C’est un procès hors norme qui s’ouvre aujourd’hui, à Paris, celui du Mediator, un antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts. Sur le banc des prévenus : les laboratoires Servier et l’Agence du médicament.

Comment le Mediator, un antidiabétique largement détourné comme coupe-faim et à l’origine de graves lésions cardiaques, a-t-il pu être prescrit pendant 33 ans malgré les alertes répétées sur sa dangerosité ? C’est la question principale qui animera les débats de ce procès pénal, qui s’ouvre lundi 23 septembre, au tribunal correctionnel de Paris.

Neuf ans après le retentissant scandale qui touche les laboratoires Servier, le procès du Mediator revêt une dimension exceptionnelle, tant par sa durée que par le nombre de victimes et parties civiles.

Sept mois de procès 

Les débats devraient durer sept mois – jusqu’avril 2020, une durée digne des plus longs procès de l’après-guerre en France. Cela s’explique par la complexité du dossier et par le nombre de personnes à entendre. Deux répétitions ont été organisées, les 25 juillet et 20 septembre, pour s’assurer que tous les aménagements fonctionnaient bien.

Au total, 2 684 victimes se sont portées partie civile, plus de cent témoins doivent défiler à la barre et 376 avocats participeront au débat. Vingt-trois prévenus, 11 personnes morales et 12 personnes physiques, doivent également
comparaître.

Des faits qui remontent aux années 1960

Au cours de l’audience, les magistrats s’intéresseront à des faits qui se sont déroulés sur une période de plus de quarante ans, de la synthèse du Benfluorex, substance chimique active du Mediator, en 1966, à la suspension de l’autorisation de mise sur le marché par la Commission européenne, en 2010.  En France, la commercialisation a duré 33 ans, entre 1976 et le 25 novembre 2009, date de sa suspension.

Entre 3 et 2000 victimes

Combien de morts ? Combien de victimes ? Cette question traversera l’ensemble du procès, au moins en filigrane.  Le décompte du nombre de morts varie de « peut-être » trois – un chiffre donné en 2011 par Jacques Servier, et encore « ces trois personnes étaient dans un très mauvais état, elles seraient mortes d’autre chose » selon lui – à 2 000 au maximum, selon des experts de l’Inserm.  Plusieurs études concluent à des estimations de plusieurs centaines de morts.

Le groupe Servier dit par ailleurs avoir proposé une indemnisation à 3 732 patients, officiellement reconnus comme victimes, pour un total de 164,4 millions d’euros, dont 131,8 millions avaient déjà été versés à la date du 30 août.

144 millions de boîtes

De 1976 à 2009, cinq millions de patients ont consommé du Mediator en France, avec une durée moyenne de traitement de 18 mois, selon les chiffres de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, rebaptisée en 2012
Agence de sécurité du médicament, ANSM).

Durant cette période, les laboratoires Servier ont écoulé environ 144 millions de boîtes de Mediator, pour un chiffre d’affaires de près de 500 millions d’euros sur la période allant de 1984 à 2010.

AFP

Voir aussi. Comment les laboratoires Serviers ont tenté l’étouffement.

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