Les femmes sont les lieux de projection par excellence des prédicateurs de tout poil qui les dépossèdent, non seulement de leur corps et de leur esprit, mais aussi de leur histoire et de leurs luttes. En lien avec le dossier sur l’histoire contemporaine qatarienne des années 2010 à 2013, René Naba revient dans cet article sur quelques-unes des Fatwas pathologiques qui ont émergé dans le monde arabe ces dernières années.


 

Désinformation et désorientation ont affligé le monde arabe post-nationaliste. L’aliénation mentale du monde arabe a d’ailleurs atteint un degré tel que l’on a vu le Maroc contraindre une post-adolescente violée à épouser son violeur, en guise de prime au bourreau dans une tragique métaphore du fait colonial et la Tunisie, sous la houlette du parti néo-qatariote d’An-Nahda, s’empresser de réclamer l’instauration du mariage de confort (Zawaj al Mith’a)1.

 

Légitimer le viol Place Tahrir au Caire

Un prédicateur égyptien légitime le harcèlement sexuel et le viol, Place Tahrir, haut lieu de la symbolique révolutionnaire du Caire, pour décourager toute contestation. Place Tahrir, la place de la libération, dénommée ainsi pour magnifier la libération de l’Égypte du joug du colonialisme britannique redevenue, du fait d’un prédicateur, la place du viol impuni.

Criminaliser les manifestations Place Tahrir ne relève pas du caprice d’un gâteux. D’abord le fait que la contestation ait éclaté place Tahrir et Midane Abdel Moneim Riad, qui lui est proche, a une portée hautement symbolique en ce que Midane Al Tahrir est le haut lieu de la lutte contre le colonialisme britannique et Midane Abdel Moneim Riad, a été baptisé du nom du commandant en chef adjoint de Nasser, maître d’œuvre du plan de reconquête du Sinaï, ayant abouti à la destruction de la ligne Bar Lev. Deux symboles honnis par les Frères Musulmans.

Place Tahrir est surtout le haut lieu de la contestation populaire égyptienne (manifestation des ouvriers du textile en 1994, et contre l’invasion américaine de l’Irak, en 2003). À la jonction des principaux axes routiers du Caire, Midane Al Tahrir (place de la Libération) est en fait un énorme rond-point autour duquel se trouvent des bâtiments tels que la mosquée Omar Makram, l’immeuble Mogamm’a (complexe administratif), le siège de la Ligue arabe, l’Université américaine du Caire et l’ancien siège du parti de Moubarak.

 

Allaitement de l’adulte « Ird’ah al Kabir »

L’allaitement de l’adulte a refait surface dans une tentative jurisprudentielle de s’adapter à la modernité par des méthodes islamiques via un subterfuge permettant à la femme par le miracle du lait de l’empêcher de tromper son mari avec un collègue de travail.

Ainsi une Fatwa du docteur Izzat Attiyah, de la prestigieuse université Al-Azhar, en date 10 décembre 2008, recommande aux femmes musulmanes d’allaiter leurs partenaires mâles, considérant qu’une telle disposition donnait les moyens de rapprocher les deux sexes, mâles et femelles, sur les lieux de travail, dans la mesure où l’allaitement crée un rapport de filiation maternelle entre la dame et son camarade de bureau, en abolissant toute connotation sexuelle.

Lui faisant écho, un dignitaire saoudien haut placé, Cheikh Abdel Mohsen al Abaican, un consultant de la cour royale saoudienne, a confirmé ce fait par une fatwa assurant que Les femmes peuvent donner le lait de leur poitrine aux hommes pour établir un degré de relations maternelles pour arriver à une stricte interdiction religieuse entre les hommes et les femmes qui n’ont aucun lien de parenté.

Sous l’égide de cette fatwa, l’acte interdirait des relations sexuelles entre l’homme et la femme qui lui a donné son lait, comme de n’importe quelle autre femme de sa parenté. Cheikh Al Abaican a tenté ainsi de moderniser le point de vue du Docteur Izzat Attiyah, en disant que l’homme devrait boire le lait de la poitrine de la femme, tout en suggérant que l’homme ne doit pas boire le lait directement des mamelles de la femme. Il doit le boire d’un verre et ainsi devenir un des membres de la famille, un fait qui lui permet d’entrer chez ces femmes sans enfreindre les lois de l’islam relatives au conjoint. Ainsi donc, s’adapter à la modernité par des méthodes islamiques permet par le miracle du lait d’empêcher la femme de tromper son mari avec son collègue.

