El Hacen Diarra, Mauritanien de 35 ans, a été interpellé par des policiers des brigades territoriales de contact (BTC), mercredi 23 janvier en bas du foyer où il résidait dans le 20 e arrondissement de Paris. Amené au commissariat, El Hacen Diarra n’en n’est malheureusement pas ressorti vivant.
Les policiers rapportent l’avoir « vu rouler un joint de cannabis » a fait savoir le parquet de Paris.« Indiquant avoir été confrontés au refus de se soumettre aux palpations, les policiers ont procédé à l’interpellation du suspect, qui a chuté au sol, entraînant deux policiers dans sa chute à deux reprises. Un policier a indiqué avoir fait usage du Taser, le touchant notamment à la cheville », indique le parquet qui ajoute qu’El Hacen Diarra chute de nouveau dans le commissariat. « Alors qu’il était en attente sur un banc du commissariat, [il] a été vu faire un malaise, son arrêt cardiorespiratoire a été constaté, et un policier a débuté un massage cardiaque, poursuivi par les pompiers à leur arrivée à 23h45. Le décès de la personne a été constaté à 00h20 », précise le parquet.
Les images vidéos de l’entrée dans le commissariat, saisies, montrent la victime « très fatiguée » soutenue par les policiers et qui urine sur elle, indique le parquet. On voit le jeune homme « s’effondrer et rester assis ». Le parquet mentionne aussi « un policier remarquant qu’il avait commencé à uriner, a apporté une couverture et à nettoyer », et un autre à « prendre le pouls d’El Hacen Diarra, le démenotter et l’allonger ». Un policier tente de lui faire un massage cardiaque, les pompiers sont sur place, mais il est trop tard.
Qu’est-il arrivé à El Hacen Diarra pour qu’il décède suite à son interpellation ?
Maître Yassine Bouzou, avocat de la famille Diarra, déplore qu’il ait fallu cinq jours avant que le parquet ouvre une information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique », le 19 janvier, alors même qu’une plainte avait été déposée.
Les conclusions de l’autopsie, indique l’avocat, font état d’une fracture de la corne du cartilage de la thyroïde, classiquement observée lors d’étranglements, et d’une plaie profonde à la tempe. La vidéo en lien montre lors de l’intervention la victime à terre et deux policiers. L’un d’eux est allongé sur elle et la frappe de deux coups de poings. Le jeune homme gémit et l’analyse du son fera apparaître qu’il déclare « vous m’étranglez ». La vidéo a été versée au dossier.
Fait troublant, les caméras piétons des policiers n’étaient pas activées à cause d’un défaut de batterie… une explication « qui semble peu crédible », déclare l’avocat de la famille qui annonce porter plainte pour dissimulation de preuves.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, refuse d’incriminer les policiers en soulignant que ces méthodes, qui entachent la profession, appartiennent à des policiers isolés : « Rien ne dit, à ce stade, quelles sont les causes de la mort (…) Je m’en tiens à ma ligne : je ne demande pas la suspension des fonctionnaires tant qu’on n’a pas établi qu’ils sont fautifs.»
La famille du jeune Mauritanien réclame le placement en garde à vue des policiers impliqués.
Une marche pour réclamer justice
Malgré la pluie continue, la manifestation pour demander justice pour El Hacen Diarra a réuni, ce dimanche 25 janvier, des centaines de personnes.
A 14h30, les prises de paroles des associations de soutien aux sans papiers et de victimes des violences policières, dont Assa Traoré, se succèdent. L’émotion est forte lors de la minute de silence.
Vers 15h, la marche démarre menée par le camion des associations. La famille de la victime se tient dignement en tête derrière la banderole sur laquelle est inscrit « justice et vérité pour El Hacen Diarra, assassiné par la police, paix à son âme ». Durant plus de trois heures, les tambours et les chants ont résonné dans les rues du 20e arrondissement, se répercutant jusqu’au commissariat où est décédé le jeune homme de 35 ans : « Justice pour El Hacen Diarra et toutes les victimes des violences policières, siamo tutti antifascisti, nous sommes tous des enfants d’immigrés, police partout justice nulle part, pas de justice, pas de paix… ».
La colère est perceptible, mais les appels au calme des associations et de la famille ont été entendus. La manifestation, déclarée par le collectif des sans papiers, s’est dispersée sans incidents malgré une forte présence policière, place Gambetta vers 18h.
En quelques jours, des « bavures » se sont succédées à Paris : la mort tragique d’Hacen Diarra et une vidéo diffusée sur les réseaux montre un jeune homme se faire violemment frapper par des policiers rue Bichat à Paris, avant d’être relâché.
Si on laisse passer, cela se reproduira de plus en plus, ce n’est pas acceptable, a déclaré Assa Traoré, qui appelle, avec les associations, les citoyens à se mobiliser.
Siam Otouti







