Les agent Santé publique France appellent à une mobilisation aujourd’hui à 14h aux abords de l’Assemblée nationale. En cause, la réorganisation portée par le gouvernement qui prévoit le transfert de missions clés vers l’Etat et l’Assurance maladie. Au-delà du mouvement social, c’est la place de l’expertise scientifique dans la décision publique qui se trouve interrogée.


 

Aujourd’hui, devant l’Assemblée nationale, des personnels de la santé publique se mobilisent pour alerter sur une évolution qu’ils jugent préoccupante dans l’organisation de la politique sanitaire en France.

La décision, annoncée le 30 janvier, de retirer à Santé publique France (SpF), plusieurs de ses missions pour les placer sous le contrôle direct du ministère de la Santé préoccupe grandement les professionnels du secteur. Leur inquiétude porte avant tout sur une remise en cause de l’expertise scientifique et, plus largement, sur la place accordée aux connaissances dans la décision publique. Au cœur de cette mobilisation se trouve la conviction que la compréhension fine des déterminants sociaux et comportementaux de la santé est indispensable pour orienter des actions efficaces et adaptées aux réalités du terrain.

La santé publique touche directement à l’humain. À ce titre, elle ne peut se réduire à une approche strictement gestionnaire ou administrative. Elle nécessite de s’appuyer sur les sciences humaines et sociales, qui permettent de saisir les comportements, les contextes de vie et les inégalités qui influencent l’état de santé des populations. Sans cet ancrage, les politiques risquent de perdre en pertinence et en efficacité. Les exemples observés à l’étranger montrent d’ailleurs que lorsque les choix gouvernementaux affaiblissent l’indépendance de l’expertise scientifique, ils peuvent entraîner une perte de confiance des citoyens, avec des conséquences significatives sur la santé publique.

C’est dans ce contexte que la décision de retirer à Santé publique France une partie de ses missions pour les placer sous le contrôle direct du ministère de la Santé suscite une vive réaction. Au-delà du fond, la méthode interroge : des choix aussi structurants ont été opérés sans que les arguments qui les fondent soient rendus publics et sans concertation avec les acteurs concernés. Cette absence de transparence alimente les inquiétudes et renforce le sentiment d’un affaiblissement du débat démocratique en matière de santé.

La question centrale dépasse toutefois la seule organisation institutionnelle. Elle concerne la place que la décision publique souhaite accorder à l’expertise scientifique, y compris celle issue des sciences humaines et sociales, ainsi qu’aux démarches de promotion de la santé fondées sur des données probantes. Depuis plusieurs années, Santé publique France a développé une compétence spécifique reposant sur l’articulation entre production de connaissances, et l’analyse des déterminants sociaux et comportementaux. Cette approche considère la prévention non comme une simple diffusion de messages, mais comme un levier d’action structuré, fondé sur des objectifs clairs et des connaissances solides.

Ce modèle repose sur un socle scientifique exigeant, mobilisant des disciplines variées et des méthodes éprouvées d’analyse, de participation et d’évaluation. Il permet de dépasser les logiques simplificatrices et les approches descendantes, souvent inefficaces face à la complexité des comportements humains. Le transfert de ces missions sous pilotage ministériel direct fait craindre une confusion entre les registres de l’expertise et de la décision politique, entre la production de connaissances et l’arbitrage, ou encore entre la communication en santé publique et la communication institutionnelle.

Or, l’efficacité des politiques de prévention repose précisément sur une certaine distance vis-à-vis des impératifs politiques de court terme. Réduire cette distance pourrait fragiliser la qualité scientifique des décisions, entamer la crédibilité des messages auprès des populations et limiter la capacité à s’appuyer sur des données parfois dérangeantes mais essentielles à l’action. Dans plusieurs pays, l’affaiblissement des agences scientifiques indépendantes a déjà conduit à une recomposition des processus décisionnels, où les savoirs se retrouvent concurrencés par des convictions, au détriment de la confiance publique.

Face à ces enjeux, les personnels mobilisés appellent à recentrer le débat sur le contenu des missions de santé publique, leur cohérence et leur niveau d’exigence scientifique. Ils rappellent que la santé publique ne peut être réduite à un instrument de pilotage politique, mais qu’elle constitue avant tout un champ de pratiques fondé sur une pluralité d’expertises, au sein desquelles les données scientifiques occupent une place essentielle.

Dans l’immédiat, ils jugent crucial de réaffirmer un principe fondamental : affaiblir l’autonomie scientifique des missions de santé publique revient à fragiliser la qualité même de l’action publique. Ils demandent ainsi la publication du rapport de la Mission Flash1 conduite par l’Inspection générale des affaires sociales en 2025 sur Santé publique France, la transparence sur les arguments ayant conduit à la décision annoncée, et l’ouverture d’une véritable concertation sur les choix institutionnels à venir.

Visuel d’une campagne réalisé par Santé publique France

Notes:

  1. Le rapport de l’inspection générale des affaires sociales dresse un état des lieux de la coordination entre les nombreux acteurs… Santé. Travail, emploi…