La sophistication jurisprudentielle a atteint un degré tel qu’un dignitaire koweïtien a affiné les conditions de l’allaitement considérant qu’un mari peut téter le sein de sa femme, mais ne pas se nourrir de son lait. Fatwa koweitienne : « un mari peut téter le sein de sa femme, mais ne pas se nourrir de son lait. »

 

La Fatwa Nécrophile : « La copulation de l’adieu »

L’Islam reconnaît la polygamie, et, sous réserve de la satisfaction de certaines conditions d’un traitement égal des Co-épouses, autorise un musulman à épouser quatre femmes. Le printemps arabe semble avoir désinhibé certains prédicateurs qui ont tendu à confondre tolérance et licence. Ainsi une surprenante Fatwa autorise désormais un époux à honorer son épouse jusqu’à six heures après son décès. Un imam marocain du nom de Zamzami, membre de l’association mondiale des oulémas, que préside le Mufti de l’Otan Youssef Al Qaradawi, a émis un décret religieux en ce sens autorisant la nécrophilie. Au-delà des six heures, l’acte sexuel devient illicite car le corps de la défunte est refroidi. Le cheikh Zamzami s’est appuyé sur un verset coranique pour décréter cette « fatwa de la copulation de l’adieu » ou Fatwa de la copulation du grand adieu avant le départ sans retour ».

Selon cette fatwa, l’époux est autorisé à laver le corps de sa femme et l’inverse est aussi vrai. Mais le vénérable cheikh ne précise pas si l’épouse peut faire l’amour de l’adieu avec le cadavre de son mari. Al Qaradawi n’a pas réagi au décret de son collègue donnant à penser qu’il approuvait en vertu du principe « qui ne dit mot consent ». Ainsi donc, selon un courant de pensée en Islam, la nécrophilie est licite en islam.

Les salafistes d’Égypte se sont emparés de cette fatwa pour soumettre au parlement deux projets de loi autorisant la copulation de l’adieu et le mariage des filles dès l’âge de douze ans. Bon nombre d’oulémas excellent dans la fabrication du licite et de l’illicite pour soumettre les musulmans crédules à leur autorité. Gare aux femmes désobéissantes, le barème des châtiments est clairement défini qui va de la simple gifle pour une réplique insolente à la mort par lapidation à l’infidèle.

 

Les dignitaires du Golfe à l’assaut des pubères syriennes

Le mariage coutumier (ourfi) est revenu en force dans les pays sinistrés par les guerres, en Irak « le pays des veuves », certes, mais aussi en Tunisie et surtout en Syrie sous couvert du djihad, au point que, sous couvert de religion et de bienfaisance, cet usage a servi à assouvir des appétits insatiables d’êtres lubriques. Un phénomène amplifié par les conditions sociales difficiles et précaires,  mais qui présente l’avantage, aux yeux de ses adeptes, de sceller une union secrète, sans aucune valeur juridique et qui peut être rompue à tout moment, permettant de se lier intimement sans attendre le mariage, l’union légale par excellence.

Les Fatwas se succèdent sans répit pour limiter la libido de la femme, révélant, en contrechamps, la pathétique concupiscence de l’homme, confirmant la conception machiste de la femme dans la péninsule arabique, un objet sexuel et non un être humain, de même qu’une xénophobie hideuse.

René Naba

Lire aussi : Appel de 137 femmes franco-syriennes,

Notes:

  1. Le mariage temporaire est un mariage contracté pour une durée déterminée convenue entre les époux.
Avatar photo
René Naba est un écrivain et journaliste, spécialiste du monde arabe. De 1969 à 1979, il est correspondant tournant au bureau régional de l’Agence France-Presse (AFP) à Beyrouth, où il a notamment couvert la guerre civile jordano-palestinienne, le « septembre noir » de 1970, la nationalisation des installations pétrolières d’Irak et de Libye (1972), une dizaine de coups d’État et de détournements d’avion, ainsi que la guerre du Liban (1975-1990), la 3e guerre israélo-arabe d'octobre 1973, les premières négociations de paix égypto-israéliennes de Mena House Le Caire (1979). De 1979 à 1989, il est responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l'AFP], puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, chargé de l'information, de 1989 à 1995. Membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), de l'Association d'amitié euro-arabe, il est aussi consultant à l'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) depuis 2014. Depuis le 1er septembre 2014, il est chargé de la coordination éditoriale du site Madaniya info. Un site partenaire d' Altermidi.