Face au « caractère gravissime » des conditions d’incarcération de mineurs à Marseille, la contrôleuse des lieux de privation de liberté préconise la fermeture de l’établissement. Dans l’avis publié vendredi, elle déplore que les adolescents détenus à Marseille soient privés d’hygiène, de scolarité et parfois de nourriture suffisante.
Lors d’une inspection inopinée à l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Marseille-La Valentine, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL)1 préconise « la fermeture, au moins partielle », de l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille face au « caractère gravissime » des conditions d’incarcération, dans un avis publié vendredi 29 août. Il s’agit d’une recommandation « très rare mais je ne vois pas d’autre solution que de fermer pour rouvrir dans de meilleures conditions », a déclaré à l’Agence France-Presse la contrôleuse, Dominique Simonnot.
Dans cet EPM de Marseille-La Valentine, « des mesures urgentes doivent être prises pour remédier, d’une part à l’indignité des conditions matérielles de prise en charge des mineurs détenus et, d’autre part, aux conséquences catastrophiques de la démobilisation et de l’absence du personnel pénitentiaire et éducatif », dénonce Mme Simonnot dans ces « recommandations » transmises au ministère de la justice le 31 juillet.
Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté publie en urgence des recommandations sur la prison pour mineurs de Marseille-La Valentine, faisant état d’une « indignité des conditions » de vie et de « violences psychologiques et mesures constitutives de traitements inhumains et dégradants ».
En réponse, le garde des sceaux, Gérald Darmanin, a affirmé, jeudi, avoir « diligenté une inspection de l’établissement confiée à l’inspection générale de la justice ».
La prison dispose de 59 places exclusivement pour des garçons âgés de 13 à 18 ans, dans une ville où les mineurs sont de plus en plus impliqués dans les trafics de drogue. Elle a été inspectée du 7 au 11 juillet par la contrôleuse générale et cinq autres inspecteurs. Ils ont constaté « de nombreux dysfonctionnements entraînant des atteintes graves aux droits des adolescents détenus.
M. Darmanin annonce une « réfection progressive des cellules »
Les murs des cellules « sont partout couverts de graffiti, dont la couleur et la texture évoquent parfois de la matière fécale ou du sang », détaille le rapport, photos à l’appui. Les salles d’eau privatives sont dépourvues de portes, « tous les matelas sont en mauvais état », parfois un simple morceau de mousse sans housse de protection et sans drap.
Le ministre assure dans sa réponse que des travaux ont été effectués entre 2024 et 2025 mais que « les fortes dégradations » sont « commises par la population pénale mineure ». « Une à deux unités » de la prison seront fermées en septembre pour « la réfection progressive des cellules », poursuit M. Darmanin
Pour ces adolescents, il n’y a pas de distribution de produits d’hygiène, qu’ils doivent acheter à distance, et l’usage des téléphones fixes est soumis à « des tarifs prohibitifs », déplore Mme Simonnot, recommandant la gratuité des appels.
A Marseille, où les étés peuvent être caniculaires, il est « interdit » de poser des rideaux sur les fenêtres des cellules et seuls les jeunes reconnus sans ressources peuvent bénéficier d’un ventilateur gratuit. Les repas distribués sont frugaux et nombre des jeunes entendus ont déclaré « avoir constamment faim ». Selon le ministère, les quantités de nourriture sont réglementaires et « l’unité sanitaire n’a jamais alerté la direction de la structure d’un amaigrissement inquiétant d’aucun mineur lié à son alimentation »

« Il n’y a plus de profs, il n’y a plus de surveillants »
Lors de son inspection inopinée, la contrôleuse a également constaté un procédé « dégradant » dit de « mise en grille », consistant à enfermer un adolescent dans des « locaux barreaudés, dépourvus d’assise, de point d’eau potable et de W-C, où aucune surveillance continue n’est assurée ». La durée de l’isolement « varierait d’une demi-heure à cinq heures ». Cette pratique « doit être immédiatement et définitivement proscrite », intime Mme Simonnot.
Ce mode d’enfermement « venait répondre exceptionnellement à l’absence, au sein des unités, de salle d’attente permettant de séparer des mineurs lors d’incidents », répond le ministre, annonçant que « l’arrêt immédiat » de cette « pratique locale » a été « acté » le 20 août.
Ces « enfants sont laissés à l’abandon, enfermés vingt-trois heures sur vingt-quatre. Il n’y a plus de profs, il n’y a plus de surveillants, il n’y a plus rien », s’indigne encore Mme Simonnot, réclamant que « l’administration pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse donnent au personnel les moyens de répondre aux besoins des mineurs détenus ».
Ouverts en 2007, les six EPM répartis sur le territoire hexagonal avaient pour mission de pallier les dysfonctionnements des quartiers des mineurs des prisons en donnant la priorité à l’éducatif. Mais le fort taux d’absentéisme du personnel entraîne aussi bien le « surenfermement » que la privation de scolarité, relèvent la CGLPL et l’Observatoire international des prisons.
État des lieux de l’enfermement
La situation des mineurs incarcérés, et notamment des mineurs étrangers non accompagnés, est inquiétante. Leur nombre n’a jamais été aussi élevé, leur incarcération se faisant « dans un souci de protection car, la plupart du temps, les faits qu’ils ont commis ne conduiraient pas à l’incarcération d’un enfant vivant en famille », souligne le CGLPL.
S’agissant des lieux d’enfermement psychiatrique, le CGLPL considère que la France est aujourd’hui l’un des pays qui enferment le plus les personnes atteintes de troubles mentaux alors que la situation de ces lieux se dégrade (manque de personnel, locaux vétustes, recours accru aux soins sans consentement, augmentation des mesures d’isolement).
La mission du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) revêt une importance capitale dans le respect des droits fondamentaux des personnes incarcérées, en particulier des mineurs. Dans un contexte où la répression des jeunes délinquants se durcit, il est crucial que cet organisme indépendant puisse continuer à exercer son rôle de vigilance sans pression ni interférence politique. La publication des recommandations suite à la visite de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de La Valentine à Marseille souligne des dysfonctionnements graves et répétés, menaçant non seulement la dignité des jeunes détenus, mais aussi leur droit à une prise en charge éducative et réhabilitative. Ces conditions indignes aboutissent à un « surenfermement » destructeur qui compromet toute possibilité de réinsertion.
Dans ce contexte, l’indépendance du CGLPL est essentielle pour garantir que ces violations ne passent pas inaperçues et pour exiger des mesures correctives, sans subir d’influences politiques. C’est cette autonomie qui permet à l’organisme de dénoncer les dérives et d’exiger des réformes urgentes pour protéger les droits des mineurs dans un système pénal de plus en plus répressif.
Avec AFP
altermidi, c’est un média indépendant et décentralisé en régions Sud et Occitanie.
Ces dernières années, nous avons concentré nos efforts sur le développement du magazine papier (13 numéros parus à ce jour). Mais nous savons que l’actualité bouge vite et que vous êtes nombreux à vouloir suivre nos enquêtes plus régulièrement.
Et pour cela, nous avons besoin de vous.
Nous n’avons pas de milliardaire derrière nous (et nous n’en voulons pas), pas de publicité intrusive, pas de mécène influent. Juste vous ! Alors si vous en avez les moyens, faites un don . Vous pouvez nous soutenir par un don ponctuel ou mensuel. Chaque contribution, même modeste, renforce un journalisme indépendant et enraciné.
Si vous le pouvez, choisissez un soutien mensuel. Merci.