Coup d’oeil du jour sur la presse écrite avant une nouvelle manifestation
 
Dans le monde enchanté des mass-médias, on ne trouve rien, ou presque, ce matin sur les retraites aux flambeaux qui se sont déployées dans toute la France hier. Cette initiative nocturne est pourtant éclairante sur le niveau d’innovation et la capacité de mobilisation des Français, qui se prononcent toujours massivement pour un retrait pur et simple de la réforme des retraites.
 
Après la fausse reddition de la CFDT, le clan des éditocrates s’empresse de siffler le retour à la normale. Il applaudit à la fin du mouvement, aveugle la grève à Radio France qui maintient son taux d’audience après près de deux mois de débrayage. Ce même clan ignore le mouvement social dans les transports qui s’est maintenu pendant les fêtes de Noël, a passé le nouvel an et a survécu à la stratégie du pourrissement en gagnant la bataille de l’opinion.
 
Nos journaux évitent aussi de parler des manifestations du jour, il sera toujours temps d’y revenir pour constater qu’il y a eu moins de monde dans les rues que la fois précédente. A Paris un conglomérat de rédaction de grands médias (AFP, Le Monde, Libération, France Info…) dépend du système de comptage des manifestants confié à la société privée de sondage Occurence. Ce cabinet “indépendant” réalise son chiffre d’affaire avec des grandes entreprises dont la SNCF, EDF, GDF Suez, Areva, Carrefour, BNP Paribas, Airbus, MAIF, notamment et des institutions comme les ministères français et la Commission européenne.
 
La qualité du comptage étant tributaire de la qualité de l’échantillon choisi, on peut s’étonner que ce cabinet « indépendant » utilise un seul capteur, dont il choisit le lieu de pose. On peut comprendre ainsi pourquoi, les chiffres d’Occurence publiés apparaissent souvent inférieurs à ceux de la police. Mais le plus étonnant est sans doute qu’il fournisse les chiffres à l’AFP. Plusieurs journalistes de l’agence l’ont déjà dénoncé sans être entendu par leur direction.
 
En quinze ans, pour les éditocrates rien n’a changé. Le NON à la réforme des retraites est censuré par les grands médias comme le NON du référendum sur le TCE en mai 2005. Les sources de l’information ont en revanche beaucoup évolué avec les réseaux sociaux et l’émergence de nouvelles pratiques journalistiques.  Pour s’informer, les Français pratiquent désormais un double niveau de lecture. Seraient-ils en train de se libérer ?
JMDH
 
Photo. Marche aux flambeaux à Toulouse, jeudi 23 janvier 2020. (©UNEF Toulouse Occitanie)
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Après des études de lettres modernes, l’auteur a commencé ses activités professionnelles dans un institut de sondage parisien et s’est tourné rapidement vers la presse écrite : journaliste au Nouveau Méridional il a collaboré avec plusieurs journaux dont le quotidien La Marseillaise. Il a dirigé l’édition de différentes revues et a collaboré à l’écriture de réalisations audiovisuelles. Ancien Directeur de La Maison de l’Asie à Montpellier et très attentif à l’écoute du monde, il a participé à de nombreux programmes interculturels et pédagogiques notamment à Pékin. Il est l’auteur d’un dossier sur la cité impériale de Hué pour l’UNESCO ainsi que d’une étude sur l’enseignement supérieur au Vietnam. Il travaille actuellement au lancement du média citoyen interrégional altermidi.