaux vacants, outre les risques de politiques clientélistes et de rupture d’égalité selon les territoires.  Autant de dispositions qui ont amené la Défenseure des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), cinq rapporteurs spéciaux des Nations Unies ou encore la commissaire aux droits humains du Conseil de l’Europe, à tirer la sonnette d’alarme dès novembre et décembre 2020.

Contre une telle attaque des libertés fondamentales, une alliance inédite s’est construite entre des dizaines d’organisations de journalistes et de réalisateurs/trices, de défense des droits humains, des organisations syndicales, des collectifs de victimes de violences policières et des associations diverses. Dès novembre, dans des centaines de villes, les rassemblements se sont multipliés, malgré des répressions des forces de l’ordre particulièrement importantes.

Ces rassemblements se poursuivront du 13 au 20 mars et notamment le 16, au moment du lancement des débats au Sénat sur la proposition de loi « Sécurité globale ». Nous exhortons les parlementaires à refuser ce projet d’un État de surveillance et de répression et à voter résolument contre cette loi, et nous appelons toutes et tous à nous rejoindre dans la rue pour la défense de nos libertés communes.

 

Cette tribune est cosignée par les membres de la Coordination Stop Loi Sécurité Globale avec le soutien de nombreuses associations, syndicats, universitaires, acteurs culturels, élu.es et responsables politiques. Voir les premiers signataires